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Vos députés se chicanent, s’insultent et s’excusent

Les affrontrements acrimonieux entre les députés sont nombreux tant à Québec qu’à Ottawa, et des experts craignent un désabusement des électeurs

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«Va chier», «tas de merde», «maudite chienne»... les insultes pleuvent depuis toujours dans le milieu politique, et le conflit entre le ministre Barrette et la péquiste Diane Lamarre n’est que le dernier d’une longue série. Mais la population est de plus en plus désabusée face à ces débordements, affirment des analystes. 
 
C’était le festival des excuses cette semaine à l’Assemblée nationale. Après une controverse de plusieurs jours, le ministre de la Santé Gaétan Barrette s’est finalement excusé à son homologue Diane Lamarre, qui l’accusait de harcèlement et d’intimidation. 
 
Le ministre avait affirmé que Mme Lamarre était en «conflit d’intérêts permanent» car elle aurait laissé ses collègues surfacturer des ristournes aux assureurs alors qu’elle présidait l’Ordre des pharmaciens. 
 
Puis, ce fut au tour du leader péquiste Pierre Karl Péladeau de présenter à son tour des excuses pour avoir traité le ministre Barrette de «Tartuffe» sur son compte Twitter. 
 
«C’est souvent virulent, la politique. Mais on a atteint récemment un niveau rarement égalé. S’ils ne veulent pas se discréditer totalement aux yeux de la population, les politiciens devraient changer de ton», dit Michel Sarra-Bournet, professeur en politique à l’Université de Montréal. 
 
Pire à Ottawa
 
Les Québécois ont de quoi se consoler: les insultes et les injures sont encore plus fréquentes à Ottawa, selon ce dernier. 
 
«J’étais stagiaire au Parlement lors du premier mandat de M. Mulroney. On ne pouvait même pas s’entendre parler tellement tout le monde se criait après. Ça joue dur à Ottawa», affirme M. Sarra-Bournet.
 
«En raison de la partisanerie, les politiciens s’affrontent constamment au lieu de collaborer. Au lieu d’être un forum de discussions, la politique est une arène où le meilleur bagarreur, celui qui parle le plus fort, l’emporte.»
 
«M. Barrette a bien exprimé sa vision des choses à l’émission Tout le monde en parle. Pour lui, comme pour plusieurs députés, la politique est une joute où tout est permis pour marquer des points et gagner des débats», analyse Éric Montigny de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval. 
 
La population « écoeurée »
 
Le hic, remarquent les analystes, c’est que la population est de moins en moins tolérante face aux insultes gratuites. 
 
«Dans la société québécoise, la tolérance à la violence verbale a beaucoup diminué. Les attaques personnelles sont mal vues», dit Olivier Turbide, professeur en communications à l’UQAM. 
 
«Ça ne fait qu’alimenter le cynisme et désintéresser les gens de la politique», lance M. Sarra-Bournet. 

Gaétan Barrette

Plus tôt cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a affirmé qu’il s’excusait «pour ce qui a pu être interprété comme une attaque personnelle» contre la députée péquiste Diane Lamarre.

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« Va chier » – Christine St-Pierre

La députée libérale Christine St-Pierre n’a pas digéré les accusations de la première ministre Pauline Marois en septembre 2013, qui affirmait qu’elle avait «tassé» l’ancienne présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat. «Va chier», a répondu Mme St-Pierre qui a dû s’excuser dans les minutes suivantes.

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« Vieille plotte » – Thomas Mulcair

«J'ai hâte de te voir en prison, vieille plotte!» Thomas Mulcair, alors député libéral, a lancé cette insulte à l’ancien ministre péquiste Yves Duhaime en 2002, à la sortie d’un débat à TQS. M. Mulcair accusait M. Duhaime d’avoir agi comme lobbyiste pour des marchands Metro auprès du gouvernement Landry. Traîné en cour pour atteinte à la réputation, M. Mulcair a ensuite été condamné à payer 95 000$ à Yves Duhaime.

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« Tas de merde » – Justin Trudeau

En 2011, au beau milieu d’un débat sur le retrait du Canada du protocole de Kyoto, le député libéral Justin Trudeau a traité en anglais le ministre de l’Environnement Peter Kent de «tas de merde».

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« Maudite chienne » – Jean Charest

Frustré qu’elle s’en prenne à sa famille, le chef libéral Jean Charest s’est emporté contre la députée Elsie Lefebvre en 2005 et l’a qualifié de «maudite chienne», alors qu’elle lui demandait si son épouse Michèle Dionne était intervenue dans un dossier lié à la Croix-Rouge.

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« Grosse crisse » – Norman MacMillan

En 2011, le ministre délégué aux Transports Norman MacMillan n’a pas hésité à traiter la députée adéquiste Sylvie Roy de «grosse crisse» au Salon bleu, alors que celle-ci posait des questions sur des contrats octroyés de gré à gré par le gouvernement à l’ex-député libéral fédéral Rémi Bujold. Mme Roy avait ensuite affirmé que son opposant l’insultait souvent en chambre et l’avait aussi déjà traité de «vache».

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« Crisser dehors » – Christine Moore

Exaspérée par le 100e baillon imposé par les conservateurs, la députée du NPD en Abitibi-Témiscamingue Christine Moore a lancé en juin 2015 : «J'espère simplement que les Canadiens vont se rappeler de ce 100e bâillon-là et qu'ils vont les "crisser" dehors pour au moins 100 ans.» Elle a dû s’excuser par la suite.

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« Fuck off » – Pierre Eliott Trudeau

Les insultes ne datent pas d’hier à la Chambre des communes. En 1971, les députés de l’opposition ont accusé le premier ministre Pierre Elliott Trudeau de les avoir insulté en leur criant «fuck off». En point de presse, M. Trudeau s’était ensuite défendu en affirmant qu’il avait plutôt dit «fuddle duddle», dont l’exacte signification demeure encore aujourd’hui nébuleuse.

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L’Assemblée en furie

Les insultes ont fusé de partout à l’Assemblée nationale le 6 juin 2013: «bullshit», «démagogue», «bande d'eunuques», «girouettes», etc. Le président de la Chambre, Jacques Chagnon, a dû intervenir à plusieurs reprises. Le chef de l’opposition Jean-Marc Fournier avait parti le bal en accusant le gouvernement Marois de se livrer à des «publicités trompeuses», avant de se faire qualifier de «mal élevé» par le député péquiste Stéphane Bédard.

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« Crisse de folle » – Danielle St-Amand

En pleine commission parlementaire sur la centrale nucléaire Gentilly-2 en 2013, la député libérale de Trois-Rivières Danielle St-Amand n’a pas hésité à traiter la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet de «crisse de folle».

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« Crosseurs » – Thomas Mulcair

Le député du NPD Thomas Mulcair a affirmé en Chambre en 2012 que les conservateurs se comportaient comme des «crosseurs» en ayant refusé de verser une indemnité au Québec après avoir harmonisé la TVQ avec la TPS dans les années 90.

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