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Hausse de 273% des chirurgies bariatriques depuis 2006

Martin Lavoie
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier À un certain poids, l’opération représente la seule option à long terme pour retrouver une taille santé, assurent des experts. C’est le cas de Martin Lavoie, 44 ans, qui a atteint un poids de 644 livres avant de subir la chirurgie bariatrique au début mars.

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Les chirurgies bariatriques sont en pleine explosion au Québec, alors que plus de 3000 patients ont subi l’opération l’an dernier. Une hausse de 273 % depuis 2006.

«L’importance de la chirurgie chez les obèses morbides ne fait pas de doute, dit le Dr Ronald Denis, chirurgien à l’Hôpital du Sacré-Cœur, qui connaît bien cette opération. Rendu à un certain poids, c’est la seule solution à long terme.»

Hausse de 273 %

Depuis 10 ans, la chirurgie bariatrique enregistre une croissance fulgurante au Québec. En 2014-2015, pas moins de 3094 Québécois ont subi l’opération, soit presque quatre fois plus qu’en 2006 (voir tableau).

Hier, Le Journal racontait l’histoire de Martin Lavoie, un obèse morbide qui a atteint les 644 lb l’an passé et qui a subi la chirurgie le 4 mars dernier.

Si ce poids peut sembler extrême, des patients de 800 lb, voire 900 lb, sont opérés chaque année, assure l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).

Pour être admissibles, les gens doivent avoir un indice de masse corporelle de plus de 35 avec problèmes de santé, ou de 40. Les patients doivent aussi prouver qu’ils ont tenté de maigrir par eux-mêmes. Plusieurs problèmes de santé sont aussi évalués: diabète, problèmes cardiaques, apnée du sommeil, etc.

Selon le ministère de la Santé (MSSS), l’attente moyenne pour l’opération est de 24 semaines.

« Ils n’ont qu’à bouger »

Malgré cette popularité croissante, les préjugés à l’égard des patients qui subissent la chirurgie demeurent féroces dans la société. «Ils n’ont qu’à bouger plus», «qu’ils suivent un régime», «qu’ils mangent moins»: ces phrases entendues sont non fondées, insistent les experts.

«Les préjugés sont très, très forts. Mais, ce n’est pas aussi simple que ça. Ce n’est pas une question de manque de volonté ou de lâcheté», dit André Tchernof, titulaire de la chaire de recherche en chirurgie bariatrique et métabolique de l’Université Laval.

«Manger moins, ça fonctionne pour les gens qui prennent quelques livres en vacances. Mais, chez les obèses morbides, le régime seul fonctionne rarement. Ce n’est plus seulement une question de calories ingérées et dépensées. L’hérédité, l’inflammation et le métabolisme entrent en ligne de compte», ajoute le Dr Denis.

Coût moins élevé

Selon la technique utilisée, la chirurgie coûte à l’État entre 8500 $ et 12 500 $, calcule l’IUCPQ. Les frais de suivis avant et après la chirurgie doivent être ajoutés. Malgré cela, une méta-analyse publiée en 2008 montre que les coûts de la chirurgie bariatrique se remboursent en deux à quatre ans en raison de la diminution de la médication et des visites médicales.

«Il y a peu de chirurgies rentables à long terme, celle-là oui! insiste M. Tchernof. Elle améliore la qualité de vie, mais, en plus, on épargne de l’argent.»

 

« Pas une recette miracle »

 

La chirurgie bariatrique ne constitue pas un remède miracle pour les gens obèses et elle représente un défi d’adaptation pour plusieurs patients.

«Il faut garder à l’esprit que c’est une chirurgie difficile à subir, ce n’est pas un remède miracle», dit André Tchernof, titulaire de la chaire de recherche en chirurgie bariatrique et métabolique de l’Université Laval.

« Coup de main »

«Il y a de belles histoires, mais il y a un suivi important à faire. Il faut prendre ses habitudes de vie en mains», ajoute-t-il.

Selon le Dr Ronald Denis, la chirurgie bariatrique représente «le coup de main nécessaire».

«La chirurgie va amener à un poids santé, mais le patient a des efforts à faire. Ce n’est pas une baguette magique», dit-il.

D’ailleurs, plusieurs patients connaissent des difficultés à la suite de la chirurgie, constate la psychologue Catherine Bégin, spécialisée dans les problématiques liées au poids à l’Université Laval.

«Il y en a pour qui la nourriture régule toutes les émotions, les conforte, comble le vide ou est un moyen de protection, explique celle qui suit beaucoup de patients qui ont subi la chirurgie. Mais ils ne peuvent plus manger comme avant, ça change beaucoup de choses!»

Chairs molles, apport de vitamines à vie, regard des autres qui change: le suivi post-chirurgical est primordial pour apprendre à s’adapter à la nouvelle réalité.

«Il y en a beaucoup pour qui le corps change plus rapidement que ce qu’ils peuvent accepter psychologiquement», ajoute-t-elle.

Autres dépendances

D’ailleurs, certains patients développent d’autres dépendances après la chirurgie (alcool, magasinage).

«Oui, c’est un nouveau départ, mais ça ne veut pas dire qu’il sera parfait et toujours rose, dit Mme Bégin. Ce n’est pas toujours facile à vivre.»


♦ Le Journal suivra Martin Lavoie tout au long de son processus de perte de poids. Prochain objectif: Peser 400 lb en juin.

 

Chirurgies bariatriques par année au Québec

2015-2016*: 2807*

2014-2015: 3094

2013-2014: 2585

2012-2013: 2013

2011-2012: 1889

2010-2011: 1790

2009-2010: 1513

2008-2009: 1176

2007-2008: 966

2006-2007: 830

Hausse +273 %

*Du 1er avril 2015 au 6 février 2016. Source: MSSS

 

À quel poids est-on obèse?

Lorsque l’indice de masse corporelle (rapport entre le poids et la taille) dépasse 40 kg/m2 ou 35 kg/m2 + des problèmes de santé associés.

 
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