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Le travail des femmes il y a 100 ans

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La présence des femmes sur le marché du travail n’a pas toujours été aussi facilement acceptée qu’aujourd’hui. Une série de photos montrant des femmes à l’œuvre au début du 20e siècle, effectuant des tâches traditionnellement féminines ou occupant des emplois de façon temporaire en attendant le retour des hommes de la guerre, illustre l’énorme chemin parcouru en 100 ans en Occident.

À quelques jours de la Journée internationale des femmes, Le Journal a fait appel aux professeures d’histoire Denyse Baillargeon et Joanne Burgess pour remettre ces images en contexte.

Manque d’hommes

Photo Reuters

Cette Afro-américaine, photographiée en 1917, n’aurait probablement jamais pu travailler comme gardienne dans le métro de New York si les hommes n’étaient pas massivement partis au front. En effet, les photos prises pendant la Première Guerre mondiale illustrent souvent la rareté de la main-d’œuvre masculine, indique Mme Burgess. Une situation qui a permis à de nombreuses femmes d’occuper des emplois habituellement réservés aux hommes.

Arrivée des secrétaires

Photo Reuters

Au 19e siècle, les emplois de bureau étaient essentiellement occupés par des hommes. Les premières femmes à travailler dans les bureaux au début du 20e siècle, comme ces deux femmes photographiées en 1921-1923, devaient donc s’estimer chanceuses d’y mettre les pieds. Avec l’expansion des grandes entreprises, «les femmes font leur entrée dans les bureaux quand les tâches se multiplient, se morcellent et ne demandent plus les mêmes compétences», explique Mme Baillargeon. Le métier de vendeuse était aussi en progression, les grands magasins se décu­plant.

Extension de la maison

Photo Reuters

Le travail des femmes au début du 20e siècle était acceptable à condition que les tâches effectuées soient jugées «féminines». Cette buanderie, croquée par un photographe autour de 1905, représente les emplois typiques qu’elles occupaient à l’époque. «D’une certaine façon, elles répliquaient ce qu’elles faisaient à la maison», explique Mme Baillargeon.

Célibataires seulement

Photo Reuters

La plupart des femmes qui apparaissent sur ces photos, dont celle-ci montrant des Américaines s'occupant d'opérations radios de l'armée en 1919, sont probablement célibataires, estime Mme Baillargeon. Ce n’est en effet qu’après la Seconde Guerre mondiale que le travail salarié des femmes mariées est devenu progressivement acceptable avec l’avènement de la société de consommation. Et encore, ces femmes travaillaient généralement à temps partiel dans des domai­nes à connotation féminine.

Pas de chevaux

Photo Reuters

Pendant la Première Guerre mondiale, beaucoup de Canadiennes se sont retrouvées à devoir effectuer des tâches masculines dans les champs, comme sur cette photo prise en France, en 1916 ou 1917. «On peut supposer qu’il n’y avait pas de chevaux, car beaucoup étaient mobilisés par l’armée», avance Mme Burgess.

Encore du chemin à faire

Photo Reuters

Oui, des femmes ont pu étudier à l’université au début du 20e siècle, comme ces scientifiques photographiées entre 1910 et 1920. Les étudiantes n’avaient toutefois pas le même statut que leurs collègues masculins, note Joanne Burgess. Dans le Québec francophone, il faudra attendre les années 1940 pour que des femmes fassent leur entrée à l’université dans des domaines considérés comme féminins, tels que la nutrition. La réelle percée s’est faite dans les années 1970. Rapidement, la médecine et le droit se sont largement féminisés. Mais même de nos jours, plusieurs secteurs restent «genrés», comme les milieux de la construction et du génie. Sans parler du plafond de verre auquel se frappent beaucoup de femmes qui souhaitent monter dans la hiérarchie des organisations, rappelle Mme Baillargeon.

Exit après la guerre

Photo Reuters

Les femmes étaient présentes sur le marché du travail dès l’industrialisation, au 19e siècle. Or, les tâches et les emplois étaient très segmentés en fonction des sexes. La Première Guerre mondiale a changé la donne, mais de façon temporaire seulement. Car de retour du front, les hommes ont voulu retrouver leur emploi. D’ailleurs, beaucoup d’usines destinées à produire des biens militaires ont fermé après la guerre, souligne Mme Baillargeon. «La femme qui travaillait chez Canadair pendant la guerre, elle est possiblement devenue vendeuse chez Eaton après», donne-t-elle comme exemple.