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Dur pour les femmes sur les chantiers

Nombre d’entre elles disent que leur industrie pourrait en faire plus pour mieux les accueillir

Le 7 mars dernier, un contremaître a expulsé deux travailleuses d’un chantier à Saint-Jean-sur-Richelieu uniquement parce que c’étaient des femmes. Une situation qui est malheureusement trop courante dans l’industrie, selon plusieurs intervenantes dans le domaine de la construction.
Photo Le Journal de Montréal, Dominique Scali Le 7 mars dernier, un contremaître a expulsé deux travailleuses d’un chantier à Saint-Jean-sur-Richelieu uniquement parce que c’étaient des femmes. Une situation qui est malheureusement trop courante dans l’industrie, selon plusieurs intervenantes dans le domaine de la construction.

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Les femmes ont tellement la vie dure sur les chantiers au Québec que malgré tous les efforts de l’industrie pour leur faire plus de place, leur nombre n’a augmenté que de 1 % en près de 20 ans.

Depuis 1997, Québec et la Commission de la construction du Québec (CCQ) ont mis en place un programme d’accès à l’égalité des femmes (PAEF) afin d’augmenter de 0,3 % à 2 % la main-d’œuvre féminine dans l’industrie.

Or, 18 ans plus tard, il n’y a que 2200 employées sur les chantiers qui comptent 165 000 travailleurs dans l’ensemble de la province, soit une part de 1,33 %, selon les données de la CCQ.

«Imaginez le niveau d’isolement d’une femme qui arrive sur un chantier où elle est entourée uniquement d’hommes. Elle doit souvent faire face seule à de l’intimidation et à l’exclusion, et si elle ne se fait pas appuyer par son contremaître et son entreprise, elle n’a aucune chance. Elles se font toujours tester», a expliqué hier Audrey Murray, vice-présidente de la CCQ, en marge d’un colloque sur l’intégration des femmes sur les chantiers.

Audrey Murray, VP de la CCQ
Photo d'archives
Audrey Murray, VP de la CCQ

Le Journal a d’ailleurs révélé une telle situation la semaine dernière, lorsque deux travailleuses ont été expulsées d’un chantier à Saint-Jean-sur-Richelieu par un contremaître parce qu’elles étaient des femmes.

«Des situations comme ça, ça arrive régulièrement à nos membres [...] On veut que les femmes travaillent en construction et y restent, mais on fait en sorte que tout leur barre le chemin», a martelé Karyne Prégent, secrétaire générale de la CSN-Construction.

Changer les attitudes

Pour attirer plus de femmes dans le domaine, il faut donc combattre les préjugés de plusieurs employés et employeurs afin que les futures travailleuses se sentent plus à l’aise.

Selon les statistiques de la CSN, seulement 7 % des entreprises de construction embauchent présentement des femmes.

«C’est encore tabou, la place de la femme dans la construction. Mais je pense que plus on en parle, plus on va déranger le milieu et plus les choses vont aller en s’améliorant pour les femmes», a résumé Stéphane Pépin, PDG de l’entreprise Gestion 3 en 1, qui emploie presque autant de femmes que d’hommes.

Quelques obstacles auxquels les femmes font face

Le 7 mars dernier, un contremaître a expulsé deux travailleuses d’un chantier à Saint-Jean-sur-Richelieu uniquement parce que c’étaient des femmes. Une situation qui est malheureusement trop courante dans l’industrie, selon plusieurs intervenantes dans le domaine de la construction.
Photo courtoisie

Absence de toilettes : Sur plusieurs petits chantiers, surtout dans le domaine résidentiel, les toilettes sont absentes, car l’employeur n’est pas tenu d'en installer. «C’est nettement moins évident pour la fille qui doit aller faire pipi que pour le gars, qui peut se cacher presque n’importe où. Elle doit y aller dans une boîte de plâtre, en arrière des conteneurs, etc. C’est inconcevable en 2016», dénonce Karyne Prégent, secrétaire générale de la CSN-Construction. Récemment, un entrepreneur a fait installer une toilette avec eau courante pour les femmes... qui n’avait même pas de toit (voir photo).

Intimidation et sexisme : Les femmes sont toujours régulièrement victimes d’intimidation et de sexisme de la part de leurs collègues, et parfois même de leurs supérieurs. «Les femmes reçoivent régulièrement des commentaires comme “Eille, tu n’es pas en train de passer le balai quelque part?” ou “Il ne te reste pas une brassée de blancs à faire à la maison?”. C’est incroyablement dégradant comme comportement», dit Manon Bertrand, présidente de l’Association de la construction du Québec (ACQ).

Équipement mal adapté : Les femmes ont trop peu souvent accès à de l’équipement et des outils adaptés à leur physique. «Les cas les plus courants sont les harnais de sécurité. Ils sont ajustés pour le physique des hommes, donc ils peuvent être très inconfortables pour la poitrine d’une femme et ne peuvent pas être ajustés de façon sécuritaire», explique Audrey Murray, vice-présidente à la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Vêtements : Il est trop commun pour les femmes de devoir chausser des vêtements pour hommes au travail, notamment des gants, bottes et casques de sécurité. «Imaginez à quel point c’est difficile de faire des tâches minutieuses quand tes gants sont trop grands et que tes bottes sont trop larges? Mais beaucoup de fabricants exigent un certain volume pour créer un produit, et ils n’y arrivent pas pour les femmes», déplore Mme Bertrand.

Conciliation famille-travail : La conciliation famille-travail est quasiment inexistante dans plusieurs domaines de la construction, selon Mme Prégent. Le problème est particulièrement présent dans le secteur du génie civil, où les journées dépassent souvent les 10 heures et les chantiers peuvent être très loin. «On dit qu’on veut ouvrir la porte aux femmes, mais on ne leur permet pas d’ajuster leur travail à leur vie de famille. Il y a aussi un problème avec les congés de maternité parce que les travailleuses sont souvent embauchées à contrat, donc elles peuvent revenir au travail et leur poste est échu», explique la représentante de la CSN-Construction.