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Guy Nantel accusé de racisme pour une blague sur une cérémonie sikhe

Guy Nantel a-t-il fait une blague raciste en se moquant du premier ministre Trudeau honoré par la communauté sikhe du Canada? Mise en contexte.

Guy Nantel
Photo Courtoisie

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L’humoriste Guy Nantel reçoit une volée de bois vert pour avoir partagé sur son mur Facebook, mardi, une vidéo publiée dans un contexte jugé raciste par plusieurs, dont le rédacteur en chef du magazine Voir, Simon Jodoin.

 

Des internautes se sont déchaînés contre Nantel, qui a été comparé à certains personnages historiques peu recommandables. On lui reproche surtout d’avoir attiré sur son mur une nuée de petits intolérants et leurs commentaires à la fois racistes et ignorants, où la religion sikhe est associée à l’islam et les sikhs au peuple tamoul du Sri Lanka.

Jodoin lui reproche en particulier de ne pas s’en être dissocié, dans un édito intitulé «Avec qui tu rigoles, Guy Nantel?»

 

Mise en contexte

 

La vidéo en question n’a pas été éditée, donc elle n’est pas le gag en soi. On y voit le premier ministre canadien, Justin Trudeau, honoré pour avoir présenté les excuses officielles du Canada à la communauté sikhe pour un événement peu glorieux de l’histoire canadienne: en 1914, on a refusé qu'un navire transportant quelque 350 sikhs aborde à Vancouver et le bâtiment a été renvoyé vers son port d’attache, en Inde, où les policiers indiens ont tué quelques-uns des passagers et arrêté la plupart des autres.

La voici:

À noter que le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait pourtant déjà présenté, en 2008, les excuses officielles du Canada pour le triste épisode historique. La seule différence est que ces excuses n’avaient pas été présentées dans l’enceinte de la Chambre des communes.

La vidéo a été publiée par un certain Alex Parent. Un individu qui n'est ni humoriste ni connu et ne semble pas être une «chemise brune» – sa page Facebook rend hommage au sionisme et témoigne un appui inconditionnel à l’État d’Israël.

Dans sa publication, Parent ne se moque pas des traditions sikhes, mais du fait que certains membres du gouvernement paraissent incommodés par les traditions vestimentaires de la communauté sikhe, originaire de l'Inde où elle entretient des relations difficiles avec le reste du sous-continent indien. (En fait, les Québécois et les Canadiens des autres provinces s’entendent à merveille comparativement aux sikhs et aux autres Indiens. Les sikhs militent d’ailleurs pour l’indépendance de l’État du Pendjab par rapport à la république indienne, comme certains Québécois pour l'indépendance de leur province par rapport à la fédération canadienne.)

On pense entre autres à Mélanie Joly, dont la coiffe rose détonne avec le reste, puisqu’elle s’apparente beaucoup plus au voile hindou qu’à une coiffe féminine sikhe.

D’ailleurs, elle ressemble davantage à Carrie Mathison en mission au pays de la police montée qu’à une ministre du Patrimoine participant à une cérémonie protocolaire.

Et Nantel d'ajouter, dans son post Facebook litigieux: «Bon, ben, on est rendu là, ça a l’air.»

 

Le feu prend

Rendu où? Au Pendjab? En Hystérie? Il a fallu la polémique déclenchée par Simon Jodoin, du Voir, pour que l’humoriste s’explique plus clairement dans cette réponse, donnée le lendemain.

 

Bref, Nantel en a contre le clientélisme politique, une stratégie électorale qui consiste à ne plaire qu’à des groupes particuliers (qui, une fois additionnés, donnent pas mal de votes): les syndiqués, les entrepreneurs, les chasseurs, les agriculteurs, les cyclistes, les militants du communautaire, les gauchers, les roux, les partisans des Maple Leafs et, évidemment, les groupes culturels et religieux.

Une pratique largement répandue en politique contemporaine, et pas seulement au Canada, mais aussi aux États-Unis et en Europe, à gauche comme à droite.

L’ex-ministre conservateur Jason Kenney était passé maître à cet égard: un reportage d’Alec Castonguay, dans L’actualité, a démontré dans quelle mesure il a été l’architecte des victoires électorales des conservateurs entre 2006 et 2011, en leur assurant, par des tactiques clientélistes, une bonne part du vote de plusieurs minorités culturelles dans des circonscriptions urbaines de Toronto et de Vancouver qui étaient auparavant des bastions libéraux.

Pour Jodoin et bien des utilisateurs de Facebook, Nantel s’en prend impunément à la communauté sikhe en dénonçant l’approche du gouvernement Trudeau.

Cela dit, cette cérémonie, comme la relation que le gouvernement canadien entretient avec la communauté sikhe, a indisposé plusieurs personnes.

Dans le quotidien torontois The Globe and Mail, un éminent universitaire d'origine indienne a reproché au gouvernement Trudeau de se vanter de compter dans ses rangs quatre ministres d’obédience sikhe (soit deux fois plus que n'en compte le gouvernement indien, faisait-il remarquer du même souffle).

À ses yeux, cela comportait un risque important pour les relations indo-canadiennes, puisqu’il y avait disproportion dans la représentation indienne dans le cabinet Trudeau. Les sikhs demeurent une minorité parmi l’ensemble de la diaspora indienne au Canada.

Nantel a en rajouté une couche jeudi en publiant un long message de remerciement dans lequel il s'attaque au projet de loi 59 déposé par le gouvernement Couillard, censé encadrer les discours haineux.

Selon lui, il est victime d’une dérive sectaire largement inspirée par l’idéologie portée par ce projet de loi.