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Le long déclin du clan Rizzuto

Photo d'archives
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Félix Séguin et Éric Thibault
Le Journal de Montréal

 

L’assassinat de l’aspirant parrain Lorenzo Giordano, le 1er mars, à Laval, a sonné le glas de la vieille garde de la mafia montréalaise et a confirmé la lente agonie du clan Rizzuto.

À peine sorti de prison, Giordano était considéré comme l’un des «hommes forts» du clan Rizzuto.

Son patron Francesco Arcadi et leur bras droit Francesco Del Balso – deux autres grosses prises de la GRC dans l’opération Colisée – ont aussitôt dû retourner au pénitencier pour y finir de purger leur peine, puisque la police ne donnait pas cher de leur vie en liberté.

Le trio, qui avait autrefois la mainmise sur les millions de dollars en paris illégaux de la mafia, voulait «reprendre le contrôle».

«Il semble que la nouvelle génération en place ne voulait pas avoir affaire à ces anciens hauts gradés du clan Rizzuto autour de la table de direction», observe l’auteur Pierre de Champlain, ex-analyste en renseignement à la GRC.

Panique dans les rangs

Il faut remonter au 20 janvier 2004 pour retracer l’origine du déclin de l’organisation que dirigeait Vito Rizzuto. Ce jour-là, le parrain était arrêté pour son rôle dans les meurtres de trois capos de la famille mafieuse new-yorkaise Bonanno, en 1981.

«Cela avait pris l’organisation au dépourvu et semé la panique au sein du clan. C’est à partir de là que l’organisation a commencé à s’effriter», rappelle M. de Champlain, un spécialiste du crime organisé italien.

En son absence, Arcadi a assumé le rôle de chef par intérim. Son style tranchant, aux antipodes de la diplomatie dont faisait preuve le parrain Rizzuto, ne faisait pas l’unanimité.

Vengeances personnelles

«Durant cette période, il y a eu des règlements de comptes personnels qui n’auraient probablement pas été approuvés si Vito Rizzuto avait été là, comme le meurtre de Giovanni «Johnny» Bertolo en août 2005», mentionne l’auteur.

Bertolo, un trafiquant qui agissait comme représentant syndical d’une section de la FTQ-Construction, était un ami proche du caïd Raynald Desjardins, jusque-là un fidèle allié du clan Rizzuto.

La police croit que Desjardins s’est ensuite rallié à d’autres factions rivales des Rizzuto – dont celles du caïd Giuseppe De Vito et du chef intérimaire de la famille Bonanno, Salvatore Montagna – pour prendre la tête de la mafia.

La guerre de pouvoir sanglante qui a suivi a fait des dizaines de victimes, dont 26 ces six dernières années.

«Le véritable assaut contre le clan Rizzuto fut le meurtre du fils du parrain, Nick Jr., le 28 décembre 2009. Puis, en 2010, il y a eu l’enlèvement de Paolo Renda, beau-frère de Vito, et le meurtre de Nick Rizzuto Sr. C’est là, à mon avis, que s’amorce la fin de la dynastie des Rizzuto», d’après M. de Champlain.

Plusieurs hauts gradés de la mafia se rangent dans le camp adverse. Rocco Sollecito, libéré en 2011 après avoir été épinglé dans Colisée, compte parmi les alliés du parrain à tenir le fort.

13 meurtres en 14 mois

Le 5 octobre 2012, Vito Rizzuto est libéré après six ans d’incarcération aux États-Unis. Il revient au pays pour reprendre sa place et s’arrête d’abord à Toronto pour aller mesurer ses appuis auprès de la puissante mafia calabraise.

Treize meurtres ont été commis durant les 14 mois qui se sont écoulés entre le retour du parrain et son décès, en décembre 2013. Vito Rizzuto combattait un cancer, en plus de ses rivaux.

Les règlements de comptes n’ont toutefois pas cessé et personne ne s’est démarqué en vue d’occuper sa succession.

«Y aura-t-il des répliques au meurtre de Giordano? C’est à prévoir. Le climat reste très tendu. La situation est encore aussi confuse et explosive», commente Pierre de Champlain.

Il estime que «le clan Rizzuto, c’est chose du passé».

Et ce, même si Leonardo Rizzuto, le cadet du défunt parrain, est l’un des leaders allégués de la nouvelle table de direction de la mafia, avec le fils de Rocco Sollecito.

Stefano Sollecito, qui souffre d’un cancer, et Leonardo Rizzuto sont détenus pour gangstérisme depuis quatre mois et risquent de longues peines de prison.

 

Cette carte et chronologie des évènements vous aideront à mieux saisir l'ampleur de cette lente agonie qu'est celle du clan Rizzuto

Le meurtre de Lorenzo Giordano, survenu le 1er mars, constitue le dernier chapitre dans le long déclin du clan Rizzuto. Le Journal retrace les moments clés de la chute de cette dynastie du crime, marquée par des luttes fratricides et par 26 assassinats au cours des six dernières années.

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Chronologie des évènements