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Est-ce-que les couples lesbiens peuvent nous renseigner sur les écarts salariaux entre hommes et femmes?

Le féminisme extrémiste
photo getty images

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Avec l’article récent de Bianca Longpré, le débat sur l’égalité homme-femme est relancé.  Fidèle à nos habitudes, il semble que le débat s’est résumé à des cris de passion sans contenu. Alors je vais en profiter pour dire qu’on peut probablement parfaitement comprendre l’état de l’égalité homme-femme en regardant les couples lesbiens.

Quoi?

Oui, lorsqu’on effectue des contrôles statistiques afin de tenir compte des caractéristiques personnelles des individus, il se dégage que – toutes choses étant égales par ailleurs – les femmes en couple homosexuel bénéficient d’une prime salariale d’environ 9%. En gros, si on clonait n’importe quelle femme et qu’on changeait uniquement son orientation sexuelle, elle obtiendrait 9% de plus que son clone hétérosexuel.

En soi, ce n’est pas l’orientation sexuelle qui explique cette différence, mais bien les comportements individuels adoptés à l’intérieur des couples lesbiens. Premièrement, les femmes homosexuelles semblent avoir dévoué un nombre d’heures supplémentaires dans le passé que les femmes hétérosexuelles. Elles se placent ainsi presque à égalité avec les hommes hétérosexuels – ceci augmente leurs chances de promotion. Deuxièmement, et encore plus important, les couples lesbiens semblent avoir une division des tâches ménagères beaucoup plus égalitaire que les autres couples (même lorsqu’il y a des enfants) (voir ici et ici). Le résultat est que le nombre d’heures travaillées par les femmes homosexuelles semblent être égales entre les partenaires de chaque couple.

Que peut-on retirer de cela? Eh bien, lorsque les économistes étudient les écarts salariaux entre genres, ils cherchent à rendre les comparaisons ... comparables. On essaie donc de tenir compte de variables comme l’éducation, l’âge, le statut marital, l’expérience de travail, le domaine de travail, les heures supplémentaires travaillées, la taille de la compagnie dans laquelle la personne est embauchée, le secteur de travail, le nombre d’enfants, la distance entre le lieu de travail et le domicile. Généralement, on réussit à éliminer une partie significative de l’écart brut entre les genres de telle sorte à laisser un écart salarial variant entre 3% et 10% (au lieu de 15% à 25%) (voir ici, ici et ici). Mais ces variables ne représentent pas l’entièreté de la situation. Par exemple, lorsqu’on prend le statut marital, on essaie de capturer la nature de la vie domestique pour expliquer les effets sur le revenu individuel. Cependant, cela ne veut pas dire que la variable est de bonne qualité. Si les tâches ménagères sont divisées de manière égalitaire entre les partenaires dans certains couples mariés alors que les femmes assument la totalité des efforts domestiques dans d’autres couples mariés, cette variable dira que ces deux couples sont exactement identiques. Évidemment, ce n’est pas le cas!  C’est là que les couples lesbiens nous informent sur ce qui réduit l’écart salarial homme-femme : la division des tâches ménagères.

C’est évident vous me direz. Vous pourriez même dire qu’il s’agit d’un développement nécessaire. Mais il y a des implications lourdes provenant de cette observation. À l’intérieur des cohortes plus jeunes, l’écart salarial est beaucoup plus mince entre les genres. À l’intérieur de ces couples, tout comme à l’intérieur des couples lesbiens, il y a des signes que le partage des tâches est beaucoup plus égalitaire. Ainsi, l’égalité homme-femme est beaucoup plus un « truc » sociologique qu’un truc économique.

Les compagnies discriminent et discrimineront toujours sur la base de la productivité. Dans le passé, lorsque les femmes assumaient la majorité de l’effort ménager, un entrepreneur voyait une candidate pour un poste et se disait qu’il y avait de bonnes chances qu’elle se dévouerait à son enfant advenant une grossesse. Soit il refusait de l’embaucher, soit il lui offrait un salaire plus bas. Après tout, il y a un risque pour lui comme employeur et il est difficile de le blâmer de penser à cela. Cependant, lorsque l’employeur ne peut pas présumer qu’une femme se dévouera à 100% aux tâches ménagères parce que la majorité des gens divisent les tâches également dans le ménage, l’employeur fait face au même risque s’il embauche un homme que s’il embauche une femme. Dans une telle situation, les relations de travail seront réorganisées progressivement afin de s'adapter à cette nouvelle réalité

Ainsi, l’égalité économique entre hommes et femmes survient uniquement après l’égalité à l’intérieur des couples. Ce qui est particulièrement troublant de cette implication, c’est qu’il est difficile de changer cela avec des politiques publiques. Certes, on peut essayer d’encourager l’équité salariale, mais il y a un débat à savoir si oui ou non, des lois sur l’équité salariale ont des effets secondaires plus problématiques que la situation initiale (notamment en encourageant davantage de discrimination contre les femmes). Cependant, jouer sur les politiques publiques, c’est jouer sur le symptôme d’un phénomène plus important. Et malheureusement, on ne peut légiférer un changement de mentalités, c’est quelque chose qui se fait par la persuasion et qui prend du temps à mûrir.

Dans le passé, j’ai expliqué que la meilleure chose à faire pour aider les femmes, c’est d’éliminer les barrières légales qui existent contre elles. Par exemple, les indices de liberté économique sont négativement liés à l’écart salarial entre hommes et femmes (plus les gens sont libres économiquement, plus l’écart est mince). Ceci implique que le poids des réglementations à l’entrée dans plusieurs métiers tombe disproportionnellement sur le dos des femmes. Un exemple provient de l’État de l’Utah aux États-Unis, il est estimé que les réglementations professionnelles de l’État affectent des métiers dans lesquels les femmes représentent 70% des travailleurs. Ainsi, la seule chose qu’on peut faire pour continuer de fermer l’écart – en plus de changer les mentalités individuelles – c’est de ne rien faire pour l’empêcher.

P.S. Mon ancienne tannière qu'est l'Institut économique de Montréal a publié sur le sujet de la liberté économique et le progrès économique des femmes aujourd'hui