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La fierté d’un père

René Simard en tournée avec sa fille Rosalie

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Impossible d’assister aux répétitions du nouveau spectacle de René Simard sans fredonner La vie chante. Impossible également d’en sortir sans sourire béatement. Car malgré les aléas du quotidien, la bonne humeur du chanteur est contagieuse. Et quand sa fille, Rosalie Taillefer-Simard, se joint aux festivités, l’effet est décuplé. Qu’ils soient en train de répéter leur numéro, de discuter ou d’observer un effet de mise en scène, leur joie de vivre est communicative.

René Simard tenait à offrir un ­numéro spécial au public pour ­marquer son retour sur scène en ­solo dans Nouveau rêve: une danse parent-enfant avec Rosalie. Âgée de 24 ans, la jeune femme souffre de surdité depuis sa naissance. Elle porte d’ailleurs un appareil auditif depuis l’âge de trois mois. Mais son handicap n’a jamais freiné ses élans. Artiste-peintre de talent, elle possède un baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Et bien qu’elle entende la musique ­différemment, elle danse depuis toujours. Elle fait même partie d’une troupe qui participe à ­plusieurs compétitions au Québec.

«Mes parents (sa mère est Marie-Josée Taillefer) m’ont toujours ­encouragée, dit-elle. Ils m’ont appris à avoir confiance en moi.»

René Simard et Rosalie ont choisi de danser sur Smile, cette pièce de Charlie Chaplin composée en 1936 et souvent reprise depuis, notamment par Michael Jackson, Céline Dion et Barbra Streisand.

Pour René Simard, Smile semble être beaucoup plus qu’une simple chanson; c’est un mantra. «If you smile through your fear and sorrow / Smile and maybe tomorrow / You’ll see the sun come shining through / If you just...» («Si tu souris / à travers tes pleurs et tes chagrins / Souris et peut-être que demain / Tu verras les rayons du soleil percer les nuages / Si seulement tu...»)

«Tu peux toujours trouver une ­façon de garder le sourire, déclare le touche-à-tout au Journal. Ce n’est pas toujours quelque chose de facile à mettre en pratique, mais c’est vrai. Encore aujourd’hui, ces paroles me parlent énormément.»

«Smile, ça représente la chimie entre nous deux, ajoute Rosalie. C’est une chanson qui nous ressemble parce que mon père et moi, on est des gens souriants. On est des gens joyeux... Smile, ça montre tout l’amour qui nous unit.»

Une admiration réciproque

Voir l’admiration avec laquelle Rosalie regarde son père en entrevue est immensément touchant. Et voir la fierté dans les yeux de René quand sa fille enchaîne les mouvements de danse en répétition l’est tout autant. Et quand ces derniers nous racontent combien ils prennent plaisir à travailler et peaufiner leur numéro, on les croit sur parole.

«Chaque matin, on répète la chorégraphie dans l’auto, dit René Simard. Parce que si t’es capable de faire tous les mouvements par cœur dans ta ­tête, ça veut dire que t’es prêt.»

Professionnel jusqu’au bout des ongles (il exerce ce métier depuis plus de 45 ans), René Simard arrive toujours bien préparé.

«On prépare ce spectacle depuis août dernier. J’ai travaillé les arrangements musicaux en studio avec André Leclair, avec qui j’ai réalisé mon dernier album, sorti au printemps 2015. C’est lui qui a tout orchestré. C’est important d’arriver préparé aux répétitions, parce qu’on le sait: le temps, on doit le maximiser.»

«Quand je suis metteur en scène, c’est pareil: je n’arrive jamais au premier meeting préparé à moitié. Premièrement, ce n’est pas le fun pour le groupe. Ils ne sentent pas qu’ils sont en sécurité. Ils ne sentent pas qu’ils sont soutenus. Ça crée une insécurité dont personne n’a besoin.»

Avec humour

Parlant de mise en scène, René ­Simard a fait appel à Geneviève Dorion-Coupal, sa complice de longue date, pour cosigner celle de Nouveau rêve. L’artiste de 55 ans a ­également recouru aux services d’un scripteur, Daniel Langlois, pour ajouter une touche d’humour aux présentations des chansons.

