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Patrick Roy: de «Casseau» à «Saint-Patrick»

Patrick Roy avait hérité du surnom de «Casseau» à son arrivée avec le Canadien en 1985.

Patrick Roy, avec la Coupe Stanley et le Trophée Conn Smythe, en 1986.
Photo d'archives Patrick Roy, avec la Coupe Stanley et le Trophée Conn Smythe, en 1986.

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Ses coéquipiers le taquinaient en raison de sa maigreur, de sa façon de marcher et parce qu’il avait l’air d’un casseau de patates frites lorsqu’il portait un veston aux épaules rembourrées, comme c’était la mode à l’époque.

«C’est vrai que je n’étais pas bien gros à l’âge de 20 ans, a rappelé Patrick Roy, joint au téléphone à Denver. Je dois bien peser une soixantaine de livres de plus aujourd’hui.»

Il n’était peut-être pas gros physiquement, mais il l’était devant son filet. Son surnom est vite devenu «Saint-Patrick» lorsque Roy a mené le Canadien vers la conquête de la coupe Stanley au printemps 2006, tout en décrochant le trophée Conn Smythe remis au joueur par excellence des séries.

Là où tout a commencé...

«Plusieurs facteurs ont joué en ma faveur en début de carrière, a reconnu Roy. Et tout a commencé durant les séries avec les Canadiens de Sherbrooke.»

L’équipe dirigée par Pierre Creamer s’était qualifiée de peine et de misère pour les séries en 1985.

Roy agissait comme troisième gardien du club lorsqu’il a été appelé à remplacer Paul Pageau pour le quatrième match de la demi-finale de division contre Fredericton, parce que la conjointe de Pageau était sur le point d’accoucher.

Fraîchement sorti des rangs juniors, Roy a brillé à un point tel que Sherbrooke a remporté la coupe Calder.

Confiance transférée

Dans cette équipe, il y avait Stéphane Richer, Brian Skrudland, Mike Lalor, Gaston Gingras, Serge Boisvert, John Kordic et Randy Bucky, qui ont tous fait partie de l’équipe championne de la coupe Stanley un an plus tard.

«En remportant le championnat de la Ligue américaine, on s’est présenté au camp d’entraînement du Canadien avec une grande confiance en nos moyens, a souligné Roy. On avait appris à gagner à Sherbrooke.

«Dans mon cas, d’autres facteurs sont venus jouer en ma faveur. Steve Penney et Doug Soetaert se sont blessés en fin de saison et le Canadien s’est tourné vers moi pour amorcer les séries en 1986. J’ai su saisir l’opportunité.»

Et comment! En 20 matchs éliminatoires en 1986, Roy en a gagné 15 et il a présenté une moyenne de buts alloués de 1,92, ainsi qu’un pourcentage d’arrêts de ,923.

Patrick Roy, avec la Coupe Stanley et le Trophée Conn Smythe, en 1986.
Photo USA Today Sports

Dans cette entrevue accordée au Journal de Montréal entre deux matchs de l’Avalanche du Colorado, Roy a ressassé quelques bons souvenirs qu’on vous présente sans plus tarder sous cette forme:

Le match le plus important

«Je dirais que ce fut le tout premier des séries. On affrontait les Bruins au Forum et j’étais nerveux à l’idée de participer à un match éliminatoire. Je me souviens que j’avais hâte d’effectuer mon premier arrêt. Je l’avais réalisé sur un tir de Mike Milbury provenant du centre de la patinoire. Les Bruins avaient obtenu plusieurs bonnes occasions de marquer en première période et j’avais bloqué les 11 rondelles dirigées vers moi. On a gagné ce premier match 3 à 1 et ça m’a fourni une bonne dose de confiance pour la suite.»

La série la plus difficile

«Ce fut celle contre les Whalers de Hartford. On a dû se battre férocement pour l’emporter en sept rencontres, sur un but de Claude Lemieux réussi en prolongation. Les Whalers avaient éliminé les Nordiques en première ronde. Ils formaient une excellente équipe. Ils ont failli nous éliminer.»

Le match clé

«Ce fut la troisième rencontre de la demi-finale contre les Rangers à New York. J’avais été bombardé de 47 lancers. Les Rangers avaient dominé 13 à 3 au chapitre des tirs en prolongation et encore une fois, Claude Lemieux avait tranché le débat avec un but. Si les Rangers l’avaient emporté, on aurait peut-être eu de la misère à les éliminer.»

 

Patrick Roy, avec la Coupe Stanley et le Trophée Conn Smythe, en 1986.
Photo d'archives

Le dernier match

«Ce dont je me souviens le plus au sujet du cinquième match de la finale, c’est qu’on avait eu très chaud à la fin lorsque les Flames avaient réduit la marque à 4 à 3. J’avais hâte d’entendre le son de la sirène et de pouvoir célébrer avec mes coéquipiers.»

