/news/currentevents
Navigation

«Il est encore dans le chemin»

La famille d’une victime de l’alcool est outrée de voir que le coupable a récidivé

La mère d'un homme tué par Daniel Desjardins en 1992 espère que ce dernier ne pourra plus jamais conduire, alors qu'il vient d'être arrêté de nouveau pour conduite avec les capacités affaiblies.
La mère d'un homme tué par Daniel Desjardins en 1992 espère que ce dernier ne pourra plus jamais conduire, alors qu'il vient d'être arrêté de nouveau pour conduite avec les capacités affaiblies.

Coup d'oeil sur cet article

«Révoltée» par la septième arrestation reliée à l’alcool au volant de celui qui a tué un de ses membres en 1992, la famille de Jean Houde exige maintenant que le chauffard récidiviste n’ait plus jamais le droit de se trouver derrière un volant.

«Je suis révoltée! Je ne peux pas croire que ce gars-là a continué de conduire», rage la mère de Jean Houde, Micheline Thérien.

«Je ne suis pas surprise qu’il ait recommencé, il en avait déjà, des récidives, en 1992, quand il a tué mon frère», se désole la sœur de la victime Marie Houde.

Micheline Thérien, mère de la victime
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés
Micheline Thérien, mère de la victime

Le 24 mars 1992, la vie de la famille de Jean Houde a été anéantie lorsque ce chauffeur de taxi a été happé mortellement par Daniel Desjardins sur le boulevard Duplessis. Prenant le volant avec un taux d’alcoolémie de .249, le «soûlon», qui en était à l’époque à sa troisième récidive, avait emprunté le boulevard en sens inverse avec son véhicule.

Se dirigeant vers l’aéroport de Québec pour prendre des clients vers 3 h du matin, le chauffeur de taxi a été incapable d’éviter le chauffard qui fonçait directement sur lui. Si la victime est décédée sur le coup, le chauffard, qui avait une «bouteille de bière à moitié pleine entre les jambes» au moment de l’impact, s’en est sorti avec des blessures sérieuses.

«Il avait retiré plus de 20 000 $ de la SAAQ [Société de l’assurance automobile du Québec] parce qu’il a été blessé dans l’accident. Nous, on n’a rien eu pour notre frère, pas un sou», rappelle la sœur de la victime.

La Toyota Corolla du chauffeur de taxi Jean Houde avait été percutée de plein fouet. À droite, la voiture du récidiviste Daniel Desjardins.
Photo d'archives, Le Journal de Québec
La Toyota Corolla du chauffeur de taxi Jean Houde avait été percutée de plein fouet. À droite, la voiture du récidiviste Daniel Desjardins.

Sept arrestations

Si la famille du chauffeur de taxi a suivi le procès de l’accusé, qui a plaidé coupable en 1994, et a accepté avec impuissance la peine de 15 mois de prison et l’interdiction de conduire de cinq ans infligées à celui-ci, elle n’a plus jamais entendu parler du «meurtrier» de Jean pendant plus de 20 ans.

Le choc a donc été violent la semaine dernière, lorsque la famille a non seulement appris que Daniel Desjardins était arrêté une nouvelle fois, mais que c’était la quatrième fois depuis la mort de Jean Houde qu’il était intercepté pour conduite avec les facultés affaiblies.

«C’est épouvantable, ce gars-là, en 2016, il est encore dans le chemin! C’est affreux», lâche la mère.

L’indignation de la famille a également augmenté d’un cran lorsque la juge a accepté de libérer l’accusé pendant les procédures pour qu’il suive une thérapie fermée. «Il avait 39 ans quand il a frappé Jean, maintenant, il est rendu à 61 ans. Il n’a jamais arrêté, ce n’est pas sa thérapie qui l’arrêtera. C’est un soûlon! Il faut l’enfermer, franchement!» dit, enflammée, Micheline Thérien.

La juge montrée du doigt

Les proches de la victime ne sont pas tendres envers la juge qui a accepté d’envoyer le récidiviste en thérapie. «Est-ce que la juge attend qu’il en tue un autre? Il s’est fait arrêter sept fois, mais combien de fois il a conduit en état d’ébriété, cet homme-là?» lâche Marie Houde, qui habite maintenant en Alberta.

Ils savent cependant que Daniel Desjardins aura une peine d’emprisonnement pour cette nouvelle arrestation, sentence qu’ils espèrent exemplaire. «On ne peut pas le faire arrêter de boire, mais on peut le forcer à arrêter de conduire», souligne Marie. «Il est encore soûlon à 61 ans, il n’est pas récupérable, lui, envoyez-le en prison», exige la mère de Jean.

