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Jusqu’à 12 h de porno par semaine

La consommation de pornographie affecte la vie d’un technicien informatique

Working cyberdépendance
Photo Martin Chevalier François a dû suivre deux thérapies fermées pour réussir à régler son problème de dépendance à la pornographie sur internet.

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SHERBROOKE | Un programmeur informatique dépendant à la pornographie sur internet a dû subir une cure de désintoxication pour s’en sortir. Il doit toujours lutter contre l’envie d’aller consulter des sites pornographiques.

François (nom fictif) pouvait passer jusqu’à 12 heures par semaine à visionner des vidéos pornographiques sur internet, au grand désespoir de sa conjointe.

Il était aussi dépendant à la pornographie via internet que certains le sont aux drogues ou à l’alcool. Depuis un an, l’homme reconstruit sa vie.

«À un moment donné, ma femme a voulu me mettre dehors. Ça s’est rendu jusque là. C’est là que j’ai réalisé que j’avais touché le fond», raconte l’homme âgé d’une cinquantaine d’années et père de deux préadolescents.

Il raconte que ses sautes d’humeur, son tempérament plus agressif et intolérant causé par sa dépendance à la pornographie minaient l’ambiance familiale.

«C’est arrivé progressivement. Il y a 20 ans, sur internet, c’était très long avant qu’on ait accès à une photo. Aujourd’hui, on en a des milliers rapidement. C’est comme si j’étais passé de la marijuana à l’héroïne juste parce que la fibre optique est entrée dans ma maison», dit-il.

Le barman alcoolique

En raison de son métier de programmeur informatique, il était difficile pour François de se tenir loin des ordinateurs et de la tentation d’aller regarder de la pornographie, surtout qu’il travaillait seul à la maison, devant l’ordinateur.

Pour guérir sa dépendance, il a dû s’inscrire à une thérapie fermée deux fois plutôt qu’une. Un retour au travail trop hâtif et un voyage d’affaires ont fait rechuter l’homme.

«C’est comme être un barman alcoolique. C’est sûr que ce n’était pas évident à gérer», ajoute-t-il

François raconte que plusieurs années ont été nécessaires avant qu’il puisse s’avouer qu’il avait un problème. Même une fois en thérapie, entouré d’autres personnes aux prises avec une dépendance, il se demandait ce qu’il faisait là.

«J’ai dû me rendre compte à quel point mon problème dérangeait la vie de ma famille. À partir du moment où tu t’empêches de faire des activités que tu ferais normalement, tu as un problème.»

Sur la bonne voie

En thérapie, François s’est rendu compte qu’il se sentait isolé. Sa réflexion l’a poussé à réorienter sa carrière pour désormais enseigner les connaissances qu’il possède et, surtout, être en contact avec d’autres personnes.

L’homme confie qu’il doit encore se battre contre ses démons. À la maison, l’ordinateur a été déplacé dans un lieu à la vue de tous. Il a aussi commencé à faire du dessin afin de combler les temps morts qui, autrefois, le poussaient vers l’ordinateur.

«Maintenant, je sens le feeling où je me dis qu’il pourrait se passer quelque chose si je continue. À ce moment-là, le simple fait de me lever pour aller chercher un verre d’eau m’aide à penser à autre chose.»

Voir plus de corps nus en une séance que dans toute une vie 

SHERBROOKE | En une seule séance sur internet, un accro à la pornographie aura vu plus de corps nus que ses ancêtres n’en voyaient durant toute leur vie.

«Trop de pornographie dérègle les règles de base biologiques auxquelles on a été habitué. C’est tellement excessif, que ça crée des perturbations», explique Maxime Verreault, intervenant psychosocial au centre de thérapie CASA, à Saint-Augustin-de-Desmaures.

À force de consommer de la pornographie, le dépendant cherche des sensations de plus en plus fortes. Les relations sexuelles avec des partenaires en chair et en os deviennent moins satisfaisantes. 

Toutefois, difficile de se tenir loin de l’objet de la tentation quand l’ordinateur est nécessaire au quotidien. Il faut alors apprendre à dompter la bête plutôt que de l’éviter comme le feraient les alcooliques ou les toxicomanes.

Maxime Verreault, Directeur
Photo courtoisie
Maxime Verreault, Directeur

«Aujourd’hui, à moins d’être un ermite complet et d’être autosuffisant, je pense qu’on est tous condamnés à avoir un minimum de contact avec internet», ajoute M. Verreault.

Le dépendant à la pornographie a tout un travail à faire pour contrôler la gestion de ses émotions, reconnaître à quel moment l’envie pourrait se manifester. De plus, la dépendance peut cacher des problèmes de dépression, d’anxiété ou de difficulté à s’affirmer.