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Forêts en cadeau aux entreprises

Des redevances bonbon exigées par Québec pour l’exploitation de territoires fragiles

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Québec permet à des entreprises d’exploiter des forêts vierges du Nord moyennant des redevances bonbon, alors qu’elles sont fragiles et peu rentables.

L’industrie forestière n’aura qu’à payer 39 cents par arbre pour couper des épinettes âgées de plus de 200 ans, situées dans le massif des Montagnes Blanches, au nord du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette redevance est cinq fois plus faible que ce qui est exigé plus au sud, dans la région de Roberval, selon des données exclusives obtenues par Le Journal.

Québec justifie ces tarifs en fonction de l’éloignement. Au fil des années, les abatteuses avancent de plus en plus au nord, dans ce territoire fragile considéré comme une pouponnière de caribous forestiers, une espèce menacée au pays.

Baisse de la redevance

Ces nouvelles zones de coupes à l’étude sont situées à la limite de la ligne nordique légale qui empêche l’exploitation forestière. La «fibre» coûte ainsi plus cher en transport. Pour inciter les forestières à aller y bûcher, on baisse la redevance «pour que ce soit intéressant», explique l’expert en sciences forestières Luc Bouthillier.

Ce n’est pas le seul cadeau: dans le récent budget, Québec a annoncé qu’il paierait 90 % de la construction des chemins forestiers. Mais pourquoi le Québec doit-il vendre au rabais ses dernières forêts vierges, si difficiles d’accès? «Est-ce un constat d’échec sur tout ce qu’on a fait avant puisque la forêt n’est pas revenue? C’est une bonne question», dit M. Bouthillier, professeur à l’Université Laval.

Une forêt fragile

Plus troublant, les forêts que le gouvernement Couillard propose d’exploiter sont situées dans des zones considérées comme «sensibles» (en blanc sur la carte ci-dessous) et «très sensibles» (en gris foncé), selon un rapport rendu public en 2014 toujours «sous analyse». Le ministère de la Forêt affirme qu’il est possible d’y faire de l’exploitation, dans la mesure où il y aura du reboisement.

Yves Bergeron, coauteur de l’étude, est pourtant clair en entrevue avec Le Journal: «Les zones en gris foncé, on ne devrait pas y toucher. En blanc, il faut faire les choses différemment.» Luc Bouthillier renchérit: «Dans le gris foncé, on ne devrait pas y aller.» Une fois ces forêts coupées, il faudra attendre de 150 à 200 ans avant d’y voir à nouveau des arbres matures.

Au ministère de la Forêt, on souligne que les «secteurs visés» sont toujours en consultation publique, que la majorité sont classés de faiblement sensibles à moyennement sensibles.

Les forêts que le gouvernement propose d’exploiter sont situées dans des zones considérées comme «sensibles» et «très sensibles», selon un rapport.
illustration le journal
Les forêts que le gouvernement propose d’exploiter sont situées dans des zones considérées comme «sensibles» et «très sensibles», selon un rapport.

Investissements

  • En 2015-2016, Québec a investi 225 M$ dans les travaux sylvicoles et 317 M$ dans l’aménagement et la gestion de la forêt.
  • Il a retiré 258 M$ en redevances forestières.

Les redevances forestières au Québec

  • Dans la région de Roberval, un arbre vaut 2 $
  • Dans les forêts vierges du Nord, une épinette vaut 0,39 $
  • En moyenne, un arbre vaut 1,29 $

Combien de temps met un arbre pour devenir mature?

  • Près de la limite nordique: 150 à 200 ans
  • Dans la région de Roberval: de 60 à 80 ans
L’industrie forestière emploie 60 000 travailleurs

 

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