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Bobby Smith: son message avait porté fruit

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Deuxième meilleur marqueur du Canadien en 1985-1986 avec une récolte de 86 points, Bobby Smith a frappé dans le mille lorsqu’il a livré un message à ses coéquipiers, deux jours avant le début des séries.

« Les gars, je me suis rendu en finale de la coupe Stanley avec les North Stars en 1981 et je n’ai pu savourer la victoire. On ne sait jamais si l’occasion se présentera de nouveau.

«Alors, abordons ces séries comme si c’était notre dernière chance de remporter la coupe. Il faut se battre avec l’énergie du désespoir. Cet état d’esprit faisait défaut au Minnesota et on l’a regretté.»

Sa pire nuit de l’année

Trente ans plus tard, Smith se souvient pratiquement de chaque match de ces palpitantes séries de 1986.

«J’ai toujours dit que ma pire nuit était celle précédant le début des séries. J’étais terriblement nerveux et je ressentais de la pression au point que je ne parvenais pas à fermer l’œil. Je savais qu’on misait beaucoup sur moi et je ne voulais décevoir personne.»

Smith a pourtant toujours excellé dans les séries, comme le témoigne sa fiche de 64 buts et 96 passes pour un total de 160 points en 184 matchs éliminatoires en carrière.

Un but mémorable

Smith a réussi 13 buts victorieux, dont trois lors des séries de 1986. Il peut se targuer d’avoir compté le but qui a fait la différence lors du cinquième et dernier match de la finale à Calgary, dans une victoire de 4 à 3.

«Mats Naslund avait subtilisé la rondelle au défenseur dans le coin de la patinoire, comme il le faisait si souvent, et il me l’avait remise, a-t-il relaté. J’avais battu Mike Vernon du côté du gant avec un tir des poignets.

«Même si j’ai récolté sept buts au cours de ces séries 1986, je me souviens que je n’en avais compté aucun au cours de la série de sept matchs contre les Whalers. La pression se faisait forte sur mes épaules. Tout a heureusement débloqué au cours des deux rondes suivantes.»

Deux catégories de joueurs

Smith a pris part à la grande finale en quatre occasions et la conquête de la coupe en 1986 fut la seule pour lui.

«J’aurais bien aimé la gagner de nouveau en 1989, mais les Flames avaient eu le dessus sur le Canadien à leur seconde tentative», a-t-il rappelé.

«J’ai toujours dit qu’il y a deux catégories de joueurs: ceux qui ont eu le bonheur de remporter la coupe Stanley et ceux qui auraient bien aimé la gagner. Disons que je suis très heureux de faire partie du premier groupe...»

De la pression, Smith en a ressenti une tonne après avoir été sélectionné au tout premier rang au repêchage en 1978.

«Je prenais les séries éliminatoires très au sérieux. Je me souviens de l’année où les Bruins avaient éliminé le Canadien pour la première fois depuis plusieurs années. J’avais passé un très mauvais été.

«Les séries, c’est le vrai hockey. On affronte la même équipe à plusieurs reprises et nos rivaux sont très bien préparés pour contrer nos efforts.

«On doit vraiment se surpasser pour remporter le précieux trophée.»

Bobby Smith: fier proprio des Mooseheads

Après avoir pris sa retraite en 1993, Bobby Smith est retourné aux études et il a obtenu une maîtrise en finances à l’âge de 35 ans.

Il dit avoir beaucoup appris sur l’aspect «business» du hockey durant ses années passées à Montréal, notamment sur la façon de gérer le  personnel.

«Je n’ai jamais oublié que Ronald Corey et Serge Savard étaient venus m’accueillir à l’aéroport après la transaction, a raconté Smith. J’ai vu ce que c’était, d’avoir de la classe et du respect. Le Canadien est une grande organisation.»

Premier directeur général des Coyotes

Smith a été le tout premier directeur général des Coyotes de Phoenix, soit de 1996 à 2000. Même si l’équipe a pris part aux séries durant ces quatre années, il a perdu son job à l’arrivée de Wayne Gretzky, ne faisant pas partie du «country club».

Smith s’est ensuite lancé dans l’aventure du hockey junior en se portant acquéreur de la concession des Mooseheads de Halifax. Il est l’actionnaire majoritaire du club depuis 2003 et il en est fier.

