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M. Trudeau, vous avez un appel

L’urgence est pourtant connue depuis longtemps.

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Balayée dans l’actualité par Énergie Est et Bombardier, une sortie étonnante de l’ex-ministre péquiste de la Santé, Réjean Hébert, mérite qu’on s’y arrête. Face aux besoins criants en soins à domicile, il appelle carrément Justin Trudeau à la rescousse.

Il le fait parce qu’il prend la pleine mesure du mur d’injustice vers lequel le Québec fonce si on s’entête à ne rien faire.

Le Québec se casse en deux. D’un côté, les mieux nantis se paient de l’aide à la maison. De fait, le marché privé du soutien à domicile est en forte croissance.

De l’autre, les moins nantis croupissent à la maison sans aide suffisante, en milieu institutionnel ou en ressources intermédiaires (RI) privées subventionnées. Des RI aux listes d’attente longues comme deux bras.

L’urgence est pourtant connue depuis longtemps. Vieillissement de la population. De plus en plus de personnes handicapées intellectuelles et/ou physiques aux besoins complexes. Des aidants naturels, dont 70 % sont des femmes, à bout de souffle.

Urgence connue

D’où le projet d’assurance autonomie présenté en 2013 par Réjean Hébert. Une allocation de soutien serait versée à toute personne en perte d’autonomie – âgée ou handicapée de tous âges –, selon ses besoins et non la grosseur de son porte-monnaie.

Réjean Hébert

En RI et surtout en CHSLD, une personne peut coûter jusqu’à 90 000 $ par année au Trésor public. Un vrai maintien à domicile coûterait de 20 000 à 30 000 $.

Or, en 2014, son successeur à la Santé, Gaétan Barrette, jetait le projet à la poubelle. Trop cher, trop compliqué. Une vraie politique de soins à domicile serait pourtant nettement moins coûteuse que les 7 milliards de dollars annuels versés aux médecins.

Gaetan Barrette
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

Un choix volontaire

On impose l’austérité d’une main et, de l’autre, on refuse d’assurer aux Québécois des soins à domicile moins coûteux qu’en CHSLD ou RI.

Le choix est insensé. Autant sur le plan humain que sur le plan budgétaire.

Parce qu’elles ne reçoivent pas le soutien à domicile dont elles ont besoin, des familles se voient aussi forcées de «placer» leur enfant, frère, sœur ou parent.

Alors, pourquoi le gouvernement le fait-il? Parce qu’il favorise une privatisation croissante des soins de santé et des services sociaux.

Résultat: un véritable business de la vulnérabilité s’installe.

À l’automne 2014, une étude de l’Institut de recherche en politiques publiques documentait le manque évident en soins à domicile. Ils ne répondent plus qu’à 8 % des besoins, alors qu’une assurance autonomie en couvrirait 40 % – un «progrès notoire».

Son constat était brutal: le gouvernement Couillard compte sur les familles et les femmes «pour compenser l’insuffisance des services». Aussi longtemps que les Québécois ne diront rien, ils seront de plus en plus nombreux à foncer comme des moutons vers le même mur dénoncé par Réjean Hébert.

En même temps, la France innove avec de nouvelles ressources et une loi «relative à l’adaptation de la société au vieillissement». Le tout, pour accompagner la «vieillesse et le handicap»...