/news/education
Navigation

Prévenir le décrochage scolaire grâce à l’écriture dès la maternelle

Marie-France Morin est professeure à l’Université de Sherbrooke.
Photo Le journal de Québec, Daphnée Dion-Viens Marie-France Morin est professeure à l’Université de Sherbrooke.

Coup d'oeil sur cet article

Faire écrire les enfants dès la maternelle permet aux élèves de mieux réussir sur les bancs d’école, selon une récente étude québécoise, ce qui pourrait aider à prévenir le décrochage scolaire.

Marie-France Morin est professeure à l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture chez le jeune enfant.

Une étude réalisée auprès de 250 enfants de maternelle qui ont été suivis jusqu’à la fin de la première année lui permet d’affirmer que les exercices d’écriture dès le préscolaire permettent d’améliorer les résultats des élèves en première année et de réduire de moitié le nombre d’élèves à risque.

Parmi les élèves qui avaient manié le crayon dès la maternelle, seulement 7 % étaient à risque d’échec en lecture à la fin de la première année, comparé à 18 % dans un groupe comparable. D’autres recherches ont déjà démontré qu’un élève qui réussit bien en lecture au primaire sera moins à risque de décrocher, une fois rendu au secondaire.

Écrire le plus tôt possible

«Il faut introduire le plus tôt possible, dès la maternelle, des situations d’écriture variées auprès des élèves», affirme Mme Morin, qui est présidente du congrès de l’Institut des troubles d’apprentissage qui se déroule présentement à Montréal.

Il ne s’agit toutefois pas de leur «apprendre» à écrire, comme ils le feront systématiquement en première année, mais plutôt de les «faire écrire». Peu importe si le mot est mal orthographié, l’important est que les petits «s’entraînent» à jouer avec les lettres, explique Mme Morin.

Avoir droit à l’erreur

Mme Morin insiste par ailleurs sur l’importance d’adopter une autre attitude par rapport aux erreurs des enfants lorsqu’ils commencent à écrire.

«Quand un enfant apprend à parler, à marcher ou à patiner, il fait des erreurs, mais on l’encourage, on l’applaudit. Pour l’écriture, on dirait qu’on est moins tolérant. On corrige tout de suite. Mais il faut relever les bons points, il faut que l’enfant se pratique, malgré les erreurs. Parce qu’apprendre à écrire, c’est complexe».

Un enfant qui écrit «jiraf» au lieu de «girafe» aura utilisé correctement plusieurs lettres selon le son qu’elles produisent, malgré les fautes d’orthographe, fait-elle remarquer.

À ceux qui craignent qu’avec une telle approche, on scolarise trop rapidement les enfants plutôt que de les laisser jouer, Marie-France Morin rétorque que les deux sont réconciliables. «C’est un ancien débat. Les enfants peuvent vraiment apprendre en maternelle tout en jouant.»

Revoir les exigences

Mme Morin considère par ailleurs que le ministère de l’Éducation devrait rendre les pratiques d’écriture plus généralisées dans toutes les classes du Québec. Le programme de maternelle ne prévoit pour l’instant que la «reconnaissance de quelques lettres» par les enfants de cinq ans.

Dans le réseau de l’éducation, plusieurs acteurs réclament depuis plus d’un an que l’apprentissage des lettres soit intégré au programme de formation, pour aider les élèves à partir du bon pied en français.

L’an dernier, le comité qui se penche sur le programme de maternelle quatre ans à temps plein en milieu défavorisé avait décidé que ce serait à l’ancien ministre de l’Éducation, François Blais, de trancher. Rien n’a bougé depuis.