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Mulcair perd son pari: une majorité de délégués du NPD désavouent Thomas Mulcair

52 % des militants du NPD ont voté en faveur d’une course à la direction

NDP leader Tom Mulcair speaks to a reporter after the Liberal government delivered the budget on Parliament Hill in Ottawa
Photos capture d’écran TVA Nouvelles Après avoir pris connaissance du vote, Thomas Mulcair est passé par toute la gamme des émotions. Il a indiqué qu’il resterait à la tête du parti jusqu’à l’élection d’un nouveau chef et a appelé à l’unité.

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Le choc est brutal, le désaveu l’est encore plus pour le chef néo-démocrate Thomas Mulcair qui s’est fait montrer la porte de son propre parti hier lors d’un vote de confiance.

Après quatre ans à la barre du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair n’a pas obtenu la note de passage. Ses délégués ont préféré voter à 52 % en faveur d’une course à la direction poussant leur chef à la sortie. On pouvait d’ailleurs entendre une mouche voler au centre des congrès d’Edmonton lorsque le résultat s’est affiché hier après-midi.

L’homme politique semblait d’ailleurs déconfit devant le résultat, si bien que «son discours n’était pas préparé pour une telle défaite crève-cœur. Le choc était inqualifiable et ça paraissait», lance André Lamoureux, politologue à l’UQAM.

Thomas Mulcair est d’ailleurs loin des 70 % d’appuis que les instances du parti avaient fixés comme le minimum acceptable pour lui permettre de consolider son poste. Le chef a tout de même pris la parole devant quelque 1800 délégués réunis dans la salle, dont plusieurs étaient bouche bée.

«Avec un vote de cet ordre-là, c’est clair, mais c’est aussi clair que nous sommes profondément divisés sur ce sujet. La personne qui va me remplacer doit avoir le soutien infaillible de 100 % des membres du NPD», a-t-il déclaré.

NOUVEAU CHEF

Malgré cette défaite humiliante, M. Mulcair a indiqué qu’il resterait à la tête du parti jusqu’à l’élection d’un nouveau chef et a appelé à l’unité.

«Il ne faut pas que ce résultat nous divise, choisissons la meilleure personne pour nous diriger», a-t-il demandé, suscitant là des applaudissements nourris des membres présents.

Toutefois, pour André Lamoureux, spécialiste en politique canadienne et québécoise, M. Mulcair vit dans le déni en acceptant de rester chef du parti. Surtout que le NPD aura deux ans pour se trouver un nouveau dirigeant.

«C’est un deuil qu’il doit vivre. Tu ne t’en rends pas compte quand tu es engagé dans une cause, mais les choses [sa décision] pourraient bien changer dans les prochains jours, explique-t-il. Je ne sais pas comment il va faire sans la même autorité et la même motivation en chambre. Il a reçu un coup de semonce brutal.»

LES ÉLECTIONS

Et le discours de M. Mulcair qui a précédé le vote n’a clairement pas convaincu les délégués de lui donner une chance de rester en poste après la cuisante défaite électorale d’octobre dernier.

«Il était pourtant populaire et en tête avant les élections, souligne Robert Bernier, politologue à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Mais ça s’est détérioré et il y a eu la question du niqab. Il a été vu comme un homme prudent et réservé. On voyait qu’il ne contrôlait pas le message. Il est devenu conservateur et s’est fait doubler par les libéraux. Le parti était le mort-vivant des élections.»

Le parcours politique de Thomas Mulcair

 
Politique provinciale
  •  Élu député libéral provincial de Chomedey en 1994
  •  Réélu en 1998 et 2003
  •  Ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du 29 avril 2003 au 27 février 2006
  •  Ne s’est pas présenté en 2007
Politique fédérale 
  • Élu au fédéral sous la bannière néo-démocrate lors d’une élection partielle le 17 octobre 2007 à Outremont;
  • Réélu trois fois lors des élections générales de 2008, 2011 et 2015;
  • Élu chef du Nouveau Parti démocratique le 23 mars 2012

Un résultat qui surprend

«Oui j’ai été franchement surprise. Je m’attendais à un certain vote de contestation, mais je ne pensais pas qu’on allait avoir un résultat aussi explicite.»
 
— Élaine Michaud, ex-député de Portneuf-Jacques-Cartier
 
«Il a été un très bon chef de l’opposition [...], mais le sentiment des quelque 1800 délégués est que nous devons nous renouveler, nous devons trouver une façon différente de communiquer avec nos voisins, les Canadiens [...]»
 
— Olivia Chow, ex-députée du NPD et veuve de Jack Layton
 
«Les dernières élections ont été difficiles pour tout le monde. [...] [Il] avait de la difficulté à rejoindre les gens.»
 
— Nycole Turmel, ex-députée du NPD et ex-chef intérimaire
 
«Je ne pensais pas que ça aurait été aussi bas. C’est une grosse perte, non seulement pour le parti, mais aussi pour le Parlement. C’était un des meilleurs parlementaires que nous avions»
 
— Roméo Saganash, député du NPD
 
«Les élections ont peut-être joué un rôle, mais le constat reste qu’il y a certaines choses à changer au parti»
 
— Matthew Dubé, leader parlementaire adjoint du NPD et député de Beloeil-Chambly