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Marine Le Pen, ni ange ni démon

Marine Le Pen, ni ange ni démon
Photo AFP

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Elle s’est invitée ici alors qu’on ne lui avait rien demandé, mettant dans l’embarras les chefs politiques qui ne savent trop quoi penser de son passage au Québec. De son côté, sans comprendre notre réalité, elle se permet de nous sermonner.

La légitimité politique de Marine Le Pen est absolue: elle siège au Parlement européen et dirige un parti politique qui récolte près du tiers des intentions de vote. Mais la réputation du Front national fondé par son père renié, Jean-Marie Le Pen, connu pour son antisémitisme décomplexé, colle, malgré les efforts de dédiabolisation.

Le tiers des Français ne sont quand même pas des fachos !

Ce qui ne l’a pas empêchée, en 2012, d’aller valser avec des nostalgiques du IIIe Reich lors du célèbre bal annuel de l’extrême droite, à Vienne. Et de croire que la France devrait se rapprocher de la Russie – qui aurait financé le Front national à hauteur de 40 millions d’euros (58,8 M$) depuis 2015 – et de la Chine, selon Mediapart, et s’éloigner des États-Unis.

Mais au-delà du bavardage médiatique et de la nécessaire analyse de sa sincérité, quel est le programme de Marine Le Pen? Le tiers des Français ne sont quand même pas des fachos!

Madame la première ministre

Imaginons que Marine Le Pen devient présidente de la République du Québec, ses idées ayant trouvé grâce aux yeux des Québécois écœurés des vieux partis.

L’immigration serait limitée à 1000 personnes par année. Fini les permis de travail et les regroupements familiaux. Le Québec accueillerait quel­ques dizaines de réfugiés par année (calculé à partir des objectifs du FN pour la France).

Les manifestations en soutien aux sans-papiers seraient interdites. Un immigrant au chômage depuis plus d’un an serait renvoyé chez lui.

Les entreprises devraient donner la priorité à un citoyen québécois pour l’embauche. Même chose pour le logement.

Fini l’intégration des immigrants, maintenant c’est l’assimilation.

De bonnes idées pour réformer la fonction publique, mais celle-ci laisse songeur: le Québec n’embaucherait plus que des fonctionnaires patriotes.

Il quitterait l’accord de libre-échange nord-américain.

Le budget de la Justice serait augmenté de 25 % tous les cinq ans et la ligne dure serait appliquée à la délinquance des mineurs. Retour de la peine de mort.

La possession de marijuana redeviendrait un crime. Tout comme l’aide à mourir.

Un Québec Le Pen serait militarisé, avec 2 % du PIB consacré à l’armée.

Une loi interdirait que des grands groupes de médias soient la propriété de sociétés en relation étroite avec l’État.

Côté éducation, un gouvernement Le Pen sonnerait la fin des «pédagogismes» et un retour aux matières de base. Il imposerait aux parents immigrants l’apprentissage du français.

Retour de la revanche des berceaux: un revenu équivalent à 80 % du salaire minimum serait versé à la mère ou au père à la maison, pendant une période pouvant aller jusqu’à quatre ans. Les femmes qui voudraient avorter se feraient obligatoirement proposer de donner leur bébé en adoption. L’État ne paierait plus pour l’avortement.

Côté arts, les organismes subventionnés devraient prouver qu’ils rejoignent un public important.

Tentant, mais...

Je comprends que plusieurs idées du FN puissent plaire. C’est un programme de prise en charge – tout en l’État et l’État en tout –, d’où le ton autocratique qui le sous-tend.

Mais voilà, j’aime mieux entendre la langue de bois que de me faire dire de me la fermer.

À quiconque rêve d’une Marine Le Pen québécoise, ceci: «Attention à ce vous demandez, vous pourriez l’obtenir!»