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Joey Saputo aimerait comprendre...

Il souhaite un meilleur appui du public pour l’Impact

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Joey Saputo tient à le préciser d’entrée de jeu: «Je ne veux pas passer pour un homme qui est amer. Je suis simplement déçu, comme amateur de soccer, de voir qu’il est si difficile pour l’Impact de disputer ses matchs locaux devant des gradins remplis.»

L’Impact amorcera sa 24e saison locale demain en recevant la visite des Redbulls de New York au Stade olympique. On attend une foule d’environ 27 000 spectateurs.

«Je comprends que ce n’est pas tout le monde qui apprécie le Stade olympique, mais on n’atteindra pas notre objectif de 34 000 spectateurs, soit la capacité du premier niveau des gradins», a confié Saputo dans une entrevue accordée au Journal de Montréal en ce vendredi après-midi aux allures de printemps.

Un appui inconditionnel recherché

Lorsqu’on lui fait remarquer que l’Impact aurait vendu beaucoup plus de billets si Didier Drogba avait pu être de la formation, lui qui refuse de jouer sur des surfaces synthétiques en raison de ses genoux, le propriétaire grimace.

«Les amateurs viennent-ils voir jouer Drogba ou [...] encourager l’Impact? Pourtant, Didier répète souvent qu’il n’est qu’un des membres de l’équipe», a souligné Saputo.

«J’aimerais que les amateurs nous appuient autant lorsque les choses vont mal que dans les bons moments. La survie d’une équipe ne peut pas dépendre des résultats sur le terrain.»

Le président fondateur de l’Impact n’a pas tort. La famille Saputo a investi des dizaines de millions de dollars dans l’aventure du soccer professionnel depuis 1993.

Elle a construit un bijou de stade au Parc olympique ainsi qu’un site d’entraînement de première classe. Elle dépense 2,5 millions de dollars par année dans l’Académie afin de développer de bons joueurs de soccer au Québec.

Des billets pourtant abordables

Joey Saputo s’explique mal que tous ces investissements ne se traduisent pas par des matchs disputés à guichets fermés au stade de la rue Sherbrooke.

«On ne parle pas de 81 matchs comme au baseball. On parle seulement de 17 rencontres et il faut savoir que le prix moyen de nos billets [23 $] est le plus bas dans la MLS», a-t-il précisé.

«Je n’aime pas montrer des images d’un stade de 20 000 sièges qui est à moitié rempli. Les joueurs européens ou sud-américains tiennent à jouer pour un club qui attire de belles foules, où il règne une ambiance électrisante, comme on a pu vivre en fin de saison l’an dernier.»

Sous la moyenne

L’Impact a atteint un sommet de 9000 abonnements vendus cette année. On se félicite, dans les bureaux, d’un taux de renouvellement record de 91 %.

«C’est bien, mais le fait reste que c’est sous la moyenne du circuit, qui est de 11 000 abonnements, a indiqué Saputo. On doit administrer l’équipe comme on gère une entreprise. Il faut faire mieux que ça.»

Saputo digère toujours mal le fait que les assistances aient été décevantes en début de saison l’an dernier après que l’Impact eut atteint la finale de la Ligue des champions, un fait d’armes pourtant remarquable.

«Je me demande encore pourquoi. J’aimerais comprendre. Que faut-il améliorer pour attirer davantage d’amateurs au stade? Je suis toujours prêt à écouter nos partisans.»

Saputo a parlé à cœur ouvert au cours de cette entrevue qu’il nous a accordée dans son magnifique bureau.

Es-tu d’avis que c’est une année déterminante pour l’Impact, que la fenêtre est ouverte vers votre meilleure saison avec des joueurs vedettes comme Drogba, Piatti et Ciman, et qu’il est important de tirer profit de la vague de popularité que connaît l’équipe depuis l’arrivée de Didier l’été dernier?

«Je n’aime pas entendre parler de vague. On met tous les efforts possibles chaque année pour que les gens s’associent à l’Impact, afin de créer un sentiment d’appartenance et de fierté. Notre objectif n’a jamais changé et c’est de mettre sur le terrain une équipe compétitive capable de se qualifier pour les séries. Oui, Drogba est une grande attraction, mais ça va être très difficile d’attirer une autre vedette internationale de sa trempe, surtout à un prix abordable. Ça n’arrivera pas chaque année.»

