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D’ex-employés de la Commission craignent pour le rapport

Selon eux, les recommandations pourraient être tablettées par le gouvernement

Commission Charbonneau
Photo d'archives Six anciens employés de la Commission Charbonneau craignent que les conclusions de leur rapport soient ignorées par Québec.

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Six anciens employés de la Commission Charbonneau sortent de l’ombre. Ils sont frustrés de voir leurs recommandations «tomber dans l’oubli» et craignent que le rapport soit tabletté par le gouvernement Couillard.

«Le gouvernement a fait une sortie récemment pour dire qu’il y a 10 à 15 recommandations appliquées ou en voie de l’être. Je pense que si on n’est pas capable de donner un chiffre exact, ce n’est pas très bon signe. [...] On veut éviter à tout prix que le rapport soit mis sur une tablette et que les indices commencent à apparaître», indique en entrevue au Journal Pierre-Olivier Brodeur, ancien membre de l’équipe de recherche de la commission.

C’est ce même groupe d’employés qui a contribué à la rédaction du document final dévoilé en novembre dernier.

Craignant donc que le rapport disparaisse rapidement du radar public, lui et cinq de ses collègues ont pris une initiative inusitée: ils annonceront aujourd’hui la création d’un comité de surveillance indépendant chapeauté par la Ligue d’action civique.

Ce comité aura pour mandat de surveiller de près les actions du gouvernement provincial et de veiller à ce qu’il applique chacune des 60 recommandations de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC).

Changements pour de bon

Ce sont les ex-employés eux-mêmes qui ont approché la Ligue d’action civique avant même la publication du rapport pour s’assurer que celui-ci ne tombe pas dans l’oubli.

«On veut continuer cet élan pour l’intégrité qui a commencé en 2009 et qui s’est poursuivi avec la commission Charbonneau, mais qui tombe maintenant à plat. [...] La réaction du public s’est beaucoup concentrée sur la fameuse dissidence entre les commissaires. Cela fait que les recommandations sont tombées dans l’oubli», continue M. Brodeur.

Grâce à ce comité, les organisateurs espèrent mettre un terme une fois pour toutes «au cercle vicieux» des scandales répétés de corruption et de fraude dans les institutions publiques.

Parmi les idées proposées par la CEIC, on trouve notamment la formation d’une Autorité des marchés publics, l’adoption d’une loi permettant aux citoyens de poursuivre les fraudeurs au nom de l’État et aussi la possibilité d’imposer une limite sur la longueur des mandats des maires.

Arrestation de Normandeau

Le président de la Ligue, Frédéric Lapointe, craint lui aussi que les conclusions de la juge Charbonneau soient mises aux oubliettes, mais il croit que l’arrestation récente de l’ex-ministre Nathalie Normandeau redonne un second souffle au débat.

«À l’instar de tout observateur, les ex-employés de la Commission et nous étions déçus de la réception du rapport et du débat qui a fait dériver la discussion. Au cours des mois de janvier à mars, on parlait très peu du rapport, mais la discussion a été sauvée par l’arrestation de Mme Normandeau», explique M. Lapointe.