/misc
Navigation

Nos auteurs

CA_Patrick-DésyMathieu Turbide

VIN-dredi! 2012 à Châteauneuf-du-Pape: Top!

VIN-dredi! 2012 à Châteauneuf-du-Pape: Top!

Coup d'oeil sur cet article

On trouve de moins en moins de régions viticoles dans le monde qui produisent des vins de garde à prix abordables*. Dans le genre, les vins de Châteauneuf-du-Pape tirent fort bien leur épingle du jeu, encore faut-il avoir le palais fait sur mesure.

Il faut aimer les vins à base de grenache/syrah/mourvèdre, donc généreux, tant au niveau du fruit que de la matière tannique et, évidemment, de l’alcool. Ce sont des vins qui vieillissent habituellement très bien. La majorité entame leur plateau de maturité 6 à 8 ans suivant le millésime et peut s’y maintenir un autre six à huit années sans soucis. Pour les meilleurs et dans les bons millésimes, vous pouvez presque doubler sans trop vous tromper. 

Gourmand 2012

Les vins du millésime 2012 sont actuellement nombreux sur les tablettes de la SAQ (32 références en date d’aujourd’hui). En compagnie de quelques membres du forum La Paulée en Ligne, nous avons fait le tour d’une douzaine de vins. Le choix a été arrêté de manière à inclure à la fois des cuvées dites « tradition » à 40$-80$ et des cuvées plus « prestige » à 120$-180$.

Dans l’ensemble, je suis très enjoué par la qualité des vins. La plupart sont gourmands, parfois un peu stricts au niveau tannique, mais avec toujours suffisamment de richesse dans le fruité pour enrober le tout. On s’inquiète beaucoup des taux d’alcool à Châteauneuf dont la norme frise maintenant avec les 15%. En relisant mes notes, je me rends compte à quel point j’ai trouvé les vins généralement fort digestes, presque sapides. Certes, on ne passe pas aussi facilement à travers une bouteille comme on passe à travers un Beaujolais, mais la plupart des vins se laissent facilement boire. De plus, avec l’âge, ils gagnent en complexité et en soyeux.

Ce qui me réjouit davantage, c’est la prestation des petites cuvées par rapport aux cuvées de luxe. Il était d’ailleurs assez rigolo de voir les dégustateurs réunis ce soir-là tenter d’identifier chaque vin. Peu y sont parvenus. Moi, le premier! Pas facile d’identifier sans avoir dégusté au moins une fois! Bref, plusieurs belles surprises et de petites déceptions par rapport aux vins de prestige.

Pour résumer, 2012 représente sans doute le meilleur millésime depuis le très grand 2010. Il s’en rapproche d’ailleurs par sa pureté, sa définition, son éclat et la facilité avec laquelle on peut approcher les vins en jeunesse. Ils n’ont cependant pas la même profondeur et l’étoffe des 2010, mais me paraissent de loin supérieurs à 2011 et, de ce que j’ai goûté et entendu, de 2013 et 2014. Même qu’à ce stade, je préfère 2012 à 2009, pourtant un millésime encensé par la presse spécialisée.

Autrement dit, étant donné que la plupart des vins sont déjà sur les tablettes de la SAQ - ils ne subiront donc pas l’effet néfaste du taux de change lié à la faiblesse de notre dollar, si vous êtes une « grenache slut » comme on dit dans le jargon, je vous encourage vivement d’en encaver pendant qu’il est encore temps!

Vous trouverez à la suite mes commentaires de dégustation. Tous les vins ont été ouverts à 15h30, épaulés, puis remis dans des bouteilles anonymes (type bordelaise). Tous les vins ont été dégustés à l’aveugle, évidemment, en deux vagues de six vins, toutes cuvées – tradition et prestige – confondues. La dégustation a débuté autour de 19h30.

 

Domaine Saint-Préfert Réserve Auguste Favier (60$)

Ouvert et charmeur au départ avec des notes de guimauve, de fleur et de maquis. Bouche puissante, riche et ample, devenant compacte sur des notes ténues de réglisse et une impression semi-boisée qui ressort. Un costaud qui montre un potentiel intéressant si la structure arrive à se fondre à l’ensemble. Il lui manque cependant un peu de fond et de complexité. Très bien.

16,5/20

 

Domaine la Barroche Cuvée Pure (102$)

On descend d’un cran en intensité, mais on monte en harmonie. Joli nez, assez concis, évoquant des notes lardées/fumées auxquelles s’ajoutent la cerise et des épices douces. Bouche plutôt délicate, harmonieuse, mais il lui manque un peu de fond. Digeste et accessible. Peu d’évolution. Très bon, mais déception étant donné le prix!

16,5/20

 

Domaine Bois de Boursan (46$)

Le côté animal donnant une impression légère de Brett annonce un vin nettement plus traditionnel. Parfums intenses et funky de réglisse et de nori qui finissent par se dissiper et laisser place à un fond floral. Bouche pleine, des tanins encore juvéniles, acidité qui rappelle un peu le vin nature, mais l'ensemble montre une belle mâche, un fruit généreux et une finale qui perdure longuement. Peu d’évolution à l’oxygène. Une belle surprise!

