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La Grèce s’attelle au défi de la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie

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Photo AFP Des réfugiés débarquent dans un port de l’île de Lesbos. À partir d’aujourd’hui, les demandeurs d’asile qui arriveront dans les îles grecques de la mer Égée seront renvoyés en Turquie.

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Athènes | Orchestrer le renvoi en Turquie des nouveaux arrivants sur ses îles, tout en respectant le droit d’asile: c’est le gigantesque défi auquel la Grèce, soutenue par ses partenaires européens, s’est attelée samedi en application de l’accord conclu entre la Turquie et l’Union européenne.

Selon la Commission européenne, quelque 4000 agents devront être mobilisés au total pour cette opération, dont un millier de «personnels de sécurité et militaires» et quelque 1500 policiers grecs et européens, pour un budget estimé à 280 millions d’euros (410 M$) sur les six prochains mois.

Incapable de faire face et démunie par six ans d’austérité, la Grèce a obtenu de ses partenaires européens l’engagement d’un renfort immédiat de quelque 2300 personnes, dont 400 experts de l’asile et 400 traducteurs, a indiqué le premier ministre grec, Alexis Tsipras. Un important soutien financier est aussi prévu pour le pays surendetté.

Paris et Berlin sont prêts à envoyer jusqu’à 600 policiers et experts de l’asile, ont assuré les ministres de l’Intérieur des deux pays dans une lettre commune.

M. Tsipras présidait dans l’après-midi une réunion ministérielle pour préparer l’opération en urgence.

Renvois

L’accord scellé à Bruxelles prévoit le renvoi en Turquie des migrants arrivés sur les îles grecques à compter d’aujourd’hui. Dans la pratique, les premiers renvois «commenceront à partir du 4 avril», a dit la chancelière allemande Angela Merkel, inspiratrice de l’accord.

Huit navires de l’Agence européenne des frontières, d’une capacité de 300 à 400 places chacun, seront mis à contribution pour les renvois, a précisé l’exécutif européen. La Grèce devra aussi offrir quelque 20 000 places d’accueil sur ses îles, contre 6000 actuellement, ce qui risque de soulever un tollé chez les professionnels du tourisme.

Nouveaux débarquements

Entre-temps, les arrivées continuaient: 1500 ont été enregistrées entre vendredi et samedi matin, plus du double de la veille. Sur l’île de Lesbos, première étape de l’exode en Europe, des humanitaires faisaient état samedi après-midi de 300 nouveaux débarquements.

Selon l’agence turque Anatolie, un bébé de quatre mois s’est noyé à l’aube lors du naufrage d’une embarcation de migrants. Aucun renfort particulier des forces de l’ordre n’a été constaté par l’AFP côté turc pour bloquer les départs.

«Nous avons eu de la chance d’être arrivés à temps», se félicitait Fatima, une Syrienne, sur le port de Lesbos. Avec sa fille de 13 ans, elle y embarquait, avec quelque 2500 compagnons, à bord d’un transbordeur spécialement affrété pour Kavala, dans le nord du pays.

– Par Catherine Boitard, Agence France-Presse

Des expulsions illégales ?

AFP | Face à la levée de boucliers des défenseurs des réfugiés, l’UE a promis de respecter le droit international: chaque demandeur d’asile concerné par l’accord est censé avoir droit à un examen individualisé et à faire appel de son renvoi.

La procédure pourra toutefois être accélérée par une série de dispositions légales, dont la reconnaissance par la Grèce du statut de «pays tiers sûr» à la Turquie, a précisé la Commission.

«C’est un travail herculéen qui nous attend», a relevé le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

Assurances

Pour chaque Syrien renvoyé, les Européens se sont aussi engagés à «réinstaller» dans l’UE un autre Syrien depuis la Turquie, à hauteur de 72 000 places.

Des assurances qui n’ont pas désarmé les opposants à l’accord: quelque 2000 d’entre eux, selon la police, ont manifesté contre l’accord à Thessalonique et à Athènes, aux cris de «Open the borders».

Des manifestations de soutien aux migrants ont aussi eu lieu dans d’autres villes d’Europe – notamment à Londres, Vienne, Barcelone, Amsterdam et dans de nombreuses villes de Suisse.

Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a lui jugé «cruciale» la manière dont l’accord sera mis en œuvre, rappelant que «les réfugiés ont besoin de protection, pas de rejet».

Athènes, comme l’UE, espère avant tout que le signal envoyé par l’accord décourage les candidats au passage par la mer Égée et que la Turquie fasse effectivement barrage.

La Grèce doit aussi assurer la prise en charge des exilés bloqués sur son territoire par la clôture de la route des Balkans, voués soit à l’expulsion en tant que migrants économiques, soit à la répartition dans le reste de l’UE via le plan de relocalisation.

Les autorités en recensaient samedi 47 500, dont 10 500 massés à Idomeni, à la frontière avec la Macédoine.