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Des professionnels prudents et passionnés

Pascal Gosselin
photo courtoisie Pascal Gosselin

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Frédérique Giguère et Valérie Gonthier, Le Journal de Montréal

Le pilote de l’avion qui s’est écrasé aux Îles-de-la-Madeleine était un homme extrêmement brillant et prudent, qui aurait refusé de décoller s’il avait jugé qu’il y avait un danger, croient ses amis.

«S’il avait pensé que c’était téméraire, je suis convaincu qu’il ne l’aurait pas fait parce qu’il était excessivement prudent et il ne prenait jamais de chance», a confié Christian Guy, qui vient de perdre son ami de longue date, Pascal Gosselin.

Même s’il admet ne pas savoir ce qui s’est passé exactement quand Pascal Gosselin a accepté de s’envoler vers les Îles, Michel Dumais, son grand ami, assure qu’il n’était pas «cowboy».

«C’était un gars tellement brillant, a-t-il raconté. Il a toujours été pépère et conservateur. C’était loin d’être un cowboy!»

Difficile à piloter ?

Le 11 juillet 2013, Pascal Gosselin a obtenu sa licence pour piloter un Mitsubishi MU-2B-60, soit le même type d’appareil qui s’est écrasé mardi matin. Sur sa page Facebook, où il informait régulièrement ses amis de son évolution, il avait indiqué qu’il s’agissait d’un appareil particulièrement difficile à piloter.

«Aujourd’hui, je suis devenu pilote de Mitsubishi MU-2B-60 “Marquise”. [...] Ç’a été de loin le vol le plus difficile que j’ai jamais eu à faire. [...] Je vais voler avec un pilote mentor pour la prochaine année. Cet avion n’est pas à prendre à la légère.»

Il a été impossible de connaître l’évolution de M. Gosselin avec cet appareil et s’il avait toujours besoin d’un mentor.

«Mon seul regret, c’est qu’il m’a souvent offert d’aller voler avec lui et je n’y suis jamais allé, mais bâtard que j’aurais aimé ça!» a ajouté M. Dumais.

« Réaliser ses ambitions »

En plus de laisser derrière lui ses trois enfants et sa femme Pia, le pilote n’a pas eu la chance de dire au revoir à ses dizaines d’employés de chez Aero Teknic. Pascal Gosselin avait fondé, avec son épouse, une compagnie spécialisée dans la maintenance d’aéronefs et dans l’avionique en 2003.

Mercredi avant-midi, plusieurs employés se sont rassemblés aux bureaux de Saint-Hubert pour accrocher des bouquets de fleurs.

L’autre copilote qui a péri dans l’accident mardi, Fabrice Labourel, avait pour sa part quitté la France pour le Québec en 2011 afin de «réaliser ses ambitions», peut-on lire sur sa page LinkedIn.

Il a ainsi commencé les soirs et les week-ends sa formation pour devenir pilote d’avion, tout en travaillant à temps plein la semaine. Père d’un petit garçon, il travaillait depuis novembre 2014 pour la compagnie CPAQ.AERO.

Personne ne peut dire non au pilote d’un vol privé

Les vols privés ne sont pas régis de la même façon que les vols commerciaux. Le pilote d’un vol privé établit lui-même s’il décolle ou non. Le Journal a posé quelques questions à des spécialistes de l’aviation.

Qui prend la décision de décoller ou non?

«La responsabilité ultime repose sur le commandant, personne d’autre ne prend la décision de décoller. Ça arrive assez souvent que le pilote reçoive des pressions des passagers pour décoller ou pour atterrir, mais il doit vraiment se fier à son jugement et à son expérience et bien connaître ses limites.» – Vincent Charron, pilote professionnel à la retraite.


Quelle est la responsabilité de NAV Canada [qui assure un contrôle de la circulation aérienne]?

«Ils te donnent les faits, ils te disent quelles seront tes conditions de route, ce que tu risques de rencontrer sur ton chemin [vents, pluie, brouillard, etc.], mais ils ne te disent pas ce que tu devrais faire ou non. Ils n’ont pas le droit de prendre de responsabilités sur leurs épaules, celui qui décide c’est le pilote.» – Normand Choinière, pilote depuis 40 ans qui connaît bien la région des Îles-de-la-Madeleine.


Que doit faire un pilote d’avion privé avant de décoller?

«Il doit envoyer son plan de vol qui indique notamment sa destination, l’heure à laquelle il pense atterrir, par où il va passer et le nombre de passagers à bord. Il vérifie les conditions météo en chemin et ce qui est prévu au moment où il doit atterrir. Il se prévoit aussi un aéroport de dégagement, c’est-à-dire un autre aéroport où il pourrait aller si les conditions étaient trop mauvaises.» – Vincent Charron


À quoi sert le plan de vol?

«Ton plan de vol sert à te suivre pendant ton déplacement. On te donne un code de transpondeur, un numéro est rattaché à ton avion. Comme dans ton plan tu avertis où tu devrais passer, les contrôleurs aériens savent que tu aurais dû être au-dessus de Québec, par exemple. Tu peux aussi changer ton itinéraire en cours de route en avertissant NAV Canada, si tu vois que la météo n’est pas bonne.» – Normand Choinière


Pourquoi les autres compagnies aériennes ont-elles décidé de ne pas décoller en direction des Îles-de-la-Madeleine mardi?

«Les compagnies commerciales comme PASCAM ou Air Canada ont des vols plus réguliers et des normes plus sévères à respecter. Il se peut que dans leurs règles ce soit écrit qu’aucun avion ne décolle si le plafond [limite supérieure d’altitude à laquelle un aéronef peut voler] est moins de 500 pieds par exemple. Les avions privés n’ont pas les mêmes restrictions.» – Ghislain Charrette, courtier en assurance de dommages, Charrette assurance aviation

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