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Contre le Québec bilingue

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L’actualité est parfois si mouvementée que des informations cruciales la traversent sans vraiment qu’on les aperçoive. C’est arrivé récemment à propos de la langue de travail au Québec.

Dans Le Devoir, on apprenait le 19 mars que le français régresse. Dans le secteur privé, le pourcentage de travailleurs œuvrant principalement en français est passé de 70,8 % en 1989 à 59,7 % en 2010.

À Montréal même, les chiffres sont absolument catastrophiques: nous sommes passés de 45 % à 32,1 %.

Capitulation

Derrière les chiffres, une réalité brutale s’impose: dans leur pays, trop souvent, les Québécois francophones ne peuvent plus travailler dans leur langue. Ils sont en exil linguistique chez eux.

Le français est de plus en plus réservé à ceux qu’on appelle plus ou moins adéquatement les «Québécois de souche»: dès qu’on quitte la grande famille canadienne-française, il perd ses droits.

Un vieux comportement colonisé est de retour: quand 11 francophones et un anglophone se retrouvent autour d’une table, on passe de plus en plus souvent à l’anglais.

Spontanément, les francophones croient leur langue de trop. Et ils ne veulent pas avoir l’air fermés. Donc ils capitulent.

La Révolution tranquille portait un idéal: celui du Québec français. Évidemment, les anglophones conserveraient leurs droits historiques. Mais la langue française devait prendre le pouvoir.

Elle devait être la langue de l’économie, des affaires, de la culture, de l’intégration des immigrants, et ainsi de suite. En d’autres mots, le français et l’anglais ne devaient pas être sur le même pied au Québec. Le Québec français devenait un projet politique.

Le Québec français est aujourd’hui déclassé par le Québec bilingue.

Au nom de la mondialisation et de l’ouverture à l’autre, on accepte une égalité de statut entre le français et l’anglais.

À Montréal, tout cela se concrétise avec la fameuse formule bonjour/hi.

Bonjour/Hi !

Sa signification est claire: on a le choix entre le français et l’anglais. Le client décidera. C’est une question de préférence individuelle. Il n’y a plus de langue commune.

On veut nous faire croire que c’est une formule inventée pour les touristes. Quelle mauvaise blague!

Dans les faits, le bonjour-hi est un accommodement déraisonnable accordé aux immigrants anglicisés et à tous ceux qui vivent au Québec, mais ne veulent pas vivre comme les Québécois.

C’est un passe-droit accordé à ceux qui veulent vivre à Montréal, mais qui trouvent que les Québécois y sont de trop.

On pourrait aussi parler de la complaisance pour le franglais, dialecte bâtard que parlent de plus en plus de Montréalais s’imaginant sophistiqués.

Il faut se braquer urgemment contre le Québec bilingue qui est le symbole d’une province pour de bon vaincue, abandonnant son identité culturelle.

Il représente moins la modernité du Québec que la régression des Québécois francophones.

En fait, même si le nom demeurait le même, un Québec bilingue ne serait plus le Québec.

Quoi qu’en pensent les petits branchés qui prennent leur identité mutilée pour une identité stylisée.