La pression

«Je ne ressentais pas une si grande pression au printemps 1986. Je n’avais que 20 ans et l’équipe avait pris la bonne décision d’isoler les joueurs dans un hôtel sur l’Île Charron. On avait la chance de miser sur d’excellents vétérans comme Larry Robinson et Bob Gainey pour nous rassurer et nous guider. Ils étaient deux formidables leaders.»

La brigade défensive

«On en avait une excellente avec les Robinson, Green, Chelios, Ludwig, Gingras, Lalor, Kurvers et Svoboda. Je me sentais en confiance avec de tels défenseurs devant moi. Je leur dois beaucoup.»

Le ménage à trois

«C’est ce que voulait Jean Perron et ça s’était bien passé pour moi à ma saison recrue. Chaque gardien obtenait ses départs, même si j’ai gardé le filet durant 47 rencontres. Je ne me posais pas de questions. Il y avait une lutte à l’interne et cela m’a amené à être encore plus compétitif.»

Un match pivot en saison

«Je n’oublierai jamais ce match contre les Islanders vers la mi-novembre à Long Island. Pierre Lacroix, mon agent, m’avait dit la veille:«Pat, si tu en as une bonne à jouer, c’est celle de demain soir à Long Island. Ne rate pas ta chance». C’était un très gros test pour moi parce que les Islanders, vainqueurs de quatre coupes Stanley d’affilée dans les années 1980, formaient une grosse machine de hockey. Je me souviens qu’on les avait battus par la marque de 3 à 2. J’étais pas mal fier de mon coup.»

« Patrick était un très bon élève » – François Allaire

François Allaire a rencontré Patrick Roy avec les Canadiens de Sherbrooke et il était toujours à l’emploi du club-école lorsque Roy a mené le CH vers la conquête de la coupe Stanley en 1986.

«Je suis venu vivre à Montréal durant les deux mois qu’ont duré les séries. Je logeais dans un hôtel près du Forum», a rappelé Allaire.

«Ces deux mois avaient été très intenses. Patrick n’avait que 20 ans et c’était un très bon élève. Il voulait s’améliorer, perfectionner le style papillon.

«Je lui enseignais de nouveaux mouvements et il les mettait rapidement en pratique. De voir qu’il progressait l’encourageait à travailler encore plus fort durant les entraînements», a poursuivi Allaire.

«Que Patrick soit parvenu à remporter le trophée Conn Smythe à son année recrue était quelque chose d’incroyable, d’inattendu. Et je trouve cela bien spécial de voir que 30 ans plus tard, je travaille à ses côtés au Colorado», a souligné Allaire, qui est l’entraîneur des gardiens de but avec l’Avalanche pour une troisième saison.

Souvenirs de Jean Perron...

Patrick Roy, avec la Coupe Stanley et le Trophée Conn Smythe, en 1986.
Photo d'archives

Patrick Roy était bien protégé

«Patrick Roy a été sensationnel durant les séries, mais il ne faut pas oublier qu’il avait une excellente brigade défensive devant lui avec les Larry Robinson, Rick Green, Chris Chelios, Craig Ludwig, Gaston Gingras et Mike Lalor. Blessé, Tom Kurvers n’avait pas joué dans les séries. Les gars avaient pris bien soin de leur jeune gardien durant les séries.»

Pas facile pour la famille

«À Montréal, il faut que tu gagnes sinon la pression devient insupportable. Mes deux garçons se faisaient parfois narguer à l’école lorsque le Canadien perdait. On leur disait que leur père était un entraîneur pourri. Hermann n’avait que 10 ans et Thierry, 14 ans. C’était difficile pour eux. Puis, on a gagné la coupe et ils sont devenus les gars les plus populaires de l’école!»

Au sujet de Serge Savard

«J’ai le plus grand respect pour Serge. Il m’a laissé travailler à ma guise, même si j’étais inexpérimenté.

Je suis notamment allé chercher Gene Gaudet comme physiothérapeute à Moncton, en plus d’un responsable de la nutrition. Serge était un excellent directeur général.

Il savait obtenir des joueurs qui avaient du caractère.»

Carrière bien remplie

«Ma carrière dans la LNH n’a peut-être pas duré longtemps mais elle fut bien remplie. J’ai même eu le privilège de diriger les meilleurs joueurs de la planète à Rendez-Vous 87 ainsi qu’au tournoi de la Coupe Canada, la même année.»

Les meilleurs joueurs

«Ce fut sans contredit Patrick Roy, avec le Canadien et Wayne Gretzky, avec l’équipe canadienne.»