17/20

 

Bosquet des Papes Chante Le Merle Vieilles Vignes (70$)

Vin paraissant plus complet avec des parfums élégants de fruits noirs, de lavande et d’anis étoilé. Bouche délicate en attaque, puis devenant expansive, tanins fins et structurants. L’ensemble reste légèrement granuleux pour l’heure, mais il est promis à un bel avenir.

17-17,5/20

 

Clos des Papes (124$)

Nez timide et plutôt herbacé au départ. L’aération lui fait grand bien. Il n’a cessé de gagner en définition et en intensité. Kirsh, réglisse, nori, maquis. Souple à l’attaque tout en restant pleine, la bouche montre une texture riche, presque grasse tout en montrant une masse tannique de qualité. Longue finale un peu guidoune par son côté moderne/suave. Délicieux! Et superbe!

17,5-18/20

 

Domaine Charvin (65$)

On est toujours le suivant d’un autre. Ce Charvin, habituellement plus intéressant, n’a pas semblé briller de tous ses feux. On devine des parfums de fruits mûrs, d’épices et de violette. C’est en bouche que le choc a lieu: on sent le vin plein, dense, mais violent en finale avec un côté dur. L’évolution dans le verre lui fera gagner en dimension tout en conservant cet aspect un peu rectiligne en bouche. À attendre impérativement, mais le potentiel me semble indéniable.

16-17/20

 

Mas de Boislauzon Cuvée du Quet (172$)

Sans doute le vin le plus moderne de la dégustation. Des parfums racoleurs de pâtisserie, de raisin de Corinthe avec un fond de poivre et de fumée. Bouche puissante, dense, riche et austère à la fois. Longue finale, surtout structurelle pour l’heure et évoquant des notes de pruneau. Le potentiel me semble évident, mais il faudra être patient. Au dévoilement, un vin un peu inhabituel, une espèce de bête à concours qui a certainement ses adeptes, mais à ce prix, le choix est vaste!

17-17,5/20

 

Domaine de la Mordorée Cuvée de la Reine des Bois (79$)

Pointe herbacée, végétale, voire réduite. Côté animal, légèrement bretté qui ressort à l’aération, puis le fruit et des notes florales. Bouche richement constituée, ample, glycérinée, avec une masse tannique de qualité, intégrée, mais qui laisse paraître le vin tout de même encore puissant, corsé et se cherchant au niveau de l’harmonie. Finale devenant suave, quoiqu’elle aussi tannique. Excellent potentiel.

17-17,5/20

 

Domaine de Marcoux Vieilles Vignes (180$)

De loin le vin que j’ai préféré. Immédiatement charmeur, complexe et finement dessiné. Tonalités de liqueur de cassis mûr, de fraise, de framboise, d’encre, de rhubarbe, de lavande et d’herbe. Riche, suave avec des tanins de grande qualité. Très longue finale racée rappelant l'encre et une touche florale. Pas de doute, on est en présence d’un grand vin!

18-18,5/20

 

Domaine du Banneret (72$)

Un nez assez singulier qui n’est pas sans rappeler le vin #3 (Bois de Boursan). Un style assez traditionnel, charmeur aussi, par ses notes de liqueur de framboise, de fraise écrasée, de coke cerise diront certains, avec un arrière-plan animal. Bouche pleine, à la fois enveloppante par ses tanins gommés et aérienne par son acidité un poil funky. Finale ample et soutenue, un peu racoleuse et légèrement capiteuse. Excellent.

17/20

 

Le Vieux Donjon (58$)

On revient sur des bases un peu plus classiques avec un nez aux parfums abondants et bien définis. Tonalités de fumée, cacao, fruits noirs, poivre concassé. Souple en attaque, fruit tendre, des tanins élégants, le tout présentant beaucoup d’harmonie, même s’il est loin d’être le vin avec le plus de densité. Bien lui en fait! D’une grande digestibilité, il offre une longue finale mentholée. Un rapport qualité/prix/plaisir constant et difficile à battre!

17,5/20

 

Domaine Pierre Usseglio & Fils (45$)

D'assez bonne pureté, côté animal, gourmand par son fruité abondant. Les tanins paraissent un poil virils, et la finale, bien que de longueur enviable, affiche un petit excès capiteux que les autres ne semblent pas avoir. Ou est-ce que c’est que j’en suis rendu au 12e verre et que mes papilles me jouent des tours?  De bonne constitution et d’assez bonne profondeur, il devrait gagner en harmonie avec le temps. Le prix est encore doux, alors profitez-en!

16,5-17/20

 

* Par abordable, j’entends un vin qu’on peut raisonnablement acheter en faisant quelques sacrifices. Disons qu’avec un café de luxe par jour chez Starbucks pendant un mois, on arrive à mettre une belle bouteille de côté.