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Super infirmières: Le ministère de la Santé «manque le bateau», constate l'institut économique de Montréal

Elles pourraient désengorger le réseau selon un rapport, qui dit que le ministère rate une belle occasion

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Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés La coopérative SABSA, à Québec, ne sera pas financée par le public. La direction doit trouver 250 000 $ d’ici le 1er mai.

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L’inaction du ministère de la Santé dans le dossier des cliniques médicales sans médecin lui fait «manquer le bateau» au profit du secteur privé, conclut l’Institut économique de Montréal.

«Le ministère est en train de manquer le bateau. On aurait pu développer des initiatives plus tôt», constate Youri Chassin, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal (IEDM).

« Avenue porteuse »

«Je m’explique mal pourquoi on ne saute pas sur l’occasion. C’est une avenue porteuse», ajoute-t-il.

Dans une note économique publiée aujourd’hui et obtenue en exclusivité par Le Journal, l’IEDM conclut que les clini­ques de super infirmières sans médecin sont une solution pour améliorer l’accès à la première ligne, mais dénonce le blocage du ministère de la Santé (MSSS), qui utilise un modèle basé sur la présence de médecins (soit en GMF ou en CLSC).

«L’accès à la première ligne est lamentable, c’est le talon d’Achille du système public. Mais chaque fois qu’une solution émerge, c’est une fin de non-recevoir», dit M. Chassé.

Selon l’étude, une meilleure prise en charge en première ligne permettrait d’éviter 21 000 hospitalisations par année.

Les premières infirmières praticiennes spécialisées (IPS), appelées «super infirmières», sont arrivées en 2008. Elles peuvent poser plusieurs actes et prescrire des médicaments.

Ce que peuvent faire les super infirmières

  • Prescrire des médicaments (pneumonie, infection urinaire, ITSS)
  • Prescrire des examens (radiographies, analyses sanguines)
  • Drainer un abcès
  • Faire des points de suture
  • Restrictions: ne peuvent prescrire un médicament lorsqu’il s’agit d’une nouvelle maladie chronique. Mais une fois que le patient a vu un médecin, l’infirmière peut renouveler et ajuster la médication.

Les super infirmières au Québec selon leur spécialité

  • Première ligne 297
  • Cardiologie 36
  • Néonatologie 18
  • Néphrologie 14
  • Super infirmières admissibles à l’examen 38
  • En stage 56
  • En formation 158

Source: OIIQ, IPS inscrites au Tablea­u au 31 mars 2016

Le privé arrive

À ce jour, six cliniques de super infirmières sans médecin ont été créées, dont cinq au privé. À Québec, la coopérative SABSA reçoit les patients gratuitement dans le cadre d’un projet-pilote depuis 2014. Malgré le succès, le MSSS a refusé de financer la clinique (voir article plus bas).

«Que des entrepreneurs privés ouvrent des cliniques, ça révèle quelque chose, dit M. Chassin. Au MSSS, il semble que ça n’entre pas dans les cases, ça ne répond pas au modèle où il y a des médecins.»

«Mais, le modèle qu’on a en tête, ça devient des œillères», ajoute-t-il.

L’étude de l’IEDM montre l’exemple de l’Ontario, où les IPS occupent un rôle majeur en première ligne. En 2015, la province voisine comptait 2587 IPS, dans 25 cliniques qui desservaient 40 000 patients.

► Selon l’étude de l’IEDM, une IPS coûte près de trois fois moins cher qu’un médecin de famille (93 700 $ versus 264 000 $).

Une clinique doit se battre pour survivre

Malgré une économie annuelle de près de 120 000 $ pour le réseau de la santé, la coopérative SABSA doit se battre pour sa survie parce qu’elle ne correspond pas au «cadre» du ministère.

«On se fait dire qu’on n’entre pas dans le cadre des modèles financés», expli­que Emmanuelle Lapointe, coordonnatrice de la coopérative.

« Ça bloque »

«On a beaucoup d’appuis de la population, c’est unanime. C’est vraiment au ministère que ça bloque», ajoute-t-elle.

Financée en projet-pilote par la Fédération interprofessionnelle de Santé depuis la fin 2014, la SABSA offre des soins gratuits de première ligne à quelque 1500 patients de Québec, dont beaucoup n’ont pas de médecins de famille. Selon une récente étude, la coopérative fait économiser 118 900 $ au système par an.

Mais à partir du 1er mai, elle doit trouver 250 000 $ pour poursuivre ses activités pour les six prochains mois. À l’automne dernier, le ministère de la Santé (MSSS) a confirmé qu’aucun sou ne serait accordé puisque le modèle de financement des cliniques est en GMF, en interdisciplinarité avec les médecins. Jusqu’ici, 28 000 $ ont été amassés. «On croit en notre modèle et les données nous appuient», dit Mme Lapointe.

Même service

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on répond que la SABSA pourrait être intégrée au CLSC ou au GMF.

«On est prêts à les accueillir. Mais on a déjà les bâtisses et le personnel. On ne dupliquera pas les services», dit Karine Primeur, agente d’information.