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Deux ans difficiles pour Philippe Couillard selon des experts

Le début du mandat des libéraux à Québec a surtout été marqué par les controverses, selon des experts

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photo d'archives

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Le Parti libéral du Québec, qui fête son 2e anniversaire au pouvoir, a connu un début de mandat difficile, parsemé davantage de controverses que de bons coups selon des politicologues.

«Il est difficile pour la population de prendre connaissance des réalisations positives du gouvernement Couillard, surtout à cause des différents scandales et problèmes associés au Parti libéral du Québec», lance Jean-François Godbout, directeur de l'Observatoire des fédérations de l’Université de Montréal.

Comme les autres observateurs de la scène politique interrogés par Le Journal, ce dernier a affirmé que les premières années de règne du gouvernement Couillard ont été marquées par plus de mauvais que de bons coups.

«L’image actuelle du PLQ est nettement différente de celle que l’on avait lors de la campagne électorale de 2014. Le gouvernement qui disait vouloir mettre fin à l’ère Charest et être plus éthique s’est révélé être beaucoup plus à droite que prévu. Peu de gens avaient vu venir l’austérité», souligne Emmanuel Choquette, chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Les bons coups

Le retour à l’équilibre budgétaire

Après six années de déficit, le gouvernement a annoncé le retour à l’équilibre budgétaire lors du dernier budget, réussissant même à dégager des surplus. «Les libéraux ont respecté leur engagement électoral sur cette question, même si l’équilibre budgétaire s’est faite au détriment de certains programmes sociaux», souligne M. Lamoureux.

Une politique énergitique

La nouvelle politique énergitique dévoilée par Québec plus tôt cette semaine, qui vise la réduction de 40% de la consommation de pétrole d’ici 2030, a été bien accueillie par les groupes environnementaux. «Ça va donner des minutions au gouvernement dont les politiques en la matière n’étaient pas très claires jusqu’à maintenant», affirme M. Choquette. Ce dernier cite à titre d’exemple l’opposition des libéraux au projet d'exploitation des hydrocarbures sur l'île d'Anticosti et leur hésitation sur le projet d’oléoduc d’Énergie Est.

Lutte à la radicalisation

Les attentats survenus à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa à l'automne 2014 ont poussé Québec à déposer un projet de loi touffu sur la prévention de la radicalisation. Le professeur Godbout souligne aussi l’apport des fonds qui ont été investis au cégep Maisonneuve. «C'est l'exemple d'une bonne politique publique.»

Les négociations avec le secteur public

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Offrant d’abord 3% d’augmentation salariale et un gel durant deux ans, le gouvernement a finalement conclu une entente de principe avec le front commun syndical des employés de l’État. Pilotée par l’ex-président du Conseil du trésor Martin Coiteux, elle comprend des augmentations de près de 10% sur 5 ans. «On peut dire mission accomplie. Ça s’est réglé en dépit de plusieurs éléments conflictuels. Le gouvernement a finalement fait des concessions et octroyé des sommes plus importantes que l’on croyait possible au départ», dit M. Choquette.

En soutien à Raïf Badawi

En juin dernier, le gouvernement a délivré un Certificat de sélection du Québec pour motifs humanitaires à Raïf Badawi , ce blogueur saoudien emprisonné en Arabie Saoudite. «C’est l’un des rares moments où on a senti que le gouvernement était allé chercher un assentiment large dans la population. C’est une prise de position positive», souligne M. Lamoureux.

Les mauvais coups

250 000 emplois: cible non atteinte

Le gouvernement libéral avait promis de créer 250 000 emplois au Québec en 5 ans. Ça ne semble pas en voie de se réaliser. «C’est sûr qu’il n’y avait pas grand-monde qui aurait pu prévoir la chute importante du prix du pétrole. Et, économiquement, le Québec fait quand même bonne figure face à d’autres provinces. Mais on est très très loin de l’objectif prévu», lance M. Choquette. De mai 2014 à février 2016, 70 600 emplois ont été créés.

