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Musulmans modérés recherchés!

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Cette question lancinante des «musulmans modérés» a surgi dans les médias, en 1989, après la fatwa de Khomeiny contre Salman Rushdie et son livre Les versets sataniques. Elle réapparaît chaque fois qu’un attentat se réclamant de l’idéologie djihadiste est commis quelque part dans un pays occidental. C’était encore le cas après ceux de Bruxelles, le 22 mars.

Pris au dépourvu pour expliquer l’irrup­tion du salafisme djihadiste en Occident, à la fin des années 1980, et pour faire l’économie d’une analyse rigou­reuse des défis que pose l’islamisme radical à la sécurité du monde, les médias occidentaux ont accouché d’un faux concept, galvaudé à l’extrême: les «musulmans modérés», au détriment des identités que les musulmans se donnent pour eux-mêmes et dans lesquelles ils se reconnaissent.

Les élites politiques bien-pensantes n’ont pas tardé à l’instrumentaliser: les «musulmans modérés» sont ceux qu’on peut tolérer parce qu’ils pensent comme nous, par opposition aux autres, qu’on doit craindre.

Ne les cherchez pas, car les «musulmans modérés» n’existent pas, sauf sous la plume de ceux qui l’affirment et chez les islamistes radicaux eux-mêmes. Ces derniers s’en réclament depuis qu’ils ont compris qu’ils peuvent se draper de cette étiquette pour adoucir leur image et ainsi accomplir leur «djihad juridique» en s’infiltrant dans nos institutions et saper de l’intérieur les valeurs de la démocratie. Ce combat, qu’ils mènent, au nom d’une certaine idée de la liberté de religion et des chartes des droits, force est d’admettre qu’ils sont en train de le gagner.

Les héros de cette guerre

Ceux qui existent cependant, ce sont les millions de musulmans, citoyens démocrates, qui se battent courageusement, ici, au Maghreb, au Moyen-Orient, et dans le monde – au péril de leur vie – contre l’idéologie salafiste djihadiste et ses prédicateurs du malheur.

Avec les femmes en première ligne, ce sont les vrais héros de cette guerre contre le djihad global: ce sont des parlementaires, des intellectuels, des artistes, des journalistes et des militants des droits de la personne qu’on continue d’ignorer en Occident, quand on ne tente tout simplement pas de les assassiner intellectuellement, comme cela a été le cas, récemment, pour Kamal Daoud.