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Le Québec mûr pour une deuxième Révolution tranquille!

Le Québec mûr pour une deuxième Révolution tranquille!
Photo Le Journal de Montréal, Ben Polosse

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Il a fallu un tout petit poing en l’air de Pierre Karl Péladeau pour faire oublier la commission Charbonneau, faire oublier tous les soupçons de corruption pesant sur le PLQ et le ramener vite au pouvoir lors des dernières élections. Si la carte politique demeure telle qu’elle est, il y a fort à parier que le PLQ y restera longtemps. Peu importe les soubresauts que l’on pourra observer dans les sondages d’ici les prochaines élections, le moment venu il suffira que Philippe Couillard prononce le mot «référendum» pour que les électeurs rebelles ou allergiques à toute forme de démarche référendaire se jettent dans ses bras.

Et le gouvernement de Philippe Couillard le sait bien. Il n’y a qu’à voir comment il gère le Québec comme un «boss» autoritaire qui n’en fait qu’à sa tête, loin très loin de la fameuse «conversation citoyenne» qu’il nous avait annoncée. Les ministres ont l’arrogance jouissive et baveuse de Barrette ou celle candide de Daoust avec son «Je vais racheter les permis de taxi», ce «Je» royal s’imposant comme la référence à l’État. Tout cela trahit la certitude que ce gouvernement a d’être là à jamais.   

Les électeurs sont littéralement piégés, laissés sans alternative. Ou ils votent pour un ou des partis qui leur proposent une démarche vers l’indépendance, une démarche dans laquelle ils répugnent de s’engager, pour le moment en tous les cas (et ce moment a le temps long), ou bien ils votent pour un parti qui les éloigne du scénario référendaire même si ce parti présente toutes les caractéristiques d’une formation à l’éthique pour le moins extrêmement élastique sinon sévèrement déficiente. Une fois le piège refermé, le PLQ a beau jeu d’en profiter pour mettre en œuvre une politique de déconstruction du modèle québécois, une politique de rapetissement de l’État, une politique de tout au privé payé par les citoyens transformés en contribuables utilisateurs-payeurs. Autrement dit, les électeurs n’ont pas d’autre choix que de voter sur un axe fédéralisme-séparatisme pour ensuite se faire gouverner sur l’axe gauche-droite. Et pour le moment, la droite en profite pour démembrer l’État québécois sans aucun mandat pour le faire.

Devant ce détournement de la démocratie, le Québec doit se fabriquer une nouvelle carte politique. Pour y arriver, il faut d’abord convenir que l’indépendance du Québec même si elle est une idée forte qui risque de perdurer encore fort longtemps est en défaveur auprès de la population. Il faut également convenir que persister dans l’état actuel des choses à imposer une démarche référendaire à l’électorat québécois, peu importe sa forme, c’est accepter de regarder le pays réel se déconstruire sous nos yeux pendant que l’on discute du calendrier d’une démarche vers le pays rêvé.

Nous sommes, qu’on le veuille ou non, déjà passés à autre chose. À la proposition conservatrice de déconstruction du modèle québécois opérée par la coalition PLQ-CAQ (trois membres du Conseil des ministres viennent des rangs de la CAQ, dont deux gèrent les plus gros budgets de dépenses du gouvernement, la santé et l’éducation), il faut offrir aux électeurs une contrepartie progressiste dédiée au renouvellement du modèle québécois.

Cette contrepartie pourrait prendre la forme d’un programme social-démocrate moderne qui réengagerait le Québec dans la coopération, la concertation, dans la poursuite de l’équité, de la justice sociale, qui ramènerait la contribution de la société civile dans la gouvernance de l’État, qui miserait sur un capitalisme de délibération, pour et par les personnes.

Il me semble assez évident que Québec solidaire, figé dans un modèle de socialisme fermé et rigide des années 1970 ne peut incarner une quelconque modernisation du modèle québécois. Quant au Parti québécois, il lui faudrait d’abord consentir à modifier l’article 1 de son programme, à mettre le projet d’indépendance en veilleuse pour un bout de temps quitte à ce que le projet soit durant ce temps animé, sans doute pour son plus grand bien, par un mouvement populaire. Il lui faudrait aussi accepter d’être le porteur crédible d’un programme social-démocrate de centre gauche. Sinon, il risque fort de devoir laisser sa place à un nouveau parti capable à la fois de protéger et de moderniser le modèle québécois en s’appuyant sur un capitalisme de délibération, un capitalisme plus juste, plus humain, plus vert, plus innovateur, sur une économie davantage au service des personnes. Toute une génération nouvelle est en attente d’une telle opportunité.

Le Québec est mûr pour une deuxième Révolution tranquille.