Corruption et scandales

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L’arrestation de l’ex-vice première ministre Nathalie Normandeau, la démission de Sam Hamad de ses fonctions de ministre, le rapport de la Commission Charbonneau: le premier ministre Couillard a échoué à se démarquer du passé controversé des libéraux, selon André Lamoureux. «En entrant en poste, le gouvernement avait dit haut et fort que le parti entrait dans une nouvelle ère. Or, il n’a pas réussi à démontrer que la culture du Parti libéral avait changé.»

Crise autochtone

Les allégations d'agressions sexuelles lancées par des femmes autochtones de Val-d'Or contre des policiers de la Sûreté du Québec ont jeté une douche froide sur le gouvernement, souligne Emmanuel Choquette. «On a pris du temps avant de réagir. Ça a été drôlement géré. Ça donnait l’image d’un gouvernement qui n’était pas en contrôle. Le premier ministre a manqué l’occasion de réagir rapidement et fermement sur cette question.»

Le Québec inc. qui quitte la province

Plusieurs fleurons du Québec inc., comme le Cirque du Soleil, Rona et Saint-Hubert, sont passés aux mains d’intérêts étrangers sous les libéraux. «Il n’y a pas de plan solide pour préserver les entreprises qui sont de propriété québécoise. Le Québec inc. est comme un château de carte en train de se démantibuler», affirme André Lamoureux.

La débâcle à l’éducation

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Yves Bolduc, François Blais, Sébastien Proulx et Hélène David (en remplacement de Pierre Moreau en congé de maladie); les ministres se sont succédés sous l’ère Couillard au poste de ministre de l’Éducation. Les nombreuses compressions budgétaires ont également fait grogner le milieu scolaire. «Avec les changements de ministre et les hésitations sur le rôle des commissions scolaires, c’est presque deux ans de perdu pour le monde de l’éducation», résume M. Choquette.

Réforme de la santé

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La réforme de la santé du ministre Barrette a créé beaucoup de remous, rappelle M. Godbout. «On a centralisé totalement le processus décisionnel. On prend des décisions sans consulter le milieu. Est-ce qu’on attend moins aux urgences? Un peu. Mais est-ce qu’on a plus de médecins et est-ce qu’on traite plus de patients? La réponse est non. Pour moi, c’est un échec à court terme. Il faudra voir pour la suite», affirme Jean-François Godbout.

La crise des centres jeunesse

Les cas répétés de fugues au Centre jeunesse de Laval cet hiver ont débouché sur une crise qui a été mal gérée par la ministre Lucie Charlebois, selon le politicologue André Lamoureux. «La ministre a affirmé que le centre jeunesse avait été infiltré, avant de se raviser. On ne barre plus les portes et on décide de les barrer à nouveau. Il n’y a pas de direction claire dans ce dossier.»

La patate chaude d’UberX

Depuis le départ de Robert Poëti des Transports, le dossier d’UberX traîne en longueur, selon André Lamoureux. «On a l’impression qu’il y a une divergence d’opinion au sein-même du Parti libéral sur cet enjeu. M. Poëti voulait se porter à la défense des taxis et il a été écarté. M. Couillard semble plus ouvert, mais tout est compliqué et long dans ce dossier.»

Le financement de bombardier

La décision de Québec d’investir 1,3 G$ pour assurer la survie de la CSeries a été assombrie par l’annonce de la supression de 7000 emplois par Bombardier en février dernier. «Pourquoi Québec a-t-il investi autant d’argent? Pour sauver combien d’emplois? Et combien ont été perdu ensuite? Il y a beaucoup de questions sans réponse», lance Jean-François Godbout.

Les experts

 

Emmanuel Choquette

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♦ Chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Domaine d’expertise: la communication politique

 

Jean-François Godbout

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♦ Professeur au département de sciences politiques de l’UdM

♦ Codirecteur de la Revue canadienne de science politique

Domaine d’expertise: les élections et les institutions politiques au Canada

 

André Lamoureux

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♦ Chargé de cours au département de science politique de l'UQAM

Domaine d’expertise: les partis politiques et les idéologies au Québec et au Canada