«J’aime l’autodérision, indique René Simard. Et quand j’ai quelque chose à dire aux spectateurs, je ne veux pas avoir l’air de pépère qui raconte quelque chose. Quand je parle du Japon, je n’ai pas envie de dire quelque chose comme: “Je suis effectivement allé au Japon en 1973 pour...” Non. Je veux que ça soit drôle. Je veux rire de moi et avoir du fun!»

  • René Simard lance sa tournée Nouveau rêve les 20 et 23 avril à 20 h à la Salle Pierre-Mercure à Montréal. Il parcourra ensuite la province jusqu’en décembre, ­passant notamment par Québec, Brossard, Granby, St-Hyacinthe, Trois-Rivières et Laval.

 

Entre nostalgie et nouveauté

 

Avec Nouveau rêve, René Simard alterne entre passé et présent, nostalgie et nouveauté. Bien entendu, les vieux classiques y seront, dont Ma petite Japonaise, L’oiseau et Mon nom est Pascale. Les spectateurs entendront également plusieurs extraits du dernier album éponyme du chanteur, paru en avril 2015. «Pour mon retour sur scène, je voulais faire autre chose que seulement chanter de vieilles chansons et faire des covers, déclare René Simard. Je voulais proposer quelque chose de nouveau, quelque chose qui m’allume.» Nous avons demandé à René Simard de dévoiler le titre de 10 morceaux qu’il interprétera sur scène.

L’oiseau 1971

«C’est le premier gros succès de ma carrière. En spectacle, ça devient un duo virtuel avec moi-même. Quand j’ai dû sélectionner les chansons du show, c’était un incontournable. Avec La vie chante, ça fait partie des chansons que les gens veulent entendre.»

L’homme sur la lune 2015

«C’est la chanson avec laquelle on ouvre le spectacle. C’est une chanson qui parle de ­bonheur et d’amitié. Ça nous met dans un état d’esprit festif. C’est assez communicatif. Ce n’est pas une chanson connue, mais elle nous permet de commencer le show en beauté ­parce qu’elle véhicule un message positif.»

Que reste-t-il de nos amours ? 1942

«C’est une chanson qui apparaît sur Hier... Encore, mon album de 2003. Guy St-Onge avait signé les ­arrangements. C’est une chanson que j’ai toujours ­aimée. C’est important d’être nostalgique de temps en temps! La nostalgie, ça nous rappelle qui on est. Ça fait rejaillir certains sentiments qu’on n’oserait peut-être jamais montrer. Cela dit, je n’ai jamais été le type de gars qui passe son temps à penser au ­passé. Au contraire. Je préfère regarder en avant. Pour moi, c’est presque toujours what’s next?»

For Once in My Life 2015

«C’est une chanson de Stevie Wonder, un gars qui m’a toujours inspiré parce qu’il était différent. C’est un gars qui ne l’a pas eu facile. Ce n’est pas par hasard que j’ai choisi de reprendre une de ses chansons. Ça fait référence à mes enfants. Parce que, pour moi, Stevie Wonder, c’est un exemple de persévérance. Il continue de prouver que les ­limites, elles sont dans nos têtes. Tout le monde peut réaliser de grandes choses, mais trop ­souvent, on est son propre obstacle.»

Un nouveau rêve 2015

«Ça parle d’espoir. C’est particulièrement important d’en avoir aujourd’hui, compte tenu de tout ce qui se passe dans le ­monde. Les bulletins de nouvelles sont alarmants, les nouvelles sont mauvaises... Je me ­considère chanceux de faire ce métier. Je suis comme un clown. Et c’est important d’avoir des clowns. C’est ce qui garde l’espoir en vie. La culture, le divertissement... Ça sert de bouée de sauvetage. Ça nous ­aide à oublier, ne serait-ce qu’un instant, nos problèmes [...] Avec mon spectacle, j’espère être capable de faire oublier aux gens leurs malheurs pendant deux heures.»

À chacun ses armes 2015

«Yves Morin a écrit les paroles. C’est une ­chanson cachée sur mon dernier disque. Ça parle des différentes façons d’affronter un problème. Chaque personne réagit différemment face aux épreuves. Ça parle aussi de respect, un mot qui est de plus en plus galvaudé. Il faut respecter les choix de l’autre. C’est la chanson avec laquelle je termine le show. Je veux laisser les gens sur cette réflexion. Pour moi, c’est important de montrer des nuances. Parce que passer deux heures sur scène la patte en l’air, le sourire aux lèvres à être heureux, heureux, heureux... Le monde va finir par avoir mal au cœur!»

