/investigations/techno
Navigation

Montréal annule l'appel d’offres qui favorisait Cisco

La Ville veut que «les contribuables en aient pour leur argent»

Cisco
Photo TWITTER

Coup d'oeil sur cet article

Montréal a annoncé, hier, l’annulation de l’octroi d’un contrat informatique de plus de 8 millions $ qui favorisait les produits Cisco et qui a fait l’objet de vérifications par le Bureau de l’inspecteur général de la Ville.

Notre Bureau d’enquête avait révélé en décembre dernier que le processus contractuel soulevait plusieurs questions.

L’appel d’offres rédigé par la Ville demandait littéralement des produits «Cisco» ou leurs équivalents. Sans surprise, seules des firmes offrant des produits Cisco ont soumissionné. Des concurrents jugeaient le processus inéquitable.

Le maire Denis Coderre n’a jamais caché qu’il connaissait bien l'entreprise Cisco. Sur son compte Twitter, on a pu le voir devant le logo de l’entreprise lorsqu’il s’est rendu au siège social de Cisco en Californie en 2014, ce qui a froissé la concurrence.

Le lobbyiste chez Cisco entre 2013 et 2015 était Paul Zed, ancien député libéral au fédéral avec Denis Coderre. Photographié sur Twitter avec M. Zed lors d’un événement Cisco, le maire était visé par son inscription au registre des lobbyistes.

M. Zed a toutefois révélé au Montréal Gazette ne pas avoir fait de lobbying auprès du maire.

«Montréal a besoin de l’aide de toutes les parties prenantes institutionnelles et privées, comme Cisco et ses partenaires, pour aider Montréal à devenir la ville intelligente et numérique de demain (traduction)».

- Denis Coderre, avril 2015, conférence au congrès de Cisco à Montréal.

Avant l’appel d’offres, Cisco a tenu son congrès annuel mondial en avril 2015 à Montréal. Devant près de 3000 employés ou partenaires de Cisco, le maire a lancé le congrès comme conférencier.

Le maire «s’engage à faire de Montréal une ville branchée Cisco (traduction)» pouvait-on lire sur le compte Twitter d’un congressiste. Dans son allocution fournie par la Ville, le passage qui faisait référence au message publié sur Twitter est celui-ci: «Montréal a besoin de l’aide de toutes les parties prenantes institutionnelles et privées, comme Cisco et ses partenaires, pour aider Montréal à devenir la ville intelligente et numérique de demain (traduction)».

Le Bureau de l’inspecteur général de Montréal (BIG) s’est penché sur les liens entre le maire de Montréal et Cisco après notre reportage. Le BIG n’a pas rappelé le Journal, hier.

Le maire Coderre s’était dit «pas trop inquiet si on veut créer des amalgames parce que sur Twitter je dis tout ce que je fais». Le cabinet du maire nous avait déclaré qu’il n’y avait eu aucune orientation politique dans la préparation de l’appel d’offres et que faire le lien entre le maire et Cisco serait «grave».

Des besoins soudains

Finalement, la Ville n’a pas octroyé le contrat. Les relations médias de l’administration de la Ville n’ont pas voulu répondre à nos questions, nous soulignant que toutes les réponses allaient être données directement par l’attachée de presse du maire, Catherine Maurice.

Elle explique l’annulation par «de nouveaux besoins justifiés par une évolution de l’orientation technologique» du service informatique de la Ville. Deux lots mineurs de l’appel d’offres n’ont aussi pas reçu de soumission.

Elle soutient aussi que Montréal «souhaite s’assurer d’obtenir les meilleurs prix» et que la Ville «est en train de développer de nouvelles façons de solliciter le marché des fournisseurs dans le domaine».