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Jean Charest pour «rétablir la confiance»?!?

Jean Charest
JOEL LEMAY/AGENCE QMI Jean Charest - premier ministre du Québec (2003-2012)

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Eh non. Ceci n’est PAS un poisson d’avril retardataire.

Ce lundi, l’ancien premier ministre Jean Charest doit prononcer une allocution à l’Université McGill sur «les façons de rétablir la confiance dans les institutions publiques canadiennes». Oui, oui. Vous avez bien lu.

En réaction, Amir Khadir, député de Québec solidaire, a fait parvenir un «courriel enflammé» à La Presse.

Comment l’Université McGill, se demande-t-il, peut-elle avoir même songer à une telle invitation «après les révélations de la commission Charbonneau» et l’arrestation par l’UPAC de l’ex-vice première ministre Nathalie Normandeau pour complot, corruption et fraude envers le gouvernement? Sans compter les révélations de l’émission Enquête sur le président du Conseil du trésor Sam Hamad - suspendu par Philippe Couillard depuis samedi et ministre du Développement économique sous Jean Charest?

Toujours cité par La Presse, Amir Khadir se demande finalement «comment peut-on permettre à une personne dont les agissements ont fait tant de torts à la confiance du public dans les institutions démocratiques du Québec de se servir de la réputation de la faculté de droit de McGill pour laver la sienne?».

La question se pose.

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Contexte

En réponse, l’Université McGill précise qu’elle «ne fait pas de politique».

Elle précise aussi que cette table ronde à laquelle doit participer M. Charest «fait suite au rapport du Forum des politiques publiques du Canada» (...) «dans lequel étaient présentées neuf recommandations visant à redynamiser les institutions publiques au Canada». L’ex-premier ministre en étant un des auteurs.

(Pour lire ce rapport, c’est ici.)
 

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Cordonniers mal chaussés

Si la question posée par le député Amir Khadir saute aux yeux, le nom d’une autre membre de ce comité dont fait partie M. Charest soulève également quelques questions. Soit celui de Heather Munroe-Blum, présidente du conseil de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada et principale émérite de l’Université McGill.

Rappelons ici que Mme Munroe-Blum,  rectrice de l’Université McGill jusqu’en 2013, profite également d’un traitement royal de pensionnée.

L’an dernier, le Journal en rapportait ceci :

«L’ancienne rectrice de l’Université McGill recevrait des pensions totalisant près de 371 000$ par année. Heather Munroe-Blum, qui a quitté son poste en 2013, aurait déjà commencé à encaisser environ 96 000 $ de sa pension depuis le 1er juillet dernier, selon The Gazette.

La pension supplémentaire de 284 000$ à laquelle elle aurait droit s’ajoute à celle de 87 000 $ prévue pour sa retraite de l’Université de McGill et de l’Université de Toronto. De plus, l’ancienne rectrice aurait reçu un salaire beaucoup plus élevé que ce qu’il aurait été prévu, soit plus de 740 000 $, selon le quotidien. En effet, la pension complémentaire doit généralement représenter environ 50 % des gains les plus élevés. Cette rémunération représenterait le forfait le plus important pour un recteur au pays.
L’Université McGill a pour sa part répliqué en indiquant que le salaire de Mme Munroe-Blum se chiffrait à 369 000 $, ajoutant que des ajustements avaient été faits pour sa pension, rapporte The Gazette.»

Le Devoir en rapportait aussi ceci :

«Les généreux avantages financiers dont jouissent les recteurs au moment de quitter leurs fonctions créent une fois de plus colère et indignation. L’ex-principale de l’Université McGill a touché plus de 750 000 $ depuis 2013, une somme jugée « indécente » par le Parti québécois alors que les universités sont confrontées à des compressions budgétaires sans précédent.

Au terme des dix ans qu’elle a passés à la tête de la prestigieuse institution, Heather Munroe-Blum a bénéficié d’une pleine « année de ressourcement », passée à l’Université Stanford, en Californie, à titre de chercheuse invitée. Elle a alors touché un salaire de 358,000 $, une somme versée afin de « lui permettre de revenir par la suite à temps plein » comme professeure, a expliqué en entrevue au Devoir le vice-principal aux communications de McGill, Olivier Marcil. Or, après cette année à Stanford, Mme Munroe-Blum a finalement décidé de prendre sa retraite, bénéficiant à nouveau de l’équivalent d’une année de salaire, un « incitatif » offert à tous les professeurs âgés de 65 ans. Officiellement retraitée depuis quelques jours, elle touchera désormais des revenus issus de son régime de pension.

Pendant son année à Stanford, Mme Munroe-Blum a aussi touché des avantages de 46 000 $ et des allocations de près de 38 000 $, qui s’ajoutent aux 1,2 million de dépenses remboursées par McGill de 2003 à 2013, selon le Journal de Montréal. « Mme Munroe-Blum voyageait dans le monde parce qu’on était en grande campagne pour amasser des fonds. Elle voyageait de Paris à Hong-Kong à la Californie pour rencontrer les [anciens] », explique M. Marcil, jugeant que ces sommes n’ont rien d’anormal.»
 

Mme Munroe-Blum n’est certes pas la première parmi les ex-recteurs d’université à voguer vers sa retraite sur un épais et moelleux coussin doré rempli généreusement à même les fonds publics. Cela ne rend toutefois pas la chose – tout à fait «légale» par ailleurs -, plus acceptable pour autant. Et ce, que ce soit sur le plan éthique ou sur le plan d’une gestion saine et responsable de l’argent des contribuables. Le beurre et l'argent du beurre, ça commence à faire beaucoup.

Dans ce même rapport du Forum des politiques publiques du Canada, signé entre autres par M. Charest et Mme Munroe-Blum, on y conclue ceci : «La confiance dans notre démocratie repose sur la façon dont nous gouvernons

En effet.

Et c’est justement pourquoi, lorsqu’on veut vraiment redorer le blason du «service public» et  plancher sur «les façons de rétablir la confiance dans les institutions publiques», un bon début serait de faire appel à des personnes qui ne traînent pas de gênantes casseroles contraires à leurs pieds.

Dans cette même conclusion de ce même rapport, on peut aussi lire ceci : «Nous préconisons plutôt une approche corrective qui va modeler la gouvernance de notre démocratie sur l’ère numérique mondiale».

Pardon?

Au lieu d’ergoter sur l’«ère numérique mondiale», pourrait-on commencer par réinstaurer une «ère éthique locale»?

Comment disait-on déjà? «Think globally, act locally»... Réfléchir en termes mondiaux, mais agir localement...

Pour ce faire, vaudrait mieux cependant éviter le sans-gêne infini avec lequel les mêmes «leaders» politiques ou d’opinion associés à une mauvaise gouvernance et/ou un abus (même «légal) des fonds publics reviennent aujourd’hui nous faire la leçon en matière de confiance, de gouvernance et tant qu’à y être, d’éthique.

Lorsqu’on veut nettoyer les écuries, on ne fait pas appel à ceux et à celles qui ont contribué à leur mauvais état actuel.

Rétablir la confiance, vous dites?