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Aucune trace de leur naissance prématurée... ou presque

La série de clichés d’enfants nés avant terme d’un photographe de Québec a fait le tour du monde

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Lui-même père de deux enfants nés prématurés, un photographe de Québec a tapé dans le mille en montrant à quel point les bébés nés avant terme peuvent devenir des jeunes rayonnants de santé dans une série de clichés qui a fait le tour du monde.

«C’est impossible de dire qu’ils sont nés prématurés aujourd’hui», se réjouit Red Méthot, 38 ans, à propos de ses deux enfants, qui n’ont gardé aucune séquelle. Son garçon de 5 ans et sa fille de 4 ans sont respectivement nés à 29 et 33 semaines.

C’est donc ce miracle de la vie et de la médecine qu’il a voulu souligner avec sa série de photos «Les Prémas», réalisée cet automne pour l’un de ses cours au Collège Marsan.

Red Méthot, Photographe
Photo DOMINIQUE SCALI
Red Méthot, Photographe

Succès

Ce biologiste de carrière récemment réorienté en photographie était loin de se douter que l’album serait partagé plus de 15 500 fois sur les réseaux sociaux.

Le concept a été repris au Brésil, au Japon et dans certains pays d’Afrique, entre autres.

Ses modèles posent en couleurs, tenant dans leurs mains une photo en noir et blanc d’eux-mêmes au début de leur vie. Le contraste entre la fragilité émanant de la vieille photo et la vitalité de la récente est souvent saisissant. «C’est lumineux. Ils ont tous une attitude joyeuse ou déterminée», constate M. Méthot.

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Or, les parents de bébés nés avant terme ignorent souvent à quel point les chances de rétablissement sont grandes, même si 8 % à 10 % des enfants naissent prématurés, c’est-à-dire avant 37 semaines de grossesse.

Environ 85 % des prématurés grandissent sans aucune séquelle, dit Ginette Mantha, présidente de Préma-Québec. La série de photos de Red Méthot illustre donc la généralité des cas plutôt que l’exception.


Un superhéros qui fait des bulles

 
Photo courtoisie Red Méthot
 
Thomas se considère comme un superhéros. Son pouvoir? Faire des bulles avec son dispositif à oxygène. 
 
C’est ainsi que le garçon de quatre ans et demi comprend qu’il a dû combattre pour rester en vie, raconte sa mère Sandra Fregeau, qui habite à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, en Montérégie. 
 
En tant que tout premier bébé garçon à être né à 23 semaines à l’Hôpital Sainte-Justine, ses chances de survie étaient incertaines. 
 
«J’avais l’intuition qu’il fallait lui donner la chance vivre, je ne sais pas pourquoi.»
 
À trois reprises, on a offert aux parents de Thomas de le débrancher. «C’était vraiment une tempête, un cyclone. L’émotion, la peur. C’est l’enfer. Je ne souhaite ça à personne.»
 
«J’étais prête à prendre ce que la vie allait apporter. On nous a dit qu’il ne parlerait pas, ne marcherait pas. Ce n’est pas le cas. On s’attendait à vivre avec un enfant handicapé. C’est au-delà des nos espérances. Je suis vraiment fière de mon fils et du parcours qu’il a mené», se réjouit Mme Fregeau. 
 
De son côté, Thomas en apprend de plus en plus sur son début de vie, qui le distingue parfois des autres enfants.
 
Remarquant que son cousin n’a pas d’appareil respiratoire, il a déjà demandé depuis quand ce dernier n’avait plus d’oxygène. Ses parents lui ont donc expliqué que son cousin n’avait jamais eu besoin d’oxygène. «Thomas sait qu’il est différent.»

Une jumelle au Ciel

 
Photo courtoisie Red Méthot
 
Quand Noah demande à ses parents où est sa sœur, ses parents lui répondent qu’elle est au Ciel. Aujourd’hui âgé de deux ans et demi, Noah n’a plus de séquelles de sa naissance prématurée. Sa jumelle Victoria, décédée après moins de deux mois de vie, n’a toutefois pas eu la même chance que lui. 
 
«Perdre un jumeau à la naissance [en tant que parent], c’est vivre une joie et une tristesse en même temps. Ton cœur est divisé. C’est un mix d’émotions terrible», confie leur mère Sandra Pépin, qui habite à Pointe-aux-Cascades, près de Vaudreuil. 
 
Et même après deux années de deuil, la douleur existe encore. Il faut souvent composer avec le manque d’empathie ou l’ignorance de certaines personnes de l’entourage.
 
