/opinion/blogs/columnists
Navigation

Procès Ghomeshi: trois saintes et un mauvais garçon

Procès Ghomeshi: trois saintes et un mauvais garçon
Photo AGENCE QMI, MAXIME DELAND

Coup d'oeil sur cet article

 

Avez-vous écouté 24/60 hier?

Sue Montgomery, Francine Pelletier, Julie-Miville Dechêne et Me Jean-Claude Hébert étaient là pour commenter le verdict dans l’affaire Ghomeshi (trouvé non coupable d’agressions sexuelles).

Je vous rappelle que le juge au procès a blâmé les plaignantes pour avoir menti à la Cour, pour avoir caché de l’information, pour avoir révélé seulement une partie de la vérité, pour avoir eu de façon générale «un manque de considération pour la vérité» (carelessness for the truth).

Je vous rappelle aussi qu’il a dit, au sujet de la plaignante #1: «En contre-interrogatoire la valeur de son témoignage a souffert des dommages irréparables». Et enfin je rappelle qu’il a écrit: «Le fait de cacher la vérité sera aussi dommageable pour leur crédibilité qu’un mensonge direct sous serment».

Or qu’a-t-on vu hier soir?

Les trois femmes sur le panel blâmaient tout le monde... sauf les plaignantes!

Essayez, vous, d’aller en Cour et de mentir au juge en pleine face, vous allez voir si Sue, Francine et Julie vous défendent.

Mais là, ce sont des femmes en cause, des femmes victimes, alors il ne faut pas les blâmer.

Il faut blâmer la police (qui a travaillé trop vite dixit Francine Pelletier), blâmer l’opinion publique (qui aurait reproché aux femmes leur conduite sexuelle, dixit JMD), blâmer les tribunaux (qui «jugent les femmes et vilipendent les femmes» dans les causes d’agression sexuelle, dixit Francine Pelletier).

À aucun moment ces trois femmes n’ont critiqué le fait que les plaignantes se sont parjurées. À aucun moment elles ne se sont indignées que les plaignantes aient omis de divulguer des informations cruciales. Sue Montgomery a même déploré qu’on leur demande de se rappeler leurs actions il y a dix ans. Heureusement qu’Anne-Marie Dussault l’a corrigé en lui disant que les faits «oubliés» étaient plutôt du genre qu’on n’oublie pas.

Dans un moment particulièrement surréaliste, Francine Pelletier a même tenté d’expliquer pourquoi ces femmes avaient menti (sans aller jusqu’à cautionner leurs mensonges). «Elles étaient investies d’une mission et c’est pour ça qu’elles mentent carrément. Elles veulent tellement pas décevoir. Elles veulent tellement tenir leur ligne. La Couronne a mal fait son travail. Mais je comprends mieux pourquoi ces femmes ont menti.»

Si un homme avait menti en Cour, parce qu’il se sentait investi d’une mission, pensez-vous qu’une seule de ces trois femmes le défendrait publiquement?

Manifestement la «mission» féministe justifie les moyens...

(Heureusement qu’Anne-Marie Dussault et Jean-Claude Hébert ramenaient toujours les faits de la cause et le libellé du juge, on avait parfois l’impression que les trois femmes n’avaient pas lu le verdict ou qu’elles oubliaient des points de droits de notre système de justice...)

Sue Montgomery a déploré le fait qu’on n’ait pas fait témoigner un psychologue qui aurait pu parler des ambivalences des femmes violentées qui parfois restent en contact avec leur agresseur.

Mais Madame Montgomery, aucun psychologue n’aurait pu venir expliquer à la Cour pourquoi les trois plaignantes ont menti à la Cour au sujet de ces fameux contacts. Le psy pourrait expliquer pourquoi une femme fait une branlette à un homme qui l’a battue la veille. Mais pourra-t-il expliquer pourquoi la plaignante n’a pas dit à la Cour qu’elle avait fait la susmentionnée branlette?

C’est quand même le boutte! Des plaignantes mentent sous serment mais il faut avoir pitié d’elles et faire témoigner un psychologue pour expliquer pourquoi elles ont un drôle de comportement.

Francine Pelletier a évoqué la possibilité qu’on crée un tribunal juste pour les causes d’agressions sexuelles, comme on a un tribunal de la jeunesse.

Cette évocation me fait frémir. Une justice parallèle pour les femmes? Et si la victime de l’agression sexuelle est un homme, Mme Pelletier, à quel tribunal doit-il s’adresser? Et ce tribunal, uniquement des femmes juges vont y siéger? Et les hommes, seront-ils présumés innocents, auront-ils droit à une défense pleine et entière?

 

Et comme si ce n’était pas assez loufoque, JMD, qui venait de dire que les mots du juge face aux plaignantes étaient très «durs», a fait le procès de Ghomeshi en termes... très durs!

«Tout ce que j’ai lu sur Jian Ghomeshi, c’est un prédateur. C’est un homme qui avait une sexualité tordue et c’est un homme qui contrôlait ses partenaires. Et qui gardait tous ses courriels. C’est un petit peu obsessif. On n’a pas un bon garçon en face de nous.»

Ah voilà! La sentence est tombée! Ghomeshi est un mauvais garçon. Et les trois plaignantes sont des saintes qui n’ont rien à se reprocher.

 

Et ça se bat pour «l’égalité hommes-femmes»?