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Contrat de 64,5 M$ sans appel d’offres: Québec écarte une firme qui voulait contester

Une firme informatique contestant l’intention du gouvernement d’octroyer un contrat de 64,5 M$ sans appel d’offres est écartée

Pascal De Granpré
Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal / Agence QMI Pascal de Grandpré, président d’Ordi-Folie.

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Québec ne veut pas entendre les arguments d’une firme informatique montréalaise, qui lève la main pour dire que le gouvernement devrait faire un appel d’offres public au lieu d’octroyer 64,5 M$ de gré à gré à la firme Logibec.

Cette dernière, qui a acheté Médiamed en mars 2015, est visée par Québec pour répertorier le coût des opérations en santé, afin de documenter une future politique de financement par activité. Des membres influents du Parti libéral du Québec ont été impliqués de près ou de loin dans la firme Médiamed.

Un avis d’intention a été lancé, ce qui permettait aux entreprises concurrentes, entre le 3 février et le 2 mars, d’écrire au ministère afin d’être considérées et d’exiger un appel d’offres. Deux firmes ont répondu. Le ministère a mandaté le Groupe d’approvisionnement en commun de l’Est du Québec (GACEQ), un organisme du réseau de la santé, afin de mener l’avis d’intention qui établira si un appel d’offres est finalement nécessaire.

Pascal de Grandpré, président d’Ordi-Folie, a aussi écrit au GACEQ la journée de la date limite. Mais il a envoyé son courriel à 21 h 26, alors que l’heure limite était 16 h. Une prolongation avait été demandée, mais le GACEQ l’a refusée.

«Il n’y aura pas de suite à votre dossier», lui a fait savoir le GACEQ.

M. de Grandpré dit avoir entendu parler de l’avis d’intention par les articles de notre Bureau d’enquête, publiés la journée précédant la date limite.

Sa petite firme de Verdun a conçu SIGES, une solution de gestion informatisée des épisodes de soins à l’hôpital Fleury. Depuis 2009, l’outil a coûté un total de 30 000 $, a soutenu M. de Grandpré, qui reconnaît que sa firme est modeste et qui comprend que Québec ne l’ait pas considérée ou retenue dans son étude de marché.

On existe!

«Oui, on est en retard parce qu’on ne savait pas [...], alors on leur dit: on est là. Prenez au moins la peine de voir qu’on existe», explique-t-il.

Le GACEQ, lui, est plutôt d’avis que si la firme en a entendu parler si tardivement, c’est qu’elle ne connaît pas assez bien le réseau et ses enjeux et qu’il s’agit d’une raison de plus pour ne pas la considérer. Rappelons qu’il ne s’agit pas d’un processus d’appel d’offres, mais seulement d’un avis de la part de firmes voulant que le projet soit ouvert à la concurrence.

«Je ne prétends pas qu’on est meilleurs [...] Notre solution ne fait pas spécifiquement ce qui est demandé seulement, car on ne nous a jamais demandé spécifiquement de faire ça. C’est le chien qui mord sa queue. C’est comme si l’on demandait à un fabricant automobile de soumissionner avec le moteur d’une autre marque [...] Mais ce qu’on dit, c’est que d’autres solutions existent», a poursuivi M. de Grandpré.

«Nous n’offrons pas une alternative à toute la solution, mais on peut contribuer. On n’est pas là pour gagner le contrat. On est là pour dire qu’il doit y avoir un appel d’offres et que l’on peut aider parce que nous avons une solution qui n’a pas coûté cher aux contribuables et qui fait le travail depuis 2009.»