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Une ministre dépassée par sa fonction

Theriault Vallee
Photo d'archives Quelqu’un peut-il sérieusement soutenir que, parmi les avocats de la députation libérale, elle était la plus qualifiée pour cette fonction délicate entre toutes ?

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J’ose poser la question: le cas de Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, n’est-il pas devenu une illustration des risques du souci, à tout prix ou presque, de la parité au Conseil des ministres?

On est en droit de se poser la question, à moins qu’on ne soit ici devant un nouveau tabou québécois, ce qui serait fort possible.

Je précise que je ne la connais ni d’Ève ni d’Adam, ni ne doute de son désir de bien faire. Tenons-nous aux faits.

Mme Vallée commence par piloter un projet de loi qui prétend lutter contre la radicalisation. Décrié par tous ou presque, on y voit plutôt une menace à la liberté d’expression.

Pendant tout l’épisode, les laborieuses explications de Mme Vallée témoignaient de sa confusion.

L’entrevue réalisée par Paul Arcand, en juin 2015, pendant laquelle elle refusa de répondre 15 fois à trois questions très simples, fut un moment d’anthologie.

Récidiviste

Quand on a appris que le Cégep Maisonneuve était aux prises avec une possible cellule intégriste islamiste, la ministre de la Justice a blâmé... l’opposition officielle.

Voulant porter assistance à la ministre de la Condition féminine, qui oubliait que son ministère n’existerait pas sans mouvement féministe, Mme Vallée s’est dite «humaniste plutôt que féministe».

Si le féminisme se veut le redressement de la moitié du genre humain, c’est forcément un humanisme.

Bien réchauffée, Mme Vallée frappe ensuite un coup de circuit. Inventant le concept, inconnu en droit, d’«union spirituelle», elle soutient que le mariage religieux n’a pas nécessairement de conséquences civiles.

C’est l’ahurissement total dans la communauté juridique. Le premier ministre n’a d’autre choix que de la désavouer.

On ne parle pas ici d’un premier ministre reprenant son ministre des Transports sur le tracé d’une route. On parle ici d’une question au cœur de tout notre édifice juridique.

Le ministère de la Justice n’est pas le ministère du Tourisme. Son titulaire doit avoir une solidité fondamentale, une logique cartésienne, un jugement sûr, un esprit subtil et le vocabulaire en conséquence.

Disons les choses qui doivent être dites: rien dans la trajectoire professionnelle antérieure de Mme Vallée, honnête sans plus, ne la préparait à d’aussi hautes fonctions, du moins aussi rapidement.

Quelqu’un peut-il sérieusement soutenir que, parmi les avocats de la députation libérale, elle était la plus qualifiée pour cette fonction délicate entre toutes?

À quelques banquettes de la sienne, le député Gilles Ouimet, ex-bâtonnier du Québec, juriste chevronné, un homme au parcours riche et varié, mangeait son pain noir... jusqu’à son départ.

Compétence

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas.

Les femmes sont grossièrement sous-représentées en politique. C’est un réel problème. Nous y gagnerons tous le jour où ce problème sera résolu.

Je suis absolument favorable à ce que, à compétence égale ou presque, on privilégie une nomination féminine.

Les mots-clés sont ici: «à compétence égale ou presque». Mme Vallée passe-t-elle le test d’une compétence suffisante pour une fonction aussi névralgique? Les faits parlent d’eux-mêmes.

En le niant, on ne rend service ni à la justice, ni à la société, ni aux femmes.