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Réinvestissement en éducation: un «cadeau empoisonné» selon des profs

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Les modalités entourant le réinvestissement dans le réseau scolaire d’ici juin sont tellement restrictives que cet argent neuf est en train de devenir un «cadeau empoisonné» dans certaines écoles, selon des enseignants. Des assouplissements sont réclamés.

Marie-Line est enseignante dans une école primaire en milieu défavorisé, ciblée par le réinvestissement de 18 millions $ annoncé en novembre par le gouvernement Couillard. Récemment, la direction de son école a rencontré le personnel pour leur expliquer comment la somme qui leur est allouée – près de 80 000 $ pour la présente année scolaire – doit être dépensée.

«D’avoir à dépenser ce montant dans un cadre aussi précis et aussi rapidement, c’est une insulte, lance l’enseignante. On reçoit des sommes débiles pour combler des besoins qui n’existent pas.»

Dans l’école de Marie-Line, beaucoup d’efforts ont été consacrés au cours des dernières années pour améliorer les compétences des élèves en lecture au début du primaire, grâce à un projet-pilote mené en collaboration avec le milieu universitaire.

Les cibles ont été atteintes, les élèves sont en avance par rapport à leur niveau. C’est plutôt en mathématiques qu’ils en arrachent, raconte l’enseignante.

Or au primaire, l’argent réinjecté par Québec doit absolument servir à mettre en place des mesures pour aider les élèves à mieux réussir en français, ce qui chamboule toute l’organisation de l’école, deux mois avant la fin de l’année scolaire. «C’est un cadeau empoisonné», lance l’enseignante.

Pas un cas isolé

D’autres situations semblables se répètent aux quatre coins du Québec, indique de son côté la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE).

Dans Lanaudière, il est difficile voire impossible de mettre en place le programme d’études dirigées au secondaire, qui doit se dérouler en fin de journée après les cours, à cause du manque de transport en milieu rural.

Or l’argent qui ne pourra pas être dépensé selon les paramètres gouvernementaux pourrait tout simplement ne pas être versé, a-t-on indiqué au Syndicat de l’enseignement du Lanaudière. «Est-ce qu’il y a une réelle volonté que les sommes soient utilisées ou on veut simplement faire de belles annonces?», lance son président, François Brault.

La présidente de la FSE, Josée Scalabrini, dénonce aussi ce «show de boucane». «Les sommes sont tellement "tagées", jamais on avait vécu ça avant», dit-elle.

Le flou entourant les modalités de ce réinvestissement est par ailleurs «inacceptable», ajoute Mme Scalabrini, qui n’a toujours pas en main de documents permettant d’en savoir plus à ce sujet.

Assouplissements réclamés

La Fédération des commissions scolaires réclame elle aussi davantage de flexibilité. «Nous sommes effectivement en discussion avec le ministère afin d’obtenir certains assouplissements aux modalités afin de pouvoir répondre aux besoins spécifiques des milieux», a indiqué son attachée de presse, Caroline Lemieux.

À la Fédération québécoise des directions d’établissement, on estime aussi qu’il faut «donner davantage de latitude aux écoles».

Interrogé à ce sujet lundi, le ministère de l’Éducation n’avait toujours pas répondu à nos questions en fin de journée mercredi.

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