/misc
Navigation

Escalade de violence dans la campagne de Donald Trump

Security Concerns Postpone Trump Rally
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Ce vendredi à Chicago, des accrochages entre les partisans de Donald Trump et des manifestants ont dégénéré en violence et mené à une trentaine d’arrestations. Ce ne sont que les derniers incidents qui entourent la campagne du milliardaire. C’est inquiétant.

Les incidents violents en marge de la campagne de Donald Trump à l’investiture du Parti républicain se multiplient et le candidat ne fait pas grand-chose pour calmer le jeu. En fait, les discours de Trump sont parsemés d’appels plutôt explicites à la violence et il n’est pas déraisonnable de connecter les éléments entre eux.

Donald Trump en mène large dans la campagne présidentielle américaine et ses assemblées courues par des dizaines de milliers de partisans et de curieux sont devenues une véritable tournée de spectacle. Certains aiment y voir la santé d’une démocratie en action, alors que le «showman» et homme d’affaires milliardaire attire à ses rallyes de forts contingents de citoyens qui n’ont jamais auparavant participé à la vie publique, ni en votant ni encore moins en se déplaçant en personne pour voir un candidat. Ce n’est pas interdit de tirer ces conclusions, mais ces assemblées révèlent aussi des choses beaucoup moins saines à propos du caractère de ce politicien hors-norme et de ceux qui le suivent avec ferveur.

Des incidents troublants

Les événements de vendredi à Chicago ont opposé des centaines de manifestants et de partisans qui en sont venus aux coups, ce qui a forcé l’annulation du discours de Trump pour la première fois depuis le début de la campagne (voir ici).

Un autre incident récent qui a beaucoup fait parler est celui du partisan de Trump qui a asséné un violent coup de poing à un manifestant alors qu’il était escorté hors d’une assemblée de Trump en Caroline du Nord. L’individu en question en a rajouté en déclarant immédiatement après que la prochaine fois qu’il croisera ce manifestant, il pourrait bien le tuer (voir ici). Le partisan a plus tard été formellement accusé d’assaut. Questionné sur l’incident au débat de jeudi, Trump a avoué ne pas aimer ce genre d’incidents, mais il a vigoureusement défendu les foules qui participent à ses rallyes et la rage qui les anime. L’événement a été capté dans cette brève vidéo.

Il y a aussi le cas d’une journaliste (Michelle Fields) bousculée jeudi par un adjoint de la campagne de Trump, qui fait suite à plusieurs événements où des membres de la presse ont été sujets à divers degrés de violence de la part de l’entourage de Trump.

Il y a eu plusieurs autres incidents. Au Kentucky le 3 mars, deux manifestants ont été malmenés par des individus qui semblaient se réclamer de mouvements suprématistes blancs (voir ici). En Alabama le 22 novembre, un activiste de «Black Lives Matter» était pris à partie par la foule alors que Donald Trump disait au micro qu’il méritait d’être violenté (voir ici). 

En fait, les incidents violents aux rallyes de Trump sont devenus à ce point monnaie courante que les reporters se donnent de moins en moins la peine de les signaler. Il importe de souligner, aux fins de comparaison, qu’aucun événement violent comparable n’a été signalé dans toutes les autres campagnes.

Des appels multiples à la violence

Ce qui est plus révélateur est ce que le candidat lui-même dit au sujet de ces incidents. On ne compte plus les exemples de discours où Trump encourage assez explicitement ses partisans à la violence. Je reproduis ici quelques-unes de ces exhortations dans le texte, car la traduction ne leur rendrait pas justice.

  • Le 1er février, Trump haranguait ainsi ses partisans: "if you see somebody getting ready to throw a tomato, knock the crap out of 'em, would you? Seriously. Okay? Just knock the hell — I promise you, I will pay for the legal fees. I promise. I promise." 
  • Le 23 février, à Las Vegas: "Here's a guy, throwing punches, nasty as hell, screaming at everything else, when we're talking...," he said. "I'd like to punch him in the face, I tell ya." 
  • Au rallye de Caroline du Nord où a eu lieu l’incident décrit plus haut le 9 mars, Trump avait dit : "See, in the good old days this didn’t use to happen, because they used to treat them very rough. We’ve become very weak." 

Il ne s’agit là que d’un échantillon, mais il est clair qu’une tendance se dégage: le message véhiculé par Donald Trump à ses partisans est que toute expression d’opposition justifie l’emploi de la force, parfois démesurée.

Mise à jour (12/03): La vidéo ci-dessous présente un échantillon plus complet des déclarations incendiaires du candidat républicain. Pour sauter les commentaires de l’animatrice et aller directement aux extraits des discours de Trump, allez à 3:42.

Des sources d’inquiétude

Malgré ces événements, il devient de plus en plus probable que les républicains choisiront Donald Trump comme candidat présidentiel. Même si le candidat Trump s’apprête à modifier son propre comportement pour paraître plus «présidentiel», il est peu probable que les manifestants disparaissent ou que les sentiments qu’il a stimulés parmi ses partisans s’endorment d’ici au 8 novembre. Cela n’augure rien de bon pour la campagne à venir, surtout si les partisans survoltés de Trump prennent l’initiative de transporter leur «enthousiasme» et leur propension à recourir à la violence dans les rassemblements démocrates.

Cet enchaînement d’événements révèle aussi certains aspects troublants du caractère et de la personnalité de celui qui, s’il est choisi candidat républicain, aura une probabilité non nulle d’occuper le poste de président de la plus grande puissance mondiale.