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C’est majeur!

Nathalie Normandeau
Mathieu Bélanger

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J’ai beau être le péquiste de service de ce blogue, c’est à François Legault que j’emprunte une expression récurrente pour titrer mon billet.

C’est ma-jeur!

L’arrestation aujourd’hui de Nathalie Normandeau et de six autres personnes pour différents chefs de fraude et d’abus de confiance est un événement dont les précédents dans la vie politique québécoise remontent aux années 60.

À l’époque, Jean Lesage avait mandaté l’honorable juge Élie Salvas pour enquêter sur le régime de l’Union nationale. Deux ex-ministres avaient été mis en accusation. Quelques années plus tard, le financier Gerry Martineau, conseiller législatif et âme damnée de Maurice Duplessis, fut même emprisonné.

Bref, on n’a rien vu de tel au Québec depuis lors.

Coup de tonnerre

Dans le petit milieu qu’est la capitale, la nouvelle fait figure de coup de tonnerre.

Elle vient d’abord retirer les projecteurs du budget, qui sera présenté en fin d’après-midi. La journée se voulait historique, pour le gouvernement, avec la présentation d’un premier exercice équilibré en près de dix ans, par Carlos Leitao. En 1999, Bernard Landry ne s’était pas gardé de célébrer le même exploit à grand renfort de trompettes.

Ça ne pourra pas arriver cette année. On rapporte que, ce matin, les journalistes quittaient le huis clos du budget pour ne plus y revenir afin de couvrir les arrestations. La priorité du jour a tout simplement changé.

C’est tout un choc également dans l’écosystème médiatique de la capitale, où l’ancienne politicienne s’était rapidement imposée dans le créneau du midi, avec Éric Duhaime. Devant ce succès météorique, tout le monde saluait l’audace et la clairvoyance du patron de la programmation du FM93, Pierre Martineau. Avoir perçu le potentiel de ce duo improbable relevait du trait de génie. La perspective vient de changer, c’est le moins qu'on puisse dire.

À la radio, les commentaires abondent. Dans cette ville où ce média occupe une place unique, il fallait suivre les réactions à chaud. Celle d’un Sylvain Bouchard, collègue de Normandeau, qui a appris son arrestation alors qu’il était en ondes. Celle de mon confrère «spin doctor» et animateur à Radio X, Jonathan Trudeau, qui a travaillé pour l’ancienne ministre. Celle d’Éric Duhaime, qui a dû animer seul ce midi. Tous sous le choc, tous incrédules. C’est plus que compréhensible.

Imaginez... Certains voyaient même Nathalie Normandeau à la mairie. Je pense que ça vient de s’éteindre.

Le PLQ

La nouvelle est également d’importance pour le PLQ.

Philippe Couillard voudra se détacher le plus possible de son ancienne consœur du conseil des ministres, dont il n’avait pas hésité à dire qu’il serait à l’aise de la voir de retour dans son parti, lorsqu’il en est devenu le chef. «Il faut faire une grande distinction entre les tentatives de culpabilité par association et les illégalités avérées», avait-il déclaré à l’époque.

Il s’était ravisé par la suite. Ces dispositions face à la nouvelle animatrice de radio avaient également dû évoluer après cette controverse du mois de janvier, après qu’elle eut soulevé le problème de l’incompétence économique de son gouvernement.

On tentera aussi de faire porter le chapeau à tout le monde, en rappelant que deux des sept accusés sont reliés au Parti québécois. Or, du personnel de bureau de comté, ce n’est pas la même chose qu’une vice-première ministre.

En outre, si le premier ministre a raison de dire que les règles sont différentes aujourd’hui, c’est justement à l’initiative du PQ au pouvoir qu’elles ont été adoptées.

Ajoutons que Pascal Bérubé et Agnès Maltais n’ont pas hésité ce matin à condamner les gestes reprochés et à souhaiter que les personnes responsables soient punies s’il y a lieu, quelles que soient leurs accointances politiques. On a été beaucoup plus timide sur ce plan, chez les libéraux.

Concluons que c’est bel et bien Philippe Couillard qui a fait partie du même conseil des ministres que Nathalie Normandeau, tout comme son bras droit Jean-Marc Fournier qui était déjà leader parlementaire quand Jean Charest a été forcé de créer la commission Charbonneau, en 2011.

Et rappelons une dernière fois que la nouvelle met de l’ombre sur une journée d’importance, celle du budget, qui devait permettre au gouvernement de se relancer, à la suite du remaniement raté de janvier et de l’interminable séquence de gaffes ministérielles qui a cours depuis lors.

Pour toutes ces raisons, n’en doutez pas, on est aussi content du côté de Parti québécois des événements de ce matin qu’on doit être en maudit au Parti libéral.

C’est majeur, donc. Majeur pour la politique québécoise. Majeur pour la radio de Québec. Majeur pour le PLQ.