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Justin, les pensions et la science

Justin, les pensions et la science
Photo REUTERS

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Parmi l’avalanche de nouvelles mesures contenues dans le budget fédéral, il y en a une qui est passée relativement inaperçue et a largement échappé au débat public. L’âge pour bénéficier de la pension de vieillesse demeurera 65 ans. La hausse qui devait progressivement l’amener à 67 ans à partir de 2023 est annulée.

Une autre mesure du gouvernement Harper que Justin Trudeau fait disparaître dans les premiers mois de son mandat. On dirait qu’il est obsédé par le besoin d’effacer toute trace de son prédécesseur.

Autant il est normal pour un gouvernement d’opérer des changements, autant la destruction caricaturale de toutes les actions du gouvernement précédent devient puérile et suspecte. Il y a quand même une continuité normale dans un pays, même lorsqu’on change de gouvernement.

Grosse erreur

Bien des gens ont sans doute vu la restauration de la pension à 65 ans comme une simple bonne nouvelle. Pourtant, il s’agit à mon avis de l’une des pires décisions de tout le budget.

Une décision qui a une portée incommensurable: des dizaines de milliards pour des décennies.

Personne n’avait pu accuser les conservateurs d’opportunisme pour cette décision-là. Il s’agit de l’une des plus impopulaires et des plus risquées politiquement pour un gouvernement. Cela en faisait en même temps l’un des gestes les plus courageux de l’ère Harper. L’annonce, dès le printemps 2012, d’un changement qui devait commencer à prendre effet en 2023 et pleinement entrer en vigueur en 2029, donnait du temps aux gens. En ce sens, le défunt ministre Jim Flaherty avait fait preuve de sagesse. Les personnes concernées pouvaient planifier leur retraite autrement en voyant venir de loin la nouvelle règle.

Cette décision de 2012 s’était appuyée sur un portrait lucide des changements que nous vivons. L’espérance de vie au Canada était de 69 ans en 1970. Elle dépasse maintenant les 81 ans. Bonne nouvelle, mais coûteuse pour un régime de pensions. Il y avait encore cinq travailleurs pour un retraité en 1991. Ce

sera deux pour un en 2030. Durant ces mêmes 40 années, le coût du régime passera de 38 à 108 milliards.

En fait, quiconque analyse les données finit par arriver à la conclusion que, pour éviter de surtaxer les jeunes générations, cette décision devra être prise un jour ou l’autre. Avec les progrès de la médecine, l’espérance de vie va continuer de grimper. Le même portrait a aussi amené plusieurs autres grands pays comme l’Allemagne, l’Australie et le Royaume-Uni à hausser l’âge de la pension.

Des votes !

Nous pourrions au moins espérer qu’un changement de cap aussi lourd de conséquences s’appuie sur des données probantes. Curieusement, cette décision a fait l’objet d’une annonce brève et sans explications dans le budget. Pas de tableau, pas de chiffre, pas d’explication.

Les libéraux de Justin Trudeau accusaient les conservateurs de négliger la science. Ils nous avaient promis d’écouter les scientifiques. Les actuaires? Les démographes? Les médecins? Dans ce cas-ci, j’ai la désagréable impression qu’ils ont surtout écouté les organisateurs politiques. Les aînés sont des électeurs importants.