/news/politics
Navigation

Le beau-fils du maire payé deux fois plus cher

Paul Leduc
Photo d'archives De tous les conseillers municipaux de Brossard, le beau-fils du maire Paul Leduc est de loin celui qui a le plus gros salaire.

Coup d'oeil sur cet article

Le beau-fils du maire de Brossard touche un salaire deux fois plus élevé que tous les autres conseillers de la Ville. Une situation qui a toutes les apparences d’un conflit d’intérêts, selon l’opposition et des experts.

Alexandre Plante, qui est le fils de la conjointe du maire Paul Leduc, a reçu 99 026 $ en rémunération et allocation de dépenses en 2015, tandis que ses huit collègues ont touché entre 39 194 $ et 56 535 $ durant la même période.

De tous les élus, c’est M. Plante qui siège au plus grand nombre de comités à la Ville de Brossard, ce qui lui permet de tripler son salaire de base de 26 129 $. À lui seul, le comité du Réseau de transport de Longueuil lui a rapporté 31 200 $.

L’homme de 31 ans effectue présentement un retour aux études en droit à l’UQAM. Parmi les autres conseillers, on retrouve notamment un spécialiste des technologies de l’information qui a œuvré à Wall Street, à New York, un ex-chef de la Société canadienne des postes et une ex-conseillère senior chez Bombardier aéronautique.

Pour le conseiller de l’opposition Antoine Assaf, il s’agit là d’un cas de «favoritisme évident».

 

«C’est clair que M. Plante est favorisé parce qu’il est le fils de la conjointe du maire, Louise Plante. Il a 31 ans, il fait trois fois mon salaire et n’a pas mes compétences», affirme l’ingénieur à la retraite.

Ce dernier se demande ce qui justifie que son jeune collègue siège au sein de cinq comités en plus d’avoir été maire remplaçant, alors que la majorité des autres conseillers ne participent qu’à deux comités.

«Doutes raisonnables»

Professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, Michel Séguin voit là une «apparence de conflit d’intérêts».

«Des doutes raisonnables peuvent être soulevés. Il y a un lien familial direct. M. Plante est peut-être un excellent choix pour ces postes. Mais le maire doit s’assurer de maintenir sa crédibilité et il doit démontrer qu’il a pris la meilleure décision possible», dit-il.

«C’est quand même bizarre que cette personne soit si multitâche. Ça envoie un peu le message que le reste de ses collègues sont des incompétents», souligne la professeure en politique de l’UQAM, Carolle Simard.

Alexandre Plante affirme que ses collègues de Priorité Brossard l’ont choisi unanimement pour ces postes en caucus.

Il a toutefois refusé d’indiquer si c’est le maire Leduc qui avait initialement recommandé sa nomination.

«En privé»

Tous les autres conseillers ont décliné notre demande d’entrevue.

«C’est le conseil [de ville] qui décide. Je n’ai pas à vous donner la nature des discussions au caucus. C’est fait en privé», a dit M. Plante.

Ce dernier refuse d’y voir un «conflit d’intérêts», affirmant que tous connaissent son lien familial avec M. Leduc.

Joint en vacances, le maire Leduc a affirmé que M. Plante était le meilleur choix pour siéger aux comités de la Communauté métropolitaine de Montréal et du RTL parce que les deux dossiers sont «liés» et que ce dernier est un «passionné du transport collectif».

«Il suit des cours d’urbanisme à l’Université de Montréal, dont un en transport en commun [...] L’intérêt est là et la formation aussi», dit-il.

 

Le maire enfreint sa politique

Le maire de Brossard pourrait avoir enfreint la politique d’achat de la Ville en achetant pour 14 000 $ de meubles, livrés par bateau d’Italie, alors que sa femme était impliquée dans la transaction.

Selon la Politique de gestion contractuelle de la Ville, aucun employé ne peut «rechercher de faveurs personnelles». Or, la femme du maire Leduc, Louise Plante, a tenté de devenir la représentante d’une compagnie de meubles, en 2011, au moment où elle négociait avec cette dernière pour meubler le bureau de son mari à même les fonds publics.

Entorse au règlement

Pour la professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM, Danielle Pilette, le maire Leduc a enfreint les règlements en 2011.

«Il a enfreint la politique par rapport à sa femme. Mais il était aussi en conflit d’intérêts en choisissant des meubles pour lui, pour son intérêt, alors que ce bureau est la propriété de la Ville avant tout», dit-elle.

«Il est évident que sa femme s’est mise dans une position problématique. C’est comme si elle avait marchandé des meubles en échange de l’obtention d’un poste. C’est évident qu’elle n’a pas fait ça pour les beaux yeux de la compagnie», lance Carolle Simard, professeure en sciences politiques à l’UQAM.

Livrés par bateau

La politique stipule également que la Ville de Brossard doit favoriser les fournisseurs qui sont sur son territoire. Or, les meubles choisis par le maire de Brossard en 2011 ont été livrés directement d’Italie.

Au-delà du coût de 12 000 $ pour l’achat des meubles, les contribuables ont aussi dû débourser un peu plus de 2000 $ pour leur transport d’Italie jusqu’à Brossard, en incluant les frais de dédouanage.