ARRÊTÉ 7 FOIS

Daniel Desjardins 62 ans, propriétaire de la Fabrique du smoked meat de Lévis

1978 Première balloune

  • 75 $ d’amende

1980 Deuxième balloune

  • 300 $ d’amende

1992 Accusé de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort

  • Victime: Jean Houde, 27 ans
  • Peine de 15 mois et interdiction de conduire pendant cinq ans
  • Blessé, il reçoit une indemnisation de la SAAQ

2003 Nouvelle récidive

  • 1000 $ d’amende
  • Interdiction de conduire pendant 12 mois

2005 Cinquième arrestation

  • 90 jours de détention

2007 Conduite pendant une interdiction et bris de probation

  • 2000 $ d’amende

2016 (5 mars ) Septième arrestation reliée à l’alcool au volant

  • Taux d’alcoolémie dépassant les 200 milligrammes d’alcool par millilitre de sang

Questions / réponses avec Pierre-Hugues Boisvenu

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu
Photo d'archives, Le Journal de Québec
Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu qui est à l’origine de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues plaide pour des sentences plus sévères, spécialement dans le cas de récidivistes.

Comment réagissez-vous lorsque des multirécidivistes continuent de commettre des délits?

Je traîne la frustration de beaucoup de familles. On laisse les récidivistes avoir trois, quatre ou cinq chances, et ce n’est pas seulement dans le domaine de l’alcool au volant. Je prends l’exemple de Julie, ma fille, l’agresseur a quand même été condamné trois fois pour des gestes similaires avant le meurtre de Julie. Il y a une remise en liberté trop facile.

Est-ce que la juge avait raison de diriger le chauffard vers une maison de thérapie?

La juge, dans ce cas-là, son job ce n’était pas de jouer à la travailleuse sociale. C’était de dire: écoutez, Monsieur, on a tout tenté avec vous, votre place, c’est en prison.

Tu as déjà tué quelqu’un, si après la mort d’une personne tu te conduis comme si ça n’a aucune importance pour toi, ce n’est pas le retour en thérapie qui va te soigner.

Vous avez présenté en février avec des collègues le projet de loi C-226 sur la conduite avec les facultés affaiblies. Qu’est-ce que ce projet de loi changerait?

D’abord, il y aurait une gradation dans les sentences et des punitions beaucoup plus sévères lorsqu’il y a homicide. Parce que, pour moi, tuer quelqu’un en état d’ébriété, c’est un homicide.

Nous n’en sommes pas à mettre des peines aussi sévères, moi j’aimerais qu’on y réfléchisse parce que pour une famille qui perd un enfant dans ces conditions, c’est un homicide.

Les « champions » de l’alcool au volant

  • Yvon Gingras: 24 récidives
  • Joseph-Réal Quinn: 19 récidives
  • Jean Gaudette: 12 récidives
  • Daniel Desjardins: 5 récidives

Alcool au volant: risque « non assumable » pour la société

Le récidiviste Daniel Desjardins
Photo courtoisie Facebook
Le récidiviste Daniel Desjardins

Kathleen Frenette, Le Journal de Québec

Une requête a été déposée lundi en Cour supérieure pour réviser la décision qui a permis au restaurateur Daniel Desjardins de reprendre sa liberté provisoire «en maison de thérapie fermée» après qu’il s’est fait prendre au volant avec près de trois fois la limite d’alcool permise dans le sang.

Dans un court document, le procureur aux poursuites criminelles et pénales Me Michel Bérubé soulève notamment que la juge Réna Émond a erré en droit en concluant que Desjardins «ne représente pas un danger pour la société».

Selon lui, bien que la présidente du tribunal ait mentionné que «la seule raison qui l’amène à conclure qu’elle peut libérer l’intimé est qu’il s’engage à suivre une thérapie», elle a omis de considérer l’ensemble des faits mis en preuve.

Récidives

Entre autres, le fait que Desjardins a «déjà suivi une thérapie après avoir causé la mort des suites d’une conduite avec les capacités affaiblies par l’alcool, qu’il a non seulement recommencé à con­sommer de l’alcool, mais a aussi été par la suite condamné à deux reprises pour des infractions de conduite avec les capacités affaiblies par l’alcool», peut-on lire dans la requête.

En fin de compte, le procureur mentionne que Desjardins présente un risque «non assumable pour la société».