«On a entendu de tout. On nous a déjà dit: au moins il t’en reste un. Mais j’en aurais eu 10 autres, ç’aurait été aussi pire», déclare-t-elle.

Ceinture orange

 

Photo courtoisie Red Méthot
 
Félix, 8 ans, est en parfaite santé. La preuve: il est ceinture orange en karaté, sa matière préférée à l’école est l’éducation physique et son sport préféré le basketball, a-t-il timidement confié au Journal. 
 
Pourtant, au début de sa vie, les médecins n’auraient pas parié sur la survie du garçon, qui est né après seulement 23 semaines de grossesse. Ils ont donc soumis aux nouveaux parents un choix déchirant: laisser vivre leur enfant ou le laisser mourir. 
 
«Ce n’est pas un choix facile à faire. Je ne veux pas que ça m’ar­rive une autre fois», raconte avec angoisse sa mère Stéphanie Trépanier, qui habite Pont-Rouge, dans la région de Québec.
 
«Est-ce égoïste de vouloir garder un enfant si prématuré? Quelle qualité de vie aura-t-il? Sera-t-il heureux?» sont quelques-unes des nombreuses questions qui se sont bousculées dans sa tête à l’époque. «J’essayais de trouver des histoires de bébés nés à 23 ou 24 semaines sur internet. Je n’en trouvais pas», se souvient-elle.
 
«Si j’avais vu la série de photos au moment de faire ce choix, ça l’aurait rendu encore plus facile. [...] Ça m’aurait donné un boost d’énergie, de savoir qu’il n’y a ne serait-ce qu’une infime possibilité.»
 
De toute évidence, le scénario a tourné du bon côté. Félix est aujourd’hui un garçon comme les autres, qui aime jouer au Lego, glisser sur la neige et construire des forts.

Heureux malgré le fil

 
Photo courtoisie Red Méthot
 
Charles, 22 mois, a beau enchaîner les rendez-vous chez les médecins et divers thérapeutes, il n’en demeure pas moins un garçon rieur et enjoué.  
 
«En participant à la série de photos de Red Méthot, je voulais montrer que ce n’est pas parce que mon fils a besoin d’un fil pour respirer qu’il n’est pas heureux», raconte sa mère Mylène Tremblay, qui habite à Québec.
 
Car le bambin ne l’a pas eu facile. Né à seulement 26 semai­nes, il a passé les 14 premiers mois de sa vie à l’hôpital. Il est encore étroitement suivi pour des problèmes pulmonaires difficiles à contrôler. 
 
Heureusement, le tempérament jovial de Charles lui permet de passer à travers tout ça sans trop de souci. «Quand il arrive à l’hôpital, c’est sa maison. Il est habitué», explique Mme Tremblay.
 
«Souvent, quand je me promène et j’entends dire “pauvre petit”. Les gens ne savent pas. Ils voient un enfant malade. Moi je ne le vois pas malade. Et c’est ce qui se dégage de la photo [...] Le faire rire, c’est super facile.»
 

Nouvelle génération et petits miracles

 
Photo courtoisie Red Méthot
 
Sa naissance relevait déjà d’un petit miracle en raison de sa prématurité. Celle de ses enfants aussi, en raison des problèmes d’infertilité de son couple. 
 
Andréanne Duchesneau, 26 ans, apparaît enceinte sur la photo de Red Méthot. 
 
«C’est le cycle de la vie», se réjouit la jeune femme de Beauceville, mère de deux enfants et éducatrice en garderie.
 
Souffrant d’hypertension grave, sa mère avait accouché d’elle à 32 semai­nes. Elle ne pesait que deux livres et demi quand elle est née. 
 
Elle a longtemps été suivie au primaire et au secondaire pour surveiller sa croissance, qui s’est finalement déroulée normalement. «Je mesure 5 pi 1 po, mais c’est tout simplement parce que je suis petite» et non en raison de sa naissance prématurée, constate-t-elle. 
 
Si elle n’a gardé aucune séquelle, elle a toutefois dû avoir recours à la fécondité in vitro pour donner la vie à son tour. Or, cette technique augmente justement les risques de naissance prématurée. 
 
À ce stress s’est ajouté le fait que le trouble de grave hypertension dont souffrait sa mère peut être héréditaire. Elle en a finalement souffert elle aussi pendant ses grossesses, mais dans une moindre mesure. Mme Duchesneau a donc accouché à terme de ses deux enfants, dont la petite Clara, qui a maintenant trois mois.
 
«Ce sont nos petits bonheurs. Avec les problèmes qu’on a connus, on en profite. [...] Ça existe, des petits miracles. Et avoir de l’espoir, ça aide», conclut-elle.