L’Impact doit-il profiter du fait que le Canadien ne participera pas aux séries, ce printemps, pour attirer plus d’attention sur l’équipe?

«Je suis un fier partisan de toutes les équipes professionnelles à Montréal et je souhaite qu’elles connaissent du succès. On ne peut pas raisonner ainsi.»

Y a-t-il moyen de faire des profits avec une équipe de soccer professionnel au Québec?

«On pourrait équilibrer notre budget sans les sommes investies dans les joueurs désignés, sans les investissements pour le développement de la relève. On aimerait aussi que le montant de 2,2 millions en taxes municipales soit moins élevé. Il y a des discussions avec les autorités de la Ville à ce sujet. Après tout, on loue le terrain de la RIO sur une période de 40 ans.»

Comment décrirais-tu le genre d’hiver que tu as passé en raison de la saga Drogba-Chelsea?

«Ce fut un épisode très difficile à vivre parce que je ne l’ai pas vu venir. J’étais à Bologne [il est aussi propriétaire d’une équipe en Italie], avant les Fêtes, lorsque j’ai appris que Didier avait été vu à Chelsea et que l’entraîneur avait déclaré qu’il voulait l’avoir avec l’équipe. C’était frustrant de constater qu’un club comme Chelsea ne respectait pas la MLS. J’ai alors décidé de me battre et j’ai expliqué à Didier qu’il avait un contrat à respecter. Il a compris ce que j’ai fait pour l’amener à Montréal et ce qu’il représente pour l’Impact.»

Es-tu certain que Drogba sera dans un bon état d’esprit lorsqu’il sautera dans la mêlée?

«Il a déclaré qu’il est avec l’Impact pour les bonnes raisons. En discutant avec le personnel d’entraîneurs et les joueurs, je crois que Didier est heureux d’être avec nous.»

Comment perçois-tu le fait qu’il refuse de participer aux matchs disputés sur une surface synthétique?

«J’aime mieux un Didier Drogba heureux et en santé, qui sera en mesure d’aider l’équipe à gagner cet été et en fin de saison, qu’un joueur malheureux d’être forcé de jouer sur ce type de surface en début d’année. Les joueurs qui ont fait carrière en Europe ont passé leur vie sur du gazon naturel. Il faut comprendre cela. Je préfère que Didier prenne le temps dont il a besoin afin de bien se préparer et qu’il soit ensuite prêt à jouer à 100 % de ses capacités.»

De père en fils ?

La famille Saputo est au soccer ce que la famille Molson est au hockey.

Le ballon rond est une passion pour Joey, qui travaille sans relâche pour populariser le soccer professionnel à Montréal.

Il faut le voir défendre ses points de vue dans son bureau et réagir vivement lors des matchs pour comprendre que l’homme âgé de 51 ans a ce sport dans le sang.

Une belle et longue aventure

«Ça fait 23 ans que l’aventure a commencé et c’est ma plus grande fierté, a-t-il expliqué. En 1993, on voulait simplement que Montréal se retrouve dans un circuit nord-américain de soccer.

«On ne pensait jamais, à ce moment-là, que l’Impact allait faire partie un jour de la MLS et qu’on aurait été en mesure de construire un stade au coût de 50 millions.»

Saputo estime que Montréal représente un très beau marché pour les joueurs ayant évolué en Europe.

«C’est le pont idéal pour eux lorsqu’ils veulent vivre l’expérience américaine, car ils se sentent comme en Europe ici, tout en profitant des commodités qu’offre l’Amérique du Nord.»

La relève se prépare

Joey Saputo est père de quatre garçons âgés de 8 à 18 ans. Croit-il qu’un jour, l’un de ses fils sera appelé à prendre sa relève?

«C’est possible, a répondu celui qui a suivi les traces de son père Lino. Lucas, l’aîné, étudie d’ailleurs en administration du sport à l’Université de Miami.

«Nos quatre garçons suivent de près tout ce qui touche au monde du sport à Montréal. D’ailleurs, ils ne se gênent pas pour me livrer leurs commentaires, qui sont assez souvent pertinents...»

 

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