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Entre générations, s’ouvrir et se parler

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Photo d'archives

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L’acteur et écrivain Robert Lalonde s’est complètement immergé dans l’univers de l’écrivain russe Anton Tchékhov pour son nouveau roman, Le petit voleur. Son histoire s’inspire d’un rendez-vous manqué. Celui du grand maître russe et d’un de ses jeunes disciples, Iégor, qui quitte la steppe où il a grandi dans l’espoir d’aller retrouver Tchékhov à Melikhovo.

Convaincu de pouvoir rencontrer son mentor en personne, Iégor entreprend un voyage ponctué de surprises, où même l’amour se pointe au détour, jusqu’à arriver à la demeure du maître. Mais celui-ci était déjà parti. Il avait déjà traversé la Russie, la Pologne, l’Allemagne, la France avant de s’arrêter sur la Côte d’Azur.

Inspiration russe

Robert Lalonde s’est complètement imprégné de l’oeuvre de Tchékhov, mais aussi de celle des grands écrivains russes Maxime Gorki et Alexandre Pouchkine pour écrire ce très beau roman empreint de poésie, de portraits psychologiques, de références à la littérature, dans une ambiance de Vieille Russie.

«Tchéknov, je lui en devais une, depuis le temps que je le fréquente! C’est un écrivain qui m’accompagne depuis 50 ans. Et quand est arrivée toute l’histoire des carrés rouges avec les jeunes, c’est là que j’ai commencé à travailler le livre. Je me suis demandé qu’est-ce qu’il ferait, qu’est-ce qu’il dirait, s’il était là. On avait besoin d’un point de vue comme le sien. Quelqu’un qui sache parler de ce qui se passe, qui ne soit ni haineux, ni plein de préjugés vis-à-vis de la révolte que les jeunes vivent, et qui n’aurait pas un point de vue moraliste sur ça», explique-t-il en entrevue.

Robert Lalonde a plongé dans la correspondance de Tchékhov. Il pensait faire une nouvelle d’une trentaine de pages... mais ensuite est arrivé le personnage d’Iégor, puis l’idée des trains qui n’allaient pas se rencontrer. Je me suis laissé prendre dans l’histoire, et dans le rendez-vous raté. Ils se rencontrent toutefois par la parole, par l’écriture. Et c’est un livre sur l’écriture que je voulais faire.»

L’écrivain s’est souvent retrouvé dans la position de mentor, puisqu’il enseigne, qu’il donne des ateliers et coache les jeunes écrivains. Son livre suggère d’ouvrir le dialogue et invite les gens de différentes générations à s’ouvrir et à se parler.

Il constate que le fossé d’incompréhension entre les générations s’élargit et que les gens ont des préjugés les uns sur les autres. «J’avais envie de montrer un peu ce que c’est, une relation de mentorat. C’est à deux sens: il n’y a pas seulement quelqu’un qui instruit quelqu’un d’autre. Il y a quelqu’un qui remet en cause ses propres certitudes à force de fréquenter quelqu’un de plus jeune.»

Un film en tournage

En plus de ses projets d’écriture, Robert Lalonde a un agenda bien rempli. «On va reprendre la série Au secours de Béatrice, parce qu’elle fonctionne bien. Ça me permet d’écrire un petit plus parce que le théâtre, c’est tellement exigeant.»

Un film est tourné avec le livre C’est le coeur qui meurt en dernier, que j’ai écrit sur ma mère il y a deux ans. Ils sont en train de tourner: c’est Denise Filiatrault qui joue ma mère et c’est la seule qui pouvait faire ça. Sophie Lorain joue ma mère, jeune. La mère et la fille jouent: c’est assez étonnant! Dans le film, je fais un barman.»

Robert Lalonde s’occupe aussi de ses petits-enfants qui ont 3 ans et 6 ans et qui adorent lui rendre visite à la campagne. «C’est un bonheur pour moi d’avoir à nouveau 6 ans!»


♦ Robert Lalonde est président d’honneur du Salon du livre de Trois-Rivières cette fin de semaine.

 

EXTRAIT

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Photo courtoisie

«Douze huîtres et deux verres de sauternes plus tard, il n’y pense plus. Il est heureux, il n’a plus froid, il est à Paris, il se régale et songe à une scène très forte d’il ne sait plus lequel des romans de Maupassant – Une vie? Bel-Ami? Mont-Oriol?-, la charrette dévalant le ravin entraînant dans la mort les deux amants enlacés... «Un roman, c’est certain! Une nouvelle, je saurais, je les connais quasiment toutes par coeur. Le génial canoteur: La vérité peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Comme c’est beau! Comme c’est juste! Quel enfantillage de croire à la réalité, puisque nous portons chacun la mort dans nos organes. Chacun de nous se fait une illusion sur le monde. Le grand artiste est celui qui impose à l’humanité son illusion particulière.»

— Robert Lalonde, Le petit voleur