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Au secours des enfants malades!

1912

Au secours des enfants malades!
photo Courtoisie des Archives de l’hôpital Sainte-Justine, Dispensaire de la goutte de lait de l’Hôpital Sainte-Justine vers 1912

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Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier
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Dre Irma LeVasseur (1878-1964)

Au secours des enfants malades!
Photo courtoisie de BAnQ, Portrait d’Irma LeVasseur vers 1900, P655S2SS6D8P1

Sur ce cliché datant de 1900, Irma LeVasseur pose fièrement à la remise de son diplôme de médecine de l’Université de St. Paul, au Minnesota. Première Canadienne française à devenir médecin, la jeune femme habitait pendant ses études chez le Dr Canac-Marquis, un ami de la famille. C’est probablement lui qui lui a conseillé de venir étudier aux États-Unis, où la formation médicale était plus complète que celle offerte à Bishop College, la seule université québécoise acceptant les femmes en médecine au tournant du 20e siècle. Toutefois, comme son diplôme américain ne lui permettait pas d’exercer sa profession au Québec, Irma déposa un bill privé à l’Assemblée législative du Québec. En attendant pendant trois ans la reconnaissance de ses compétences, Irma a exercé à New York aux côtés de la Dre Mary Putman Jacobi, militante féministe et pionnière en pédiatrie. Touchée par la dévotion de la Dre Jacobi envers les enfants mala­des, c’est à son retour, en 1903, qu’Irma eut une révélation: la vie des petits Montréalais ne tenait qu’à un fil.

La fondation de Saint-Justine

Au secours des enfants malades!
photo Courtoisie des Archives de l’hôpital Sainte-Justine, Dispensaire de la goutte de lait de l’Hôpital Sainte-Justine vers 1912

Au début du 20e siècle, la mortalité infantile était un véritable fléau, à Montréal. La pauvreté, la mauvaise qualité de l’eau, du lait et de la nourriture et les maladies tuaient un nourrisson sur quatre! Face à tant de détresse, Irma décida d’étudier la pédiatrie en Europe, la discipline n’étant pas encore enseignée au Québec. De retour, en 1907, la Dre LeVasseur chercha des appuis pour fonder un premier hôpital pour les enfants canadiens-français malades. Sa rencontre, le 27 novembre, avec Justine Lacoste-Beaubien fut déterminante. Trois jours plus tard, Justine fonda avec sept femmes «Le Refuge des petits malades» dans une maison de la rue Saint-Denis prêtée par le frère de son amie Euphrosine Rolland. Irma y amena un bébé gravement malade qu’elle gardait chez elle pour mieux le soigner. Si des médecins masculins avaient déjà lancé l’idée d’un hôpital pour enfants, ce sont des femmes qui ont mis en œuvre le projet. Un an plus tard, l’hôpital déjà bondé déménagea sur l’avenue Delorimier.

Du lait frais au dispensaire

Au secours des enfants malades!
photo Courtoisie des Archives de l’hôpital Sainte-Justine, Dispensaire de la goutte de lait de l’Hôpital Sainte-Justine vers 1912

Coiffée d’un ravissant chapeau, cette fillette reçoit des pintes de lait à ce dispensaire de la Goutte de lait du 4253 de l’avenue Delorimier. La présence de ce dispensaire affilié à l’Hôpital Saint-Justine, à quelques pas au sud de Rachel, révèle que la santé des enfants passe d’abord par la prévention pour les médecins. Il n’était pas rare que les mères, débordées de travail, préfèrent nourrir leur bébé au biberon plutôt qu’au sein. Comme elles ignoraient la présence de bactéries dangereuses dans le lait non pasteurisé, les nourrissons décédaient fréquemment de diarrhées mortelles. Au dispensaire, les infir­mières de la Goutte de lait assuraient un suivi hebdomadaire auprès des mères et leur donnaient des con­seils sur l’alimentation et l’hygiène. De plus, des bouteilles de lait frais étaient offertes à un prix minime aux nourrissons inscrits. Entre 1910 et 1914, les infirmières suivirent 800 bébés. Toutefois, la coutume d’aller à la clinique a pris du temps à entrer dans les mœurs, les mères n’étant pas aussi assidues que les médecins l’auraient voulu.


* Pour en savoir plus sur l’histoire de l’Hôpital Sainte-Justine et ses fondatrices, consultez l’ouvrage de Denyse Baillargeon, Naître, vivre et grandir, Sainte-Justine 1907-2007, Montréal, Boréal, 2007.