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Transparence remise en question

64 M$ sans appel d’offres pour une firme informatique

Gaetan Barrette
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

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Québec se dit transparent dans son intention d’octroyer un contrat de 64 M$ sans appel d’offres à Logibec, mais l’organisme qui gère l’attribution a refusé de fournir toute l’information demandée par les firmes concurrentes qui veulent aussi le contrat.

Notre Bureau d’enquête a révélé que des membres influents du Parti libéral du Québec ont frayé avec l’entourage de Médiamed, acheté par Logibec en mars 2015. Philippe Couillard est d’ailleurs déjà apparu dans un publireportage de Médiamed en 2012.

La firme choisie est la «seule alternative envisageable», selon le réseau de la Santé. Il n’est pas dans «l’intérêt public [...] des contribuables» de lancer un appel d’offres public, peut-on lire dans les documents officiels. Les firmes qui font concurrence à Logibec avaient jusqu’à hier pour écrire au réseau de la santé afin d’exiger qu’un appel d’offres soit lancé.

Joint hier, même l’ancien ministre et père de l’assurance maladie Claude Castonguay, qui a déjà été mandaté par Québec pour se pencher sur la réforme visée par ce contrat, s’est dit «surpris» qu’il n’y ait pas d’appel d’offres, «compte tenu de l’expérience du ministère avec les contrats informatiques».

Le ministre réagit

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est d’avis que le processus qui a mené au choix de Logibec est transparent. Toutefois:

- Le ministère nous a confirmé avoir réalisé une étude de marché nord-américaine pour justifier le choix de Logibec. Nous avons demandé une copie de cette étude, mais le ministère a refusé de nous la fournir pour ne pas influencer le processus.

- Les firmes concurrentes ont aussi demandé quelles démarches avaient été faites «afin de conclure que seule l’entreprise Logibec» est qualifiée. Mais le mandataire du ministère n’a pas fourni de réponses précises, a-t-on pu lire dans les documents officiels. Hier soir, le ministre a fait savoir, par son attachée de presse, Julie White, qu’il n’avait pas «à juger de la qualité des réponses fournies» puisqu’il devait rester indépendant du mandataire.

Le ministre évalue aussi que le processus est mené par une tierce partie indépendante.

Or, cette tierce partie est le Groupe d’approvisionnement en commun de l’Est du Québec (GACEQ), qui est en fait une créature du gouvernement mandatée par les établissements du réseau de la santé. Le GACEQ a même déjà donné directement un contrat à Logibec.

L’attachée de presse nous a écrit que le GACEQ gère le processus «en toute indépendance» et est régi par un conseil d’administration. Or, ce conseil est formé d’employés de certains organismes publics qui font aussi affaire avec Logibec, constate-t-on.

Même si Québec semblait convaincu que seulement Logibec peut faire le travail, le GACEQ a confirmé hier que deux autres fournisseurs ont officiellement déposé une solution pour réclamer un appel d’offres.