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Armel Job toujours aussi bon

Armel Job toujours aussi bon
Photo courtoisie

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L’écrivain belge Armel Job vient de signer un nouveau roman qui a réussi à nous toucher droit au cœur.

À découvrir sans faute.

Armel Job est l’un des rares écrivains qui, d’un roman à l’autre, parvient systématiquement à nous émouvoir. En plus d’écrire de façon admirable, cet ancien professeur et directeur d’école trouve en effet toujours le moyen de conjuguer au plus-que-parfait les verbes transmettre et surprendre. De un parce qu’il n’hésite pas à tremper sa plume dans l’encre la plus noire pour aborder des sujets souvent sensibles, de deux parce qu’il aime bien bousculer au passage bon nombre d’idées reçues. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Et je serai toujours avec toi, son 13e titre publié aux Éditions Robert Laffont, aborde sous un nouvel angle le thème de l’immigration... tout en nous obligeant une fois encore à réviser nos positions!

«Je pense qu’on vit dans un monde ouvert et comme mes récits sont très localisés, ça me plaît beaucoup d’introduire des gens qui viennent d’ailleurs», explique Armel Job, qu’on a joint chez lui à Bastogne, une petite ville du sud de la Belgique dont la province a déjà accueilli cette année près de 2000 réfugiés syriens. «Quand j’étais directeur de lycée, les réfugiés venaient surtout du Kosovo, poursuit-il. À l’instar des Syriens, ils quittaient un pays à feu et à sang, les conflits qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie ayant fait partie des pires guerres du XXe siècle. Il y a eu des épurations ethniques de la part de toutes les communautés yougoslaves, et j’ai voulu amener les lecteurs à réfléchir, à s’interroger sur ce qu’ils auraient fait si, comme Branko, ils avaient par exemple vécu en Bosnie-Herzégovine à ce moment-là.»

Un homme tombé du ciel

Le Branko dont parle Armel Job – Branko Hrastov de son nom complet! – est l’un des nombreux ressortissants croates à avoir été accepté en Belgique vers le milieu des années 1990. Il ne possède pratiquement rien à part une vieille Golf, laquelle ne tardera pas à tomber en panne sur une petite route des environs de Wermont, à quelques pas de la brasserie familiale des Broncart.

Dans le coin, personne ne le connaît ni d’Ève, ni d’Adam. Ce qui n’empêchera pas Teresa Broncart, jolie veuve extrêmement pieuse d’origine polonaise, de lui offrir le gîte et le couvert tant et aussi longtemps que sa voiture ne sera pas ­réparée. Car même si elle ne connaît absolument rien du passé de ce ténébreux quinquagénaire, elle est persuadée qu’il lui a été envoyé par son défunt mari, ce dernier lui ayant promis qu’après sa mort, il trouverait le moyen de se manifester depuis l’au-delà. Résultat, Branko fera pratiquement partie de la famille au bout de quelques jours seulement. Seul André, le fils cadet de Teresa, ne parviendra pas à voir cet étranger pourtant travaillant d’un bon œil. Son instinct lui souffle qu’il y a anguille sous roche et malheureusement, l’avenir se chargera de lui donner raison.

«Je suis quelqu’un qui s’interroge sur le mal, qui essaie de le comprendre, ­précise Armel Job. À mes yeux, c’est l’un des phénomènes les plus difficiles à ­résoudre. A priori, on tente de l’expliquer avec des idées stéréotypées: le mal est réservé à des monstres, à des psychopathes, etc. Pourtant, le mal a aussi été commis par des gens qui auraient juré en être incapables.»

Et c’est ce qu’il a en partie tenu à nous rappeler avec Et je serai toujours avec toi.

La banalité du mal

Au début des années 1960, le psychologue américain Stanley Milgram est devenu célèbre après avoir mené une expérience prouvant que des individus «normaux» pouvaient se comporter en bourreau lorsqu’ils devaient obéir aux ordres d’une autorité légitime. «Quand on demande à des personnes prises au hasard d’envoyer des décharges électriques à quelqu’un, 80 % d’entre elles vont accepter d’appliquer cette torture juste parce qu’on le leur demande!, souligne Armel Job. Je pense que c’est quelque chose qui mérite réflexion, parce que le phénomène de cette criminalité banale, il est partout. On a longtemps cru que le mal était derrière nous, mais nous l’avons sous les yeux en permanence. Un génocide ou une guerre se déclenche et hop, on aperçoit un voisin avec une machette dans les mains.»

«Mon roman essaie ainsi de montrer quels genres d’hommes ont été pris dans ces crimes contre l’humanité. Ce ne sont pas des monstres, mais des gens ordinaires qui se sont laissé emporter par une espèce de folie, une parenthèse de démence totale qui prend fin au terme de la guerre. Tous ces crimes n’ont donc pas été commis par une petite poignée d’hommes, mais par un très grand ­nombre de personnes. J’ai beaucoup lu sur la guerre de Yougoslavie et un témoignage revenait souvent: “C’est le ­premier meurtre qui est difficile; après, ça va tout seul.” Ça fait peur...»

Et je serai 
toujours 
avec toi 
Armel Job,
 aux  Éditions 
Robert Laffont, 
306 pages
Photo courtoisie
Et je serai toujours avec toi Armel Job, aux Éditions Robert Laffont, 306 pages

En réaction aux attentats de Bruxelles

Mardi dernier, soit quelques heures après les attentats de Bruxelles, on a eu la chance de pouvoir entrer en contact avec Armel Job. Voici ce qu’il nous a dit:

«Je suis affligé par ce qui se dit sur les réseaux sociaux à propos des événements de Bruxelles. Les gens se ­déchaînent. Propos xénophobes, invectives contre les hommes politiques, on se rejette la faute dans tous les sens.

Il ne suffit pas de maudire les extrémistes qui ont commis les attentats, il faut se demander ce qui ne va pas dans notre monde occidental pour qu’il y ait de tels extrémistes.

Si les jeunes qui commettent ces crimes étaient bien intégrés, s’ils étaient heureux parmi nous, on n’assisterait pas à de telles horreurs.

Le malaise qu’ils ressentent fait qu’ils se laissent bourrer le crâne par des fauteurs de troubles, porteurs d’une idéologie simpliste.

Je visite de nombreuses écoles à Bruxelles. Je suis persuadé qu’il faut éduquer avant tout. Il faut donner la parole aux jeunes, les écouter, puis entamer avec eux un questionnement qui les aidera à sortir des amalgames auxquels ils sont exposés.

Certes des mesures de sécurité sont nécessaires et il faut poursuivre les criminels pour qu’ils rendent des comptes.

Mais il est aussi indispensable de faire un travail de prévention, en particulier dans la jeunesse, en intensifiant un dialogue franc et ouvert avec nos adolescents.

C’est de cette manière que, non seulement nous leur ferons comprendre nos valeurs, mais que nous pourrons accorder leurs valeurs aux ­nôtres.»

Armel Job au Salon du livre de Québec

On pourra très bientôt rencontrer Armel Job en personne, puisqu’il sera présent au Salon du livre de Québec le vendredi 15 avril (de 11 h à 11 h 30 au stand Wallonie-Bruxelles), le samedi 16 avril (de 11 h à 11 h 30 au stand des éditions Robert Laffont et de 19 h à 19 h 30 au stand Wallonie-Bruxelles) et le dimanche 17 avril (de 10 h 30 à 11 h au stand des éditions Robert ­Laffont).