Disco Inferno 1976

«Ça fait partie d’un medley disco, avec How Deep is Your Love des Bee Gees et Love is in the Air de Martin Stevens. Le disco, j’ai toujours trouvé ça drôle. Dans ma tête, c’est comme un char ­allégorique musical. Ça fait lever le party!»

Midoli iro no yane 1973

«Ça veut dire La maison au toit vert. C’est la chanson qui a ouvert le bal au Japon­­. Quand je suis arrivé au Japon en 1973, j’ai participé au Festival international de Tokyo. Frank Sinatra m’a remis le prix du meilleur chanteur. Pour moi, côté carrière, c’est un moment ­important. Je voulais le souligner.»

Take Me Home 2015

«C’est une façon pour moi de souligner mon retour sur scène. J’ai fait toutes sortes d’affaires dans cette industrie: la chanson, la direction artistique, la mise en scène, la comédie, la production... Mais aujourd’hui, je reviens à mon premier métier, qui est ­celui de chanteur. Avec Take Me Home, c’est comme si je demandais au public de m’accepter de nouveau. C’est une chanson légère avec une touche de country.»

Chantons sous la pluie 2015

«Je devais inclure quelques extraits de ­comédies musicales, mais j’ai fait très attention­­ à ne pas faire trop de chansons en anglais. C’est pour ça que j’ai décidé de faire Chantons sous la pluie et pas Singing in the Rain. Pour moi, la langue française, c’est important. On est un petit territoire en Amérique. C’est important de garder notre français en vie. Quand j’entends parler des radios qui veulent réduire­­ les quotas de ­musique francophone, ça m’inquiète. C’est une menace à notre créativité. Les ­artistes ont déjà assez de difficulté à faire entendre leurs chansons... On s’en va où?»


 

Un rôle de composition dans Mary Poppins

 

René Simard passera passablement de temps sur scène cette année puisqu’en plus de se produire dans un nouveau spectacle, il jouera dans Mary Poppins, la nouvelle comédie musicale de Juste pour rire, qui sera présentée au Théâtre St-Denis à compter du mois de juin. Le chanteur y campera Monsieur Georges Banks, un rôle de composition, gracieuseté de Serge Postigo, qui ­assure la mise en scène du spectacle.

«C’est le fun de savoir que Serge a pensé à moi pour jouer ce rôle, parce Monsieur Banks, c’est quelqu’un de ­bête comme ses pieds, de rigide, de froid... c’est tout le contraire de moi! J’ai tellement hâte de commencer les répétitions! Je suis énervé comme un enfant! Pour moi, c’est une libération. On m’a toujours donné des rôles de bons gars qui sont heureux d’être contents, d’être vivants. Ça fait différent! Ça me nourrit énormément.»

Séjour à Dublin

René Simard n’avait jamais vu l’adaptation scénique de Mary Poppins avant l’automne dernier. En effet, avec Marie-Josée Taillefer, il est allé jusqu’en Irlande pour voir dans quoi il s’embarquait. «Le spectacle n’était plus présenté à New York ni à Londres. On a donc tapé Mary Poppins dans Google, puis Dublin est apparu! relate le touche-à-tout. On a passé cinq jours à Dublin. On a fait la tournée des pubs, on est allé voir des danses celtiques, on a visité la Prison de Kilmainham... C’est une ville qu’on a adorée. On aimerait y retourner.»

Nouveaux visages

Dans Mary Poppins, René Simard jouera aux côtés de Joëlle Lanctôt (Mary Poppins), Jean-François Poulin (Bert le ramoneur) et plusieurs autres visages pas nécessairement connus du grand public. L’été dernier, Serge Postigo avait été sévèrement critiqué par certains professionnels du milieu pour avoir ­ouvert les auditions du spectacle à ­monsieur et madame Tout-le-monde. On lui reprochait de chercher des amateurs alors que plusieurs artistes­­ crevaient de faim.

René Simard défend la décision du metteur en scène. «Tout le monde ­mérite d’avoir sa chance. Dans le show, il y a des gens assez âgés qui capotent parce que c’est la première fois qu’on leur donne ce genre de rôle. C’est la même chose avec certains jeunes... Serge a voulu réactualiser Mary ­Poppins. Et c’est réussi. C’est vraiment différent du film de Disney qu’on est habitué de voir.»