/opinion/columnists
Navigation

Un registre, pas de registre?

Un registre, pas de registre?
Photo d’ARCHIVES

Coup d'oeil sur cet article

Depuis le débat de dimanche à Tout le monde en parle, on s’est remis à parler d’un registre québécois des armes à feu. Faut-il en établir un, oui ou non?

Pour plusieurs, la question est déjà tranchée: c’est absolument indispensable. Mieux on contrôlera les armes à feu et plus les hommes et les femmes seront en sécurité.

La société québécoise est bien moins unanime qu’on ne le croit à propos d’un registre québécois des armes à feu

Celui qui veut avoir en sa possession une arme devrait accepter de se soumettre à un contrôle strict.

Spontanément, on acquiesce. Les armes nous traumatisent avec raison. On aime les savoir dans les mains des policiers, mais pas ailleurs.

Traumatisme

Il suffit toutefois qu’on sorte de l’île de Montréal pour constater que la société québécoise est bien moins unanime qu’on ne le croit autour de ce sujet. Ou du moins, l’unanimité qu’on célèbre est factice et maintenue de manière artificielle par les médias.

En région, le sujet suscite une immense méfiance.

On commence à connaître les arguments de ceux qui s’y opposent. Pour certains, comme le registre d’Ottawa, celui de Québec sera un gouffre financier.

Ce n’est pas un argument mineur. Il y a des limites à gaspiller les millions et les milliards que le gouvernement perçoit en impôts.

D’autres ajoutent, et ce n’est pas faux, que les armes sont déjà incroyablement contrôlées. Un registre québécois représenterait une sécurité psychologique de plus, mais rien d’autre.

À tout le moins, les arguments sont partagés. On devrait s’attendre à un débat éclairé, autour de positions raisonnables, pragmatiques. Mais c’est vivre dans un monde idéal.

La mauvaise foi pollue le débat. Les partisans du registre accusent presque ses adversaires de complicité pour les futurs meurtres commis au fusil de chasse ou à la carabine. Les adversaires du registre caricaturent plutôt leurs adversaires en ennemis des libertés individuelles.

Une chose pollue le débat, toutefois: l’incroyable mépris déversé sur les adversaires du régime.

Mépris

Soyons honnêtes: on les présente comme des culs-terreux, des ratés qui compensent une vie misérable en flattant leur pistolet, des attardés mentaux régionaux excités par la vue d’un canon et d’une culasse.

On refuse d’entendre les arguments: on se contente de les peindre comme des barbares qui viennent salir la démocratie avec leurs obsessions armées.

Cette condescendance est exaspérante. Les plus blasés nous diront qu’elle est habituelle.

Dès qu’on parle des régions dans nos débats publics, c’est avec un sentiment de supériorité morale qui pue le snobisme bon chic bon genre.

C’est un peu comme s’il y avait deux catégories de citoyens au Québec: les éclairés, qui habitent trois ou quatre quartiers de Montréal, et les péquenauds, qu’on rencontre dès qu’on sort des ponts et qu’on s’enfonce dans le pays profond.

Il est possible qu’un registre soit nécessaire. Il est possible aussi qu’il s’agisse d’un caprice politique alimenté par le souvenir d’horribles carnages.

Dans les deux cas, on devrait pouvoir en parler franchement, sans s’imaginer que le bien s’oppose au mal. C’est mal parti.

 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.