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Les braises de Marine

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Ignorée par la classe politique depuis son arrivée pour sa mini «tournée» du Québec, Marine Le Pen multiplie les entrevues. Sur la situation québécoise et canadienne, qu’elle connaît de toute évidence fort mal, la présidente du Front national (FN) brandit ses épouvantails habituels.

Provocatrice populiste et habile rhétoricienne, elle glisse aisément de l’immigration à la «submersion migratoire» et au «communautarisme», qu’elle jure tous deux inévitables. L’accueil de réfugiés syriens serait «dangereux». L’islam ouvrirait à l’islamisme et au terrorisme. Etc.

Bref, malgré son «image» revampée depuis que Marine Le Pen a succédé à son antisémite de père, le FN reste de loin le parti campé le plus à droite sur l’échiquier politique français.

Forte d’un appui croissant dans les sondages et d’une extrême droite montante en Europe, elle cherche ici des terreaux qu’elle croit fertiles à son credo anti-immigration. Elle prend pitié de ces pauvres Québécois «naïfs» qui, d’ici 20 ans, crouleront, selon elle, sous une «immigration massive» et sous l’anéantissement de leurs «valeurs».

Sur les élus qui refusent de la rencontrer, son diagnostic délire: tous des victimes de «terrorisme intellectuel». Bref, des pleutres ou des eunu­ques de la pensée.

Vieille recette

Pour celle qui se dit aussi chantre de la francophonie, de la souveraineté et de la laïcité, aucune nuance n’est permise. Toute discussion ou débat d’idées devient ainsi impos­sible.

Les «messages» se modernisent, mais la vieille recette du prosélytisme politique pratiqué par l’extrême droite change peu. Elle refuse les réponses éclairées aux peurs propres à chaque époque et parfois même fondées. Sa quête est de les exploiter et de les nourrir elle-même.

Pour Marine Le Pen, l’«étranger», le libre-échange ou l’Europe, tout est menace immédiate ou potentielle. Devant un manichéisme aussi savamment calculé, les élus d’ici ont eu bien raison de l’ignorer.

Armure préfabriquée

S’ils l’avaient rencontrée, elle les aurait instrumentalisés sur-le-champ. De retour en France, elle paraîtrait «fréquentable» jusque dans les coulisses du pouvoir québécois et canadien. Qui voudrait ajouter une telle médaille à son armure de Jeanne d’Arc préfabriquée?

Quand elle dit voir des points de «convergence» entre le FN et le PQ, elle le fait aussi à ses propres fins propagandistes. Quand elle reprend son cri de ralliement en entrevue – «l’immigration est un danger» –, la distinction est pourtant évidente.

Le PQ et la CAQ s’opposent à une hausse du seuil annuel d’immigration de 50 000 à 60 000 parce que les ressources d’intégration sont insuffisantes. Le FN combat l’immigration, point.

Philippe Couillard accuse pourtant Pierre Karl Péladeau et François Legault de souffler sur les «braises de l’intolérance». À ce compte, quels mots lui restera-t-il pour qualifier une Marine Le Pen dont la marque de commerce est de le faire pour de vrai?

En l’ignorant, les leaders politiques d’ici expriment déjà leur opposition à la «vision» Le Pen. En expliquer les raisons y ferait contrepoids bien plus clairement encore.