Sa meilleure décision

«Ce fut ma meilleure décision, a confié Smith, qu’on a rencontré lors d’une courte visite à Montréal. Je trouvais le hockey junior canadien fort intéressant.

Bobby Smith est le fier propriétaire majoritaire de la concession des Mooseheads de Halifax, dans la LHJMQ. Il pose ici en compagnie du capitaine Taylor Ford avant un match à Victoriaville.
Photo courtoisie, Mooseheads de Halifax
Bobby Smith est le fier propriétaire majoritaire de la concession des Mooseheads de Halifax, dans la LHJMQ. Il pose ici en compagnie du capitaine Taylor Ford avant un match à Victoriaville.

«J’avais entendu dire que la Brasserie Moosehead était intéressée à vendre son équipe. J’ai alors sauté sur le téléphone pour leur faire savoir que j’allais acquérir 64% des parts de l’équipe. Aujourd’hui, je suis propriétaire majoritaire à 79,5%.»

Les Mooseheads représentent l’une des bonnes concessions dans la LHJMQ.

«J’aime  suivre la progression des  jeunes joueurs, voir comment on peut les aider à devenir des hommes», a dit Smith.

«On a eu la chance de miser sur de très bons joueurs au fil des ans, notamment Nathan MacKinnon, Jonathan Drouin, Jakub Voracek et Zachary Fucale.

«Ça fait 13 ans que je me suis lancé dans cette aventure et je me plais toujours autant.»

Le Canadien de la LHJMQ

Smith s’est inspiré de ce qu’il a vécu à Montréal dans sa manière de gérer les affaires de son équipe junior.

«On cherche à être le Canadien de la LHJMQ», a-t-il confié.

«On a un bon directeur général en Cam Russell et un bon entraîneur-chef en Dominique Ducharme. La présente saison est cependant difficile.»

Smith n’en revient pas de constater le grand nombre de membres de l’édition 1985-86 du Canadien qui ont occupé des postes d’entraîneurs ou de directeurs d’équipe dans la LNH.

«On peut dire que le niveau de hockey IQ était fort élevé au sein de l’équipe de 1986», a lancé en souriant celui qui estime qu’un homme comme Jacques Lemaire a exercé une forte influence sur les joueurs dans les années 1980, tout comme Serge Savard.»

Smith ne déprécie cependant pas le travail effectué par Jean Perron.

«Les décisions prises par Jean étaient parfois contestées dans le vestiaire mais il a su mener le Canadien vers la conquête de la coupe Stanley et ça fait partie de son curriculum vitae».

► Les trois enfants de Bobby Smith, Ryan, Megan et Daniel, sont nés à Montréal. La famille vit maintenant à Phoenix.

Il avait pris Lemieux sous son aile

Claude Lemieux avait la réputation d’être détestable sur la patinoire et il lui arrivait à l’occasion de tomber sur les nerfs de ses propres coéquipiers. Bobby Smith s’était cependant lié d’amitié avec lui, le prenant sous son aile.

<b>Claude Lemieux</b>
Photo d'archives
Claude Lemieux

«Nous sommes devenus co-chambreurs lorsque Claude a été rappelé de l’équipe-école de Sherbrooke en fin de saison, a rappelé Smith. Malgré notre différence d’âge de huit ans, on s’entendait très bien.

«Claude avait un caractère fort et ça lui a très bien servi tout au long de sa carrière. Il ne craignait pas la pression et il a connu beaucoup de succès dans les séries. Il suffit de penser qu’à sa première participation aux éliminatoires dans la LNH, il a compté 10 buts. Peu de joueurs peuvent en dire autant.»

Bien entendu, Smith a fort apprécié de faire équipe avec Patrick Roy.

«Patrick n’avait que 20 ans lorsqu’il a mené le Canadien vers la conquête de la coupe en 1986, mais son niveau de compétitivité était si grand que son inexpérience n’était pas un facteur», a-t-il commenté.

«Je n’oublierai jamais la performance du tonnerre qu’il avait offerte lors du troisième match de la série contre les Rangers à New York. Patrick avait littéralement volé la victoire à nos rivaux et les Rangers ne s’en étaient jamais remis. Il avait été bombardé de 47 tirs. À mes yeux, il fut le meilleur gardien de l’histoire de la LNH.»