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Les producteurs québécois au MIPTV

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Cette semaine, les membres influents de la télévision internationale se donnent rendez-vous à Cannes pour le MIPTV, grand marché de contenu télévisuel. Distributeurs, producteurs, acheteurs y vont pour faire voir leurs émissions, partager leurs formats, acquérir de nouveaux produits ou tâter le terrain de la coproduction.

Si des émissions comme Un gars, une fille, Les gags, LOL ou Les Parent continuent d’être exportées un peu partout sur la planète, c’est grâce aux rencontres qui se font lors de ces marchés. Le Québec y est bien représenté grâce à la SODEC, sous l’ombrelle Espace Québec, ou à Téléfilm, sous le Pavillon du Canada. Puisque le milieu de la télévision se complexifie et se ramifie, et que le financement s’amincit, il devient de plus en plus intéressant, voire important, d’offrir une deuxième, troisième vie, ou plus, à nos productions.

L’humour universel

Parmi les formats québécois qui risquent d’attirer l’attention à Cannes, on retrouve Dans ma tête, concept de Patrick Groulx qui a attiré chez nous des parts de marché d’environ 32 %. Certains pays européens auraient d’ailleurs déjà montré leur intérêt avant même le début du marché. Et en ces temps difficiles, les gens ont besoin de rire.

Martin Roy, vice-président de Juste pour rire TV, sera présent au MIP avec l’humoriste afin de présenter la populaire émission. «En humour, il y a un code international et il y a le rire local. Dans ma tête est une approche qui ouvre plein de portes. On part d’un numéro qui se développe bien en fiction. C’était une idée simple et brillante. On vise d’abord les pays qui ont une forte tradition de stand-up évidemment, comme en Europe. Mais c’est un format qui offre aussi une certaine souplesse, avance-t-il. On peut produire des demi-heures, ce que recherchent plusieurs marchés, ou ajouter un segment talk-show, par exemple.»

Miser sur notre bilinguisme

Pour attirer l’œil étranger, certains producteurs investissent dans une façon de faire tournée vers l’exportation. C’est le cas de Trio Orange. «Aujourd’hui, être producteur au Québec est intéressant parce qu’on peut produire à la fois en français et en anglais, avoue Éric Hébert, vice-président et producteur exécutif de l’entreprise.»

Ainsi, Hôtels et restos d’exception et La foodie liste, produites dans les deux langues, sont vendues dans des dizaines de pays en Asie, en Amérique latine et en Europe. «Il y a des canaux spécialisés partout sur la planète intéressés par ces contenus, poursuit Éric Hébert. Les chaînes de bouffe, par exemple, se sont multipliées. On travaille fort pour offrir des produits de qualité pouvant répondre à une demande internationale. Ça représente un investissement important, mais on y croit.»

Miser sur notre authenticité

Au MIPTV, Éric Hébert sera accompagné d’Hugo Girard, vedette d’À vos risques et périls, qui parcourt les villes américaines dites dangereuses. «Hugo racontera son expérience, ses rencontres. Au Québec, on ne triche pas dans nos productions seulement pour faire du spectacle. Des fois, l’équipe a vraiment eu peur. On propose des contenus authentiques. Avec À vos risques et périls, ça se sent.»

De plus, Trio Orange a le privilège de faire partie du catalogue de Lagardère Studio, une méga entreprise de distribution en Europe. «Benoît Roberge se fait reconnaître en France, raconte le producteur. Benoît à la plage est présenté en France et en Belgique. Ils aiment le Québécois sympa qui parle de leur pays. Ça donne une autre vie à ce qu’on fait. Il faut se remonter les manches et faire parler de notre télévision comme on parle de nos chanteurs qui percent en France ou de nos cinéastes à Hollywood.»

Multiplier les opportunités

Véronique Dea a fondé il y a un peu plus de deux ans Must Media dont elle est présidente et productrice exécutive. Elle se rend à Cannes pour une seconde fois dans le but de créer des partenariats. «Je suis une toute petite boîte qui propose une nouvelle vision. J’y vais notamment avec des projets en développement afin de trouver des coproducteurs pour combler la structure financière. J’ai des documentaires dont les sujets sont rassembleurs. Être présente au MIP me permet d’avoir accès à des partenaires potentiels, mais aussi de me faire voir par les diffuseurs québécois. Ça montre le sérieux de mon entreprise.»

