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La police craignait des blessés

La stratégie de ne procéder à aucune arrestation pendant la casse tient la route, croient des experts

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Photo AGENCE qmi, TOMA ICZKOVITS Les casseurs ont tout incendié sur leur passage mercredi, allumant notamment des déchets au sol, ainsi que des poubelles.

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Des voix se sont élevées jeudi pour défendre la stratégie des policiers à Montréal-Nord, qui n’ont arrêté aucun casseur pendant le grabuge mercredi soir.

«C’est une bonne stratégie et je l’ai souvent recommandée dans le passé», dit Martin Courcy, consultant en négociation de conflit.

La situation a dégénéré mercredi dans les rues de Montréal-Nord après une manifestation pacifique contre la brutalité policière. Un citoyen a été blessé, des commerces et des voitures ont été vandalisés.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a toutefois procédé à aucune arrestation pendant les événements. Il compte plutôt sur les images des caméras de surveillance pour identifier les suspects. Si cinq personnes avaient été interpellées jeudi, aucune n’avait toutefois été arrêtée au moment de mettre sous presse.

Provocation

Le choix des policiers de laisser les casseurs saccager le secteur en a surpris plusieurs. «Je me serais attendue à ce que [les policiers] soient plus proactifs», avoue Maria Mourani. Mais cette spécialiste des gangs de rues comprend la volonté de la police de ne pas jeter d’huile sur le feu.

«[Les casseurs] cherchaient à provoquer et on ne voulait pas embarquer là-dedans, explique le commandant Ian Lafrenière. Stratégiquement, les vitrines [du poste de police], on les a laissées aller. C’était un choix difficile, mais on craignait qu’en allant vers une confrontation avec eux, on ait des blessés», ajoute-t-il.

«La bagarre, c’est ça que les manifestants cherchent afin de démontrer qu’il y a bel et bien de la brutalité policière. Ils veulent se battre avec la police [...] Mais si on ne réagit pas, ça finit par s’éteindre», explique Martin Courcy, un ancien psychologue qui avait été mandaté par le SPVM pour sonder les jeunes de Montréal-Nord après la mort de Fredy Villanueva.

Le pire évité

«S’ils étaient intervenus, on se serait peut-être retrouvés avec plus de blessés, des décès, trois fois plus de bris, abonde le député et ancien policier Robert Poëti, rappelant que la stratégie qui vise à minimiser les dommages ne garantit pas l’absence de dégât.

Plusieurs rappellent d’ailleurs le contexte sensible de Montréal-Nord, où les relations entre la communauté sont actuellement tendues après la mort de Jean-Pierre Bony, gravement blessé lors d’une opération policière le 31 mars.

«Selon moi, la police a fait preuve d’un peu de sagesse [mercredi]», résume Jean-Ernest Pierre de la radio haïtienne de Montréal CPAM.

– Avec la collaboration de Frédérique Giguère