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Vin-dredi! Autour d'une bouteille - Fabrice Delorme du Domaine de la Mordorée

Vin-dredi! Autour d'une bouteille - Fabrice Delorme du Domaine de la Mordorée

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 « Depuis, ma vie a complètement changé ». Celui qui vient de parler, c’est Fabrice Delorme, frère de Christophe à qui l’on doit les immenses succès d’un tout petit domaine à Châteauneuf-du-Pape : le Domaine de la Mordorée. Christophe a été foudroyé l’été dernier par une attaque cardiaque. Il avait 52 ans.

Attablé dans un restaurant de Montréal à déguster des vins plus formidables les uns que les autres, tout juste après une petite verticale du Lirac La Reine des Bois (le 2010 pourrait faire la barbe à bien des Châteauneuf vendus le double, voire le triple du prix!) et suivant un rare et superlatif La Plume du Peintre 2005,  j’ai proposé de rencontrer Fabrice le lendemain, au petit-déjeuner. Plus calme pour causer.

C’est donc autour d’un thé noir que le frère de l’autre m’a raconté comment sa vie a changé.

Son papa, Francis, et son frère Christophe posent les bases du domaine en 1986. Ils ont déjà un peu de vigne dans la famille. La lignée de vignerons, tant chez sa mère que son père remonte au 17e siècle. Fabrice, supportant mal de travailler avec son père, choisit de rester dans l'industrie du vêtement dont l’entreprise, ironiquement, a elle aussi été montée par son père. Son transfuge au sein d’une entreprise américaine l’amènera à faire le tour du monde plusieurs fois. Il s'éloigne de plus en plus de sa famille souvent jusqu’au moment de la première grande secousse dans sa vie : sa fille tente de s’enlever la vie.

Il rentre au bercail en 1999 en espérant y retrouver une vie de famille. Son père lui demande de développer le marché des particuliers. « Déjà, en rentrant dans le domaine, ça été un choc : pas d’Internet, pas de communication, à peine un téléphone et un fax qui ne marchait pas trop bien! » raconte Fabrice. « Vendre du Lirac, du Tavel et du Côtes-du-Rhône, ce n’était pas de tout repos. On me répondait chaque fois : du Tavel, j'en ai, du Lirac, on ne sait pas ce que c'est et du Côtes-du-Rhône, on en a des tonnes! »

Au même moment, son frère Christophe prend du galon et accumule les succès, notamment auprès d’un certain... Robert Parker.  Le Châteauneuf-du-Pape cuvée Reine des Bois 2001 reçoit la note parfaite de 100 points. « C’était la première fois que je voyais ça. Du jour au lendemain, la demande a littéralement explosé! Les gens achetaient tout ce qu'il pouvait. On a commencé par limiter les quantités, mais pour certains, ce n’était pas suffisant. Je me souviens d'un Danois qui est venu chercher ses six bouteilles. Le lendemain, il a envoyé sa femme. Il est revenu la semaine suivante, et rebelote, six autres bouteilles. Puis trois semaines plus tard, quand il est débarqué dans la boutique, je suis parti à rire en lui disant qu’on n’avait plus rien à vendre! »

Depuis, les bons millésimes comme les réussites se sont succédé et la réputation du domaine n’est plus à faire. « Il faut éviter de s’endormir sur ses lauriers, évidemment, mais disons que c’est plus facile » poursuit Fabrice. « Sauf que depuis le départ de Christophe, j’ai complètement changé ma vision des choses. Ma vie a changé. Le domaine passe après la famille ». Son papa est de retour, mais en intérim. « Ce n’est pas facile de revenir à 75 ans quand on a perdu son fils. On regarde vers l’avenir en s'appuyant sur l'équipe que Christophe a formée avant de partir. Je vois surtout Ambre, 23 ans, la fille de Christophe prendre le relais. Elle a tout pour elle et lui ressemble beaucoup. Elle est pointilleuse sur tout, dans le chai comme dans les vignes. Même sur la façon dont je m'habille » de conclure Fabrice en rigolant.

On leur souhaite de poursuivre sur ces succès!

 

En rafale

Le premier vin qui lui a donné une émotion

« J'hésite entre Rayas ou Clos du Caillou. Peut-être plus Rayas. J’étais sidéré de voir qu’on peut faire un vin avec une telle onctuosité et une telle fraîcheur. Après, ça peut n’être que ça le vin! »

 

Sa dernière grande émotion

« C'était avec Christophe. Des Tavel Reine des Bois 1996, 1999 et jusqu'à 2012. Quelle surprise! On était à la fois étonné et réconforté de voir comment ces vins peuvent bien évoluer. On avait bien sûr goûté des Tavel d'ailleurs. On savait que ça pouvait bien évoluer, mais jamais comme ça! Les gens les boivent trop tôt. Il faut les attendre au moins un an pour aller chercher de l'onctuosité. Ce sont des vins qui évoluent comme des rouges. Idéalement, attendez-les trois à quatre ans. »

 

Faire du vin ailleurs?

« Probablement en Côte-Rôtie ou à St-Joseph avec une petite préférence pour cette dernière région. C'est le nom qui m'inspire. Et j'en ai goûté de très bons. Aussi dans les Dolomites, dans le nord de l’Italie. Des conditions particulières. Et puis ma femme est italienne. Je me sens beaucoup en phase avec ces gens-là. »

 

Les vins du Domaine de la Mordorée disponibles à la SAQ :

La Dame Rousse 2014, Tavel (27,15$ Code SAQ 12376881)

Dame Rousse 2013, Lirac (24,60$ - Code SAQ 11690836)

Reine des Bois 2012, Lirac (37,00$ - Code SAQ 12150284)

Reine des Bois 2012, Châteauneuf-du-Pape (79,00$ - Code SAQ 12150276)