Must Media proposera aussi au monde entier de faire connaissance avec Bruno Blanchet. «Les vacances de Monsieur Bruno ont pu bénéficier du rayonnement de TV5 Monde présent dans une cinquantaine de territoires. Le MIPTV me permet d’essayer de distribuer la série en anglais. Pour rentabiliser les tournages, Bruno fait aussi ses stand-ups en anglais. On remonte alors les émissions. On va aller tester ça. Je pense que la personnalité de Bruno peut conquérir beaucoup de gens comme il le fait lors de ses voyages.»

Véronique espère aussi développer le marché francophone avec Félipé, le pimp de la saucisse. Et quand on parle de nouvelle vision pour multiplier les opportunités, Vie de tournée en est un bon exemple. «Véronic DiCaire et Remon Boulerice ont acheté l’épisode qui lui était consacré afin d’en faire la vente lors de ses spectacles.» Le merchandising peut donc être une avenue pour un certain type de production.

Sujet actuel

Encore Télévision se démarque de plus en plus avec ses fictions. Les beaux malaises est adapté en France avec Franck Dubosc, l’Allemagne a pris une option et serait en pourparlers avec un acteur, même chose pour le Canada anglais. Le Danemark et la Chine auraient aussi un intérêt. «Le MIP est souvent le premier contact, mais rien ne s’y conclut sur place. Ça donne du qualitatif, explique Dominique Simard, directrice générale et financière de l’entreprise. L’Europe regarde beaucoup ce que l’on fait et nous sommes reconnus au Québec pour notre efficacité, pour avoir développé une façon de faire avec les moyens dont on dispose, pour la qualité de nos artisans, de nos auteurs.»

«Le MIP nous permet aussi d’avoir accès au reste du Canada, un marché que l’on développe au même niveau que les autres marchés internationaux. Au Québec, nous connaissons nos diffuseurs et les décisions se prennent assez rapidement. Au Canada, le processus est beaucoup plus long. Pour Les beaux malaises, nous sommes en attente d’une réponse depuis deux ans. C’est la norme.»

Pour Sarah fait partie du catalogue que propose Dominique aux marchés internationaux. «Une importante chaîne française a déjà pris une option et on a senti qu’avant même sa diffusion chez nous, c’était un sujet qui intéressait beaucoup.» La conduite dangereuse ou avec des facultés affaiblies est un fléau non seulement chez nous, mais dans tous les pays occidentaux. Pour Sarah pourrait donc attirer le Canada anglais et même les États-Unis. Dominique Simard part aussi avec Boomerang et Mirador à son catalogue.»

La réalité virtuelle de l’avant

Et cette année, Téléfilm Canada et le Fonds des médias du Canada mettront de l’avant une expertise innovatrice dans laquelle nous excellons: la réalité virtuelle. Cette technologie se déploie dans des contenus télévisuels, mais aussi dans des jeux immersifs et des applications culturelles. Les projets Time Machine de Montréal et Le photographe inconnu de Montréal et Vancouver y seront notamment présentés tout comme les productions Infiltration (d’Urbania vue à Ztélé) et Nomads: Sea Gypsies (de Felix&Paul Studios de Montréal). Preuve qu’en plus d’être débrouillards et talentueux, nos artisans sont avant-gardistes et qu’il est important de se faire voir au reste du monde, fièrement.

Quelques chiffres

La SODEC, qui coordonne la présence d’entreprises québécoises à Cannes depuis quatre ans, publiait récemment les résultats des rencontres faites dans le cadre des marchés internationaux du MIPCOM (octobre) et du MIPTV (avril):

  • 27coproductions ont été signées ou seraient sur le point de l’être totalisant 65 millions de dollars.
  • On estime les ventes et préventes de 2015 à 29 millions de dollars.
  • Les séries dramatiques et les longs métrages représentent 67 % des ventes et préventes.

Le MIPTV se déroule du 4 au 7 avril à Cannes