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Mohawk Girls cherchent l’amour

Inspirée de Sex and the City, la série traite des préjugés auxquels font face les habitants de Kahnawake

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Qualifiée de Sex and the City des Premières Nations par plusieurs, la série Mohawk Girls continue de gagner des adeptes. Tournée en anglais entre Montréal et Kahnawake, cette comédie québécoise divertit tout en combattant les stéréotypes racistes sur les autochtones.

Diffusée depuis 2014 sur APTN (réseau des peuples autochtones), Mohawk Girls brosse le portrait de quatre jeunes femmes célibataires vivant non pas à New York comme Carrie Bradshaw et compagnie, mais à Kahnawake, en Montérégie.

Les quatre amies peinent à trouver le grand amour: Bailey (Jenny Pudavick), l’héroïne en perpétuelle remise en question, Caitlin (Heather White), l’abonnée aux mauvais garçons, Zoe (Brittany LeBorgne), la fille de bonne famille voulant plaire à tout prix à maman et papa, et Anna (Maika Harper), la nouvelle venue issue d’une union mixte qui divise toujours la communauté.

En entrevue au Journal, la créatrice, réalisatrice et productrice exécutive de Mohawk Girls, Tracey Deer, se dit «flattée» des comparaisons avec Sex and the City, une source avouée d’inspiration. «J’aimais beaucoup cette émission, les discussions qu’elle suscitait, etc. C’était révolutionnaire. Mais c’était un monde à part du mien. Je n’achète pas de paires de chaussures à 1000 $. Je n’habite pas dans une grande ville; je vis dans une réserve amérindienne...»

Une voix aux minorités

Mohawk Girls fait partie des rares téléséries à donner une voix aux minorités visibles. Alors que plusieurs observateurs dénoncent le manque de diversité au petit écran, cette production des Films Rezolution, une boîte montréalaise, fait office de vent de fraîcheur.

«Pour nous, c’était important de découvrir de nouveaux talents et d’aller piger à même la communauté autochtone de Kahnawake, indique Tracey Deer. Le bassin d’acteurs était petit, mais on était déterminés. Je connaissais Heather et Brittany du temps où j’étais animatrice de camp de jour, quand j’avais 17 ans et qu’elles en avaient 12. À cette époque, je disais déjà à tout le monde qu’un jour j’aurais ma propre série télé et qu’elles joueraient dedans.»

Après avoir réalisé plusieurs documentaires, dont Club Native en 2008, Tracey Deer réalise donc un rêve d’adolescence avec Mohawk Girls. «C’est le point culminant d’un parcours de 13 ans, dit-elle. Parce que Mohawk Girls, c’est ma vie, c’est la vie des gens qui m’entourent à Kahna­wake. Quand j’étais jeune, tout le monde me disait que c’était impossible de devenir réalisatrice. Ça semblait tellement lointain. Voilà pourquoi je suis tellement fière aujourd’hui.»

Bien que Mohawk Girls dépeigne un univers particulier, la série rallie un auditoire de plus en plus vaste grâce au bouche-à-oreille. «Ça peut intéresser toutes sortes de personnes, autochtones et non autochtones, observe l’auteure et productrice exécutive de Mohaw Girls, Cynthia Knight. On s’assure que chaque histoire résonne non seulement en chaque jeune femme issue d’une minorité, mais en chaque jeune femme, point final­­.»

Preuve du succès croissant de Mohawk­­ Girls, la série a obtenu quatre nominations aux derniers Canadian Screen Awards, le pendant canadien-anglais des prix Gémeaux. «On était emballés! s’exclame Cynthia Knight. La critique nous a adoptés dès le début. Le public aussi. Mais le milieu a été plus lent... parce que le cœur de l’industrie télévisuelle canadienne est situé à Toronto. On fait cette petite série à Montréal. On est diffusé sur une petite chaîne qui n’a pas les budgets des grands réseaux... C’est plus difficile d’attirer l’attention.»

À bas les préjugés

Mohawk Girls traite avec humour des problématiques des habitants de Kahnawake, notamment les préjugés auxquels ils font face (exemption de taxes) et leurs règlements controversés (interdiction d’unions mixtes). «L’humour, c’est une façon de faire tomber des barrières et d’entrer en contact avec l’autre. C’est nécessaire parce qu’aussitôt qu’on commence à parler d’affaires autochtones, les gens se mettent sur leurs gardes. La comédie est une bonne façon de briser la glace.» «Sans jamais être moralisateur ni dire aux gens ce qu’ils doivent penser, ça nous aide à combattre les stéréotypes», ajoute Cynthia Knight.

Cynthia et Tracey continueront de mener cette lutte cette année, puisque huit nouveaux épisodes de Mohawk Girls seront tournés à compter du mois de mai.

♦ Les trois premières saisons de Mohawk Girls sont offertes gratuitement sur APTN.ca