/news/society
Navigation

Mark Landry - Un homme et son violon

Coup d'oeil sur cet article

Depuis des années, je le vois trainer son vieux violon écaillé un peu partout dans Hochelaga-Maisonneuve.

Si vous habitez le coin, vous l’avez probablement déjà vu aussi, près de la place Simon-Valois, à la station Joliette ou au dépanneur Couche-Tard juste à côté. Récitals improvisés sur un coin de rue ou dans le métro.

Encore aujourd’hui, je reste fasciné par le personnage. Surtout par sa musique, grandiose et bouleversante à la fois, déchirante et déconcertante. Sa musique, comme son corps et sa voix éraillée, porte les marques d’une vie dans la marge ponctuée de rudes épreuves.

Malgré son caractère instable et son allure parfois rebutante, Mark Landry est une figure quasi-mythique d’Hochelaga-Maisonneuve. Il fait partie de l’ADN du quartier, de sa couleur. Au même titre qu’Antonio Barichievich, dit le Grand Antonio, a pu l’être pour Rosemont à la fin de sa vie.

J’ai toujours été intrigué par l’histoire derrière ce génie incompris, ce virtuose en haillons. Comment un tel prodige a-t-il pu se retrouver à la rue, usant les cordes de son violon pour les passants pour une poignée de change?

 

Un homme et son violon

Il y a quelques semaines, le réalisateur et compositeur Guy St-Pierre présentait dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois le court-métrage Un homme et son violon, un documentaire musical sans dialogue de huit minutes montrant Mark Landry dans toute sa triste splendeur.

Si ce magnifique film n’offre que très peu de réponses à mes questions, il illustre toutefois merveilleusement toute la sensibilité et le génie créatif de ce personnage trouble. 

«Ce que je voulais révéler, c'est ce qui se dégage de la personne», m’a confié M. St-Pierre. «Pour moi ce qui se dégage de la personne, ce n'est pas de la pitié. De la compassion, oui. Mais aussi de l'admiration, parce qu'il est très très concentré dans ce qu'il fait, très dans l'instant. Et ça se sent dans sa musique», ajoute-t-il.

Malgré les quelques heures qu’il a passées en compagnie de Mark Landry, le cinéaste n’a pas non plus été capable de percer son mystère. Tout ce qu’il a pu apprendre de lui, c’est qu’il était profondément croyant, qu’il venait probablement de Moncton et qu’il avait passé deux ans en prison pour un crime qu’il prétend ne pas avoir commis. C’est d’ailleurs pendant ce repos forcé qu’il a imaginé son chef-d'oeuvre, un opéra dans lequel un compositeur, prisonnier d'une cage suspendue au-dessus de la scène, mènerait l'orchestre en inscrivant de sa plume blanche des notes imaginaires sur une portée invisible.

Le reste de son histoire est plus confus et semble parfois sombrer dans un délire paranoïaque: un père milliardaire, trente ans de leçons avec un célèbre instructeur de violon venu d’Europe de l’Est spécialement pour lui enseigner, les Hells Angels à ses trousses pour lui dérober son violon, qui vaudrait des millions...

«Il y a une partie très trouble, on peut pas savoir quand il parle si ce qu'il dit est vrai ou pas», explique M. St-Pierre.

 

Dix portraits d’inconnus

Un homme et son violon conclut une série de dix tableaux intitulée Je suis, pour laquelle Guy St-Pierre s’est inspiré du quotidien d’inconnus pour créer des compositions originales avec les musiciens Tommy Gauthier et Camille Paquette-Roy.

Au cours des prochains mois, il aimerait amener ses créations sur scène dans le cadre d’un spectacle multidisciplinaire combinant projections et musique live.

D’ici là, vous pouvez visionner les dix vignettes sur son site web.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.