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Union religieuse, mariage civil : ministre rabrouée!

 Stéphanie Vallée
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, s’est attirée les foudres de son chef et des évêques en permettant au procureur substitut de plaider qu’une union religieuse pourrait se distinguer du mariage civil et ne pas entrainer les obligations contractuelles qui découlent de celui-ci. La ministre a touché un point sensible, toutefois son raisonnement ne mérite sûrement pas toute la hargne déployée pour la ridiculiser et la rabrouer.

Il y a quelques années, une amie féministe et son compagnon du temps voulaient vivre ensemble et partager le même domicile, sans les contraintes du mariage. Ils souhaitaient une union libre, mais mon amie ne voulait pas déplaire à sa mère, une fidèle pratiquante de l’église catholique, et encore moins subir la désapprobation d’une mère entrepreneure qu’elle admirait. Donc, pour ménager les susceptibilités des leurs parents respectifs et satisfaire leur volonté d’union libre, ils organisèrent, de concert avec leur église, une cérémonie religieuse où ils s’échangèrent leurs vœux d’amour. Bien sûr, les parents n’étaient pas dupes et ils avaient compris que c’était plutôt une cérémonie symbolique qui se situait en dehors du cadre traditionnel du mariage et qui n’apportait pas les protections du code civil. Toutefois, les apparences étaient sauvées et cela donnait l’impression d’un accord religieux à cette nouvelle vie commune.

Mon amie a changé de compagnon de vie à trois ou quatre reprises depuis cette bénédiction d’une première vie à deux. Elle a toujours choisi l’état de conjoint de fait sans être retournée devant un prêtre, sa mère s’étant montrée plus souple avec les obligations religieuses au fil du temps.

La ministre Vallée n’a donc pas inventé le concept d’union spirituelle. Dans les années 70, des prêtres un peu plus modernes s’étaient aussi faits complices du désir de deux êtres d’unir librement leur vie tout en ne voulant pas déplaire à leur famille. L’idée n’est donc pas si folle de distinguer les obligations à l’égard d’un Dieu et les obligations terrestres à l’égard d’un partenaire de vie.

L’agitation autour du jugement rendu par la Cour et appuyée par la procureure générale découle de réforme à moitié faite et d’une séparation de l’Église et de l’État qui n’est pas encore complètement consommée. Lors de la réforme du code civil concernant le mariage, le législateur aurait dû s’en tenir qu’à des officiants laïcs et ne donner au mariage religieux qu’un caractère symbolique. Ne voulant pas heurter le clergé, il a procédé comme pour les écoles privées en maintenant un système hybride qui crée, aujourd’hui, la confusion.

La vraie question réside dans les obligations qui lient les personnes quand elles décident de partager un même toit et qui favorisent une égalité de droits. Ce n’est pas d’un débat sur la portée d’un mariage religieux dont nous avons besoin, mais bel et bien d’une refonte du code la famille en y expurgeant les mandats délégués à des confessions religieuses.

Un rapport volumineux a déjà été produit en ce sens et il traine sur les tablettes depuis l’été dernier. La ministre n’a qu’à le dépoussiérer et s’en inspirer pour établir les droits et les obligations des personnes qui décident de partager un bout de vie ensemble. C’est un travail délicat qui devra se faire avec parcimonie et recherche d’équilibre afin de ne pas